Pour le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense, le processus devant conduire au scrutin du 12 décembre se déroule comme prévu en dépit des fortes résistances qu’il connait sur le terrain et dont il met en garde les différents acteurs. «La locomotive de l’Algérie est sur la bonne voie», déclare-t-il dans son langage imagé.

Le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense s’est de nouveau exprimé, hier, sur l’actualité politique nationale et l’élection présidentielle du 12 décembre prochain. Le discours qu’il a tenu à ce sujet comporte deux messages importants : le premier est que le commandement de l’Armée tient à ce que l’élection présidentielle annoncée se tienne dans les délais qui lui ont été impartis depuis la convocation du corps électoral par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, dimanche 15 septembre. Le second est que toute personne ou tout groupe qui chercherait à entraver les opérations de vote seront sanctionnés en vertu des dispositions de la Constitution et de celles contenues dans la loi électorale modifiée en septembre 2019 en même temps que le texte relatif à l’autorité chargée de la préparation et du contrôle du scrutin. Les deux «télégrammes» sont porteurs d’une déclaration d’après laquelle la haute hiérarchie militaire dans le pays maintient sa feuille de route pour l’organisation de l’élection présidentielle en dépit du contexte politique extraordinaire du pays et qu’elle ne songe pas à la modifier quels que soient les éléments nouveaux qui peuvent apparaître dans le paysage de la crise algérienne.
Que le Hirak intensifie sa mobilisation ou pas – qui est un de ses éléments centraux et les plus remarquables depuis qu’on semble assister à un regain de vitalité de la rue comme on l’a encore observé hier à travers la nouvelle journée de mobilisation des étudiants – l’institution militaire ne changera pas de cap et gardera les yeux sur l’objectif d’un scrutin de désignation d’un nouveau président de la République. Pour le rappeler, le chef d’état-major et le général de corps d’Armée, M. Gaïd Salah, a utilisé des formules nouvelles : l’Algérie, a-t-il dit, est sur le «bon chemin» avant d’ajouter que sa «locomotive est bel et bien sur la bonne voie, orientée vers la bonne destination». Pas de retour en arrière, donc, ni même de détour qui pourrait inciter à envisager un report du scrutin attendu comme le souhaitent explicitement ou en privé de nombreux acteurs politiques importants sur le terrain. Derrière les mots et les petites phrases, le chef d’état-major de l’ANP dessine la métaphore du mouvement et de la dynamique dans laquelle s’est installée, selon lui, le processus électoral devant être bouclé avant la fin de l’année. «Aujourd’hui, nous pouvons dire, et nous en sommes entièrement convaincus, que la locomotive de l’Algérie est bel et bien sur la bonne voie, orientée vers la bonne destination tel que voulu par les valeureux enfants de la patrie, grâce à la fédération des efforts et la confiance réciproque entre le peuple et son armée, qui était son protecteur contre les nuisances de la bande et de ses relais, ainsi que grâce aux décisions courageuses prises par le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire depuis le début de la crise, et qui ont prouvé leur justesse et leur crédibilité au fil des jours, car elles s’inscrivent toutes dans l’intérêt du peuple et de la patrie», a déclaré explicitement à ce propos M. Gaïd Salah, dont la parole politique a été cette fois d’autant plus forte qu’on ne l’a pas entendu pendant une semaine, peu après sa visite de travail en 2e région militaire à l’ouest du pays.
Le chef d’état-major, qui intervenait hier à l’issue d’une visite de travail au siège du Commandement des Forces navales, a, pour défendre la feuille de route de l’Armée et le choix d’une présidentielle comme voie de sortie de la crise, rappelé les démarches, «empreintes de sincérité et de bonne foi» prises, dont l’amendement de la loi électorale et l’institution de l’Autorité nationale indépendante des élections. Cette dernière «constitue, au regard des larges prérogatives qui lui ont été attribuées, la clé de la réussite de cette échéance présidentielle attendue et cruciale», a-t-il soutenu dans ce qui apparaît comme un nouvel appui à l’Autorité électorale que préside Mohamed Charfi.
Il a rappelé par la même occasion «l’engagement» de l’Armée à accompagner le peuple «afin de faire sortir l’Algérie de sa crise et sécuriser de manière totale et globale toutes les étapes du processus électoral à travers tout le pays», et remerciée le peuple pour son «sens patriotique élevé» et pour« son affluence, en toute conviction et conscience, aux bureaux d’inscription, ce qui a permis la réussite de l’opération d’assainissement et de révision des listes électorales».
Mise en garde
Quant à ceux qui tentent selon lui d’entraver ce processus électoral, «le général de corps d’armée, leur adresse une mise en garde. «Quiconque ne respecte pas les lois de la République se verra infliger la sanction méritée», a averti le vice-ministre de la Défense, insistant que «la loi sera appliquée avec toute la rigueur requise à l’encontre de toute personne qui tentera d’entraver ce processus électoral décisif, ou d’influencer, désespérément, la conscience du peuple algérien et son empressement à participer massivement et avec détermination, aux prochaines présidentielles». Ses cibles : la bande et quiconque possède des liens organiques, partisans ou d’intérêt avec elle, ou encore toute autre forme de collaboration contre le peuple et la patrie.
Pour lui, ceux-là constituent une «minorité qui souffre intellectuellement et idéologiquement» et qui «a été démasquée, quand la bande est tombée dans l’écueil de ses actes, de ses comportements sinistres et de ses pratiques traitres, contre le peuple et la patrie». «Ses inféodés, promet-il, tomberont les uns après les autres au fil des jours». A faire la rétrospective des déclarations de M. Gaïd Salah depuis la convocation du corps électoral et même avant, on s’aperçoit de leur caractère invariable quant au fond et même quand il s’agit de l’avertissement adressé à ceux qui selon lui pourraient être tentés d’entraver l’opération électorale : un exorde qu’on a déjà entendu chez lui le 12 septembre dernier à Constantine. «L’unique constante et certaine est que l’Algérie sortira de sa crise, et personne, je dis bien personne, n’a le pouvoir d’interrompre ou d’entraver la marche de l’Algérie et l’empêcher d’atteindre son objectif», avait-t-il déclaré dans une allocution d’orientation devant les cadres et les personnels de la 5e Région.
La grande nouveauté est le commentaire que le chef d’état-major de l’ANP a eu sur le projet de «loi projet hydrocarbures» et sur le projet de loi de finances 2020. A l’opposé et au sens contraire du vent de colère qui a suivi l’adoption par le Conseil des ministres des projets de lois de finances pour 2020 et surtout sur les hydrocarbures, il défendra les textes en question.
Il expliquera également que «c’est dans le prolongement des mêmes efforts et démarches, que s’inscrit la tenue du Conseil des ministres en date du 13 octobre en cours, pour l’approbation de projets de lois importants, à l’instar des lois des finances et des hydrocarbures». Les deux projets constituent, à ses yeux, «une véritable plus-value à même de relancer l’économie nationale et donner un nouveau souffle à l’investissement dans les différents secteurs économiques stratégiques».