Sprint final dans l’élection présidentielle en France à une semaine du premier tour. Après le président sortant Emmanuel Macron samedi, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, donné en troisième position dans les sondages, a rassemblé dimanche ses troupes dans une région historiquement de gauche dans le sud-ouest et la candidate de droite Valérie Pécresse les siennes à Paris.

Par Christophe PARAYRE
C’est la dernière ligne droite dans cette campagne hors norme touchée de plein fouet par la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine. Avec un défi de taille pour les 12 prétendants à la présidence française: mobiliser leurs partisans, aller chercher les indécis et ceux tentés par une abstention potentiellement élevée. «Bien sûr» qu’Emmanuel Macron peut perdre, a affirmé le chef de file des députés de la majorité présidentielle Christophe Castaner dimanche sur la radio RMC. «Ce serait une faute politique», une «arrogance», que «de laisser penser qu’une élection est pliée d’avance». Les derniers jours de campagne sont électrisés par un écart qui se resserre dans les sondages entre M. Macron, et sa rivale d’extrême droite Marine Le Pen (Rassemblement national), qui surfe sur une inflation galopante en France et met le pouvoir d’achat au coeur de sa campagne. Lors d’un meeting géant samedi aux accents plus sociaux, M. Macron a appelé à la «mobilisation générale» contre les «extrémismes». Plus que pour le premier tour, où il est toujours en tête des intentions de vote, l’entourage du candidat-président s’inquiète du resserrement de l’écart avec Mme Le Pen au second tour, plusieurs études le donnant vainqueur avec seulement 53% contre 47% pour son adversaire. Les solutions de Mme Le Pen «ne sont pas financées: elle reprendrait donc d’une main ce qu’elle donne de l’autre», a dénoncé dans le Journal du Dimanche (JDD) le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.
«Compromis»
Face au remake annoncé du deuxième tour de la présidentielle de 2017, le candidat de gauche le mieux placé (autour de 15%) Jean-Luc Mélenchon espère décrocher un billet en finale. Pour concrétiser cette «remontada» espérée, il a battu dimanche le rappel à Toulouse, dans une région historiquement de gauche. Jean-Luc Mélenchon y a fustigé Emmanuel Macron, un «libéral» qui a «fait entrer le privé dans l’Etat» avec les cabinets de conseil comme McKinsey. Selon le Sénat français, les contrats conclus par l’État avec les cabinets de consultants ont «plus que doublé» entre 2018 et 2021, atteignant un montant record de plus d’un milliard d’euros en 2021. «McKinsey a empoché le salaire de 1.200 fonctionnaires, où est la raison, où est le bon sens?», a lancé M. Mélenchon. «+Je suis fier+, dit Macron, +d’avoir décidé des investissements historiques pour l’hôpital+… Cet homme a supprimé 17.000 lits d’hôpitaux pendant son quinquennat», a encore brocardé M. Mélenchon. Dimanche, il a proposé aux électeurs un «compromis» avec son programme et son «caractère» afin de battre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais il est loin de faire l’unanimité au sein d’une gauche divisée et affaiblie, avec l’écologiste Yannick Jadot donné autour de 5-6%, le communiste Fabien Roussel (autour de 4%) et la candidate socialiste Anne Hidalgo donnée à un niveau historiquement bas (autour de 2%). A droite aussi, d’aucuns pensent déjà à l’après. Mais Valérie Pécresse, candidate des Républicains (LR), au coude à coude avec l’ancien polémiste d’extrême droite Eric Zemmour (autour de 10%), va tenter de mobiliser en meeting à Paris dimanche un électorat très courtisé par ses adversaires, de l’extrême droite au candidat Macron. Lors de son meeting, Mme Pécresse devraient développer «les grands axes» de sa campagne: une grande fermeté sur la sécurité, et le pouvoir d’achat avec «10% de hausse des salaires». Anne Hidalgo a quant à elle exhorté lors de son meeting à Paris les électeurs de gauche tentés par Macron à «revenir à leur famille d’origine», «la gauche du réel». «Si vous avez des idées de gauche, si vous êtes soucieux de social, de justice, de solidarité, d’écologie, vous devez le savoir, Emmanuel Macron ne vous calcule même pas!», a-t-elle enchaîné. De son côté, Yannick Jadot a estimé dimanche sur le média LCI que le quinquennat d’Emmanuel Macron était celui du «déni climatique» et de la «régression sociale». M. Jadot fait référence à l’engagement de la France pour réduire ses émissions de CO2 de 40% d’ici à 2030 comparé à 1990. Mais le «budget carbone» pour 2015-2018 a été dépassé, ce qui a valu une condamnation de l’Etat français en justice dans l’«Affaire du siècle». (Source AFP)