Un haut responsable du pouvoir judiciaire a averti dimanche les candidats à la présidentielle iranienne de juin contre la tentation de franchir les «lignes rouges» de la République islamique. Les Iraniens sont appelés aux urnes le 18 juin pour élire un successeur au président Hassan Rohani, à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat consécutif. «Les candidats ne doivent pas franchir les lignes rouges du système dans leurs campagnes et discours», a déclaré le procureur général de Téhéran, Ali Alqassi-Mehr, cité par Mizan Online, l’agence officielle de l’Autorité judiciaire, dont le chef, Ebrahim Raïssi n’est autre que le favori de la campagne. Dans le cas contraire, «on s’occupera d’eux fermement», a averti M. Alqassi-Mehr, mettant notamment en garde contre toute attaque à la «réputation» de l’Autorité judiciaire. Parmi les autres «lignes rouges», non citées par le procureur général de la capitale, figurent habituellement la remise en question du principe de la République islamique ou du principe du «vélayat-é faqih» («gouvernement du jurisconsulte musulman»), qui instaure une tutelle de l’autorité religieuse sur le politique. La campagne officielle en vue de l’élection présidentielle s’est ouverte sans bruit, vendredi, dans un climat de mécontentement général face à la grave crise économique et sociale que traverse le pays. M. Raïssi, qui fait figure de favori du scrutin avait obtenu 38% des voix en 2017 face à M. Rohani. Bénéficiant de l’invalidation de la candidature de plusieurs personnalités qui auraient pu lui faire de l’ombre, il se retrouve opposé à quatre autres ultraconservateurs comme lui et à deux réformateurs sans envergure nationale. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a fixé lui-même jeudi les limite du débat présidentiel, ordonnant aux candidats de se concentrer sur les questions économiques comme «le chômage des jeunes» et «les moyens de subsistance de la classe défavorisée», deux thèmes de prédilection de M. Raïssi. Depuis plusieurs mois, les autorités appellent à une participation massive alors que les rares projections disponibles laissent présager d’une très forte abstention à la présidentielle, après le taux record de 57% enregistré lors des législatives de février 2020. Dans des propos repris par la plupart des médias iraniens, le général Hossein Achtari commandant en chef de la police iranienne a menacé vendredi de poursuites tous ceux «qui cassent les normes électorales» et qui «encouragent les gens à ne pas aller voter».