Une personne est morte et plusieurs ont été blessées à Bonoua, lors d’une manifestation de l’opposition ivoirienne qui a appelé à la «désobéissance civile» avant la présidentielle du 31 octobre, a annoncé lundi Jean-Paul Améthier, le maire de la ville, ancien fief de l’ex-Première dame Simone Gbagbo. «Il y a eu un mort, un jeune homme qui se prénomme Morel et une dizaine de blessés graves» a affirmé à l’AFP M. Améthier, maire (opposition) de cette ville située à 60 km à l’est d’Abidjan, accusant les forces de l’ordre d’en être responsable.
Les manifestants, jeunes pour la plupart, avaient bloqué la route qui relie Abidjan au Ghana pour «respecter le mot d’ordre de boycott», a poursuivi le maire. Ils ont été dispersé par les forces de l’ordre. «La situation est revenue au calme en début d’après-midi», selon le maire.
A Abidjan, des échauffourées avaient eu lieu lundi matin entre les forces de l’ordre et des étudiants en grève qui manifestent à l’appel du puissant syndicat Fesci, proche de l’opposition, pour protester contre des frais scolaires et universitaires, a constaté un journaliste de l’AFP.
Les étudiants ont incendié un bus et deux voitures dans le quartier de Rivera 2. L’opposition a appelé le 15 octobre ses militants à boycotter les opérations électorales et la campagne, en affirmant ne pas être «concernée» par le «processus électoral».
L’opposition n’a toutefois pas encore retiré formellement ses candidats. L’opposition, qui laisse planer le doute sur un boycott de l’élection présidentielle depuis des semaines, demande une réforme du Conseil constitutionnel et de la Commission électorale indépendante, «inféodés» au pouvoir selon elle. Elle estime que le président Alassane Ouattara n’a pas le droit de se présenter à un troisième mandat et conteste le rejet des candidatures de poids-lourds de la politique ivoirienne, notamment celles de l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’ancien chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro. Elu en 2010, réélu en 2015, Ouattara avait annoncé en mars qu’il renonçait à briguer un troisième mandat, avant de changer d’avis en août, après le décès de son dauphin désigné, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.
La loi ivoirienne prévoit un maximum de deux mandats, mais le Conseil constitutionnel a estimé qu’avec la nouvelle Constitution adoptée en 2016, le compteur des mandats de M. Ouattara a été remis à zéro. Une quinzaine de personnes sont mortes en août dans des violences survenues dans le sillage de l’annonce de sa candidature et des échauffourées ont eu lieu dans plusieurs localités après l’annonce par le Conseil constitutionnel de la liste des candidats retenus pour le scrutin. Deux personnes au moins sont mortes le week-end dernier dans des affrontements intercommunautaires liées à la situation politique à Bongouanou (200 km au nord d’Abidjan), fief d’un des candidats de l’opposition, Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo. Les craintes de nouvelles violences sont grandes, dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011, née du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara, qui avait fait 3.000 morts et qui était survenue après une décennie de tensions. n