Par Christophe KOFFI
Investi samedi à Abidjan candidat de son parti à la présidentielle d’octobre, le président ivoirien Alassane Ouattara, qui briguera un troisième mandat jugé inconstitutionnel par ses opposants, a promis aux dizaines de milliers de ses partisans présents au stade d’Abidjan une victoire par «KO». L’annonce le 6 août de sa candidature a provoqué des manifestations qui ont dégénéré en violences pendant trois jours, faisant au moins six morts et une centaine de blessés et 1.500 déplacés. Malgré l’interdiction des manifestations par les autorités, de nouvelles violences ont eu lieu vendredi dans le pays notamment à Bonoua (50 km d’Abidjan) fief de l’ex Première dame Simone Gbagbo. Des boutiques de commerçants «dioula» (originaires du Nord du pays), qui soutiennent traditionnellement Ouattara, ont notamment été prises pour cible par des jeunes de la région, selon des témoignages d’habitants. En prenant la parole au stade Houphouët-Boigny, le président Ouattara a commencé par condamner ces «violences» affirmant: «Nous voulons la paix (…) Arrêtons de brûler (…), de mettre des troncs d’arbre sur la route. Faites des meetings! La violence ne passera pas», a-t-il lancé, quelques instants près avoir été officiellement investi candidat du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Elu en 2010 puis réélu en 2015, le chef de l’Etat, 78 ans, avait initialement annoncé en mars son intention de ne pas se représenter et de passer le relais à son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Mais celui-ci est décédé le 8 juillet d’un infarctus. Comme la précédente, la Constitution, révisée en 2016, limite à deux les mandats présidentiels. Les partisans de M. Ouattara affirment que la révision a remis le compteur des mandats à zéro, ses adversaires jugent anticonstitutionnelle une troisième candidature.

«Situation d’urgence»
«Constitutionnellement, le président Ouattara ne peut pas avoir un troisième mandat. Il ne peut pas être candidat et il le sait», s’est insurgé Maurice Kakou Guikahué, numéro deux du principal mouvement d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Samedi, le président Ouattara a rappelé qu’il avait voulu passer la main. «Revenir sur ma décision n’a pas été facile (…). Je suis arrivé à la conclusion que je n’avais pas le droit de mettre mon projet personnel au dessus de la situation d’urgence dans lequel se trouve le pays», a-t-il estimé, citant la pandémie de coronavirus et le «terrorisme qui frappe à nos portes». En juin, quatorze soldats ivoiriens ont été tués dans une attaque attribuée à des islamistes armés. Et le Burkina et le Mali voisins sont en proie à des attaques jihadistes récurrentes. Alassane Ouattara est aussi revenu sur le question du «troisième mandat». «Il n’y a pas de rétroactivité, rien ne m’empêche d’être candidat». Et il a souligné que la nouvelle Constitution était également favorable à son principal adversaire: «Sans cette Constitution personne n’aurait pu être candidat», a-t-il ironisé. Le nouveau texte a abrogé la limite d’âge de 75 ans, qui lui aurait interdit de se représenter… ainsi qu’à l’ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans, chef de file de l’opposition. Le président Ouattara a insisté sur son bilan économique, assurant avoir «changé le visage de nos villes et villages».

«Ils sont jaloux»
«Nous allons gagner», a-t-il assuré, promettant «un coup KO» avec une victoire dès le premier tour, comme en 2015 – il avait alors recueilli 83,7% des suffrages. Alassane Ouattara a scandé à plusieurs reprises ce slogan et même brandi un panneau, pris dans la foule de ses partisans, sur lequel il était inscrit. «On veut qu’il soit président. Il a beaucoup travaillé. A Agboville (80 km au nord d’Abidjan, ndlr), il a mis du goudron, amené l’eau potable, construit des écoles. Le pays est en chantier. Il faut qu’il continue», assure Mariam Hadja Bakayoko, lycéenne de terminale qui votera pour la première fois. Agée de 18 ans, elle balaie les questions sur l’âge de Ouattara ou le troisième mandat. «L’opposition parle de ça parce qu’ils sont jaloux et il savent qu’ils vont perdre. Quel âge a Bédié?». Henri Konan Bédié (président de 1993-1999), 86 ans, qui avait soutenu Alassane Ouattara en 2010 et 2015 et attendait que ce dernier lui rende la pareille en 2020, investi par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), premier mouvement d’opposition, sera son principal adversaire. L’ex-chef rebelle Guillaume Soro, 47 ans, qui a aidé M. Ouattara à accéder au pouvoir, se dit aussi candidat mais vit en France après sa condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour «recel de détournement de deniers publics». Quant à l’ancien président Laurent Gbagbo, c’est la grande inconnue du scrutin: acquitté en première instance par la Cour pénale internationale, où il était accusé de crimes contre l’humanité, il attend à Bruxelles un éventuel appel. Ses partisans espèrent une candidature. La commission électorale a rejeté ces dernières heures les recours des proches de MM. Gbagbo et Soro qui contestaient leur radiation des listes électorales. Une décision qui pourrait tendre encore la situation. n