Des violences intercommunautaires ont fait au moins deux morts depuis vendredi à Bongouanou (200 km au nord d’Abidjan), fief du candidat à la présidentielle du 31 octobre Pascal Affi N’Guessan, ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, a-t-on appris dimanche auprès de plusieurs témoins. Un commerçant de l’ethnie locale Agni (considérée comme favorable à l’opposition) a été tué d’une balle dans le front et à coups de machette à Broukro, village périphérique de Bongouanou, un des théâtres des affrontements, a confié à l’AFP un membre de sa famille, le chef du village de Akakro, Tchoman Asseman. Au moins une personne d’ethnie Dioula (originaire du nord du pays et réputée proche du pouvoir) a également été tuée, selon plusieurs témoins et une source hospitalière. Cette dernière a fait état d’un bilan plus lourd, que l’AFP n’était pas en mesure de vérifier dans l’immédiat. Dans la ville de Bougouanou, de nombreux commerces et restaurants ont été pillés et brûlés, et plusieurs voitures incendiées, selon un journaliste de l’AFP sur place. Dans certaines zones, des centaines de cailloux, bouteilles cassées et objets divers, ayant servi de projectiles aux deux camps, jonchent le sol. Les affrontements ont commencé vendredi quand des jeunes partisans de M. Affi N’Guessan ont érigé des barricades sur les routes, après le mot d’ordre de l’opposition de «boycott actif» du «processus électoral» pour «empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin» présidentiel du 31 octobre. Des affrontements entre Agnis et Dioulas ont ensuite eu lieu, chaque communauté accusant l’autre d’en être responsable. Malgré la présence d’un important dispositif de gendarmerie et de police, d’innombrables barrages tenus par des jeunes Agnis empêchaient la circulation sur les deux axes menant à cette préfecture. La résidence de M. Affi N’Guessan à Bongouanou a été incendiée, a constaté le journaliste de l’AFP. L’opposition demande notamment une réforme de la commission électorale et du conseil constitutionnel, qu’elle accuse d’être inféodés au pouvoir et d’avoir validé la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé. Des violences intercommunautaires ont fait une quinzaine de morts en août et en septembre dans plusieurs villes du pays dans le sillage de l’annonce de la candidature du président Alassane Ouattara et après le rejet par le Conseil constitutionnel de 40 candidatures, dont celles de l’ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro et de l’ancien président Laurent Gbagbo. Outre MM. Ouattara et Affi N’Guessan, l’ancien président Henri Konan Bédié et l’ancien député Kouadio Konan Bertin sont en lice. La crainte de violences électorales est forte en Côte d’Ivoire, dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011, née du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara, qui avait fait 3.000 morts.<