Il démarre officiellement sa course à l’élection présidentielle, prévue en octobre prochain, en se rendant, comme il y a cinquante ans, dans son fief industriel de la périphérie de Sao Paulo où il a fait, en tant qu’ouvrier-fraiseur dans le secteur automobile, ses premières armes comme militant syndicaliste.

Synthèse Anis Remane
L’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva Lula a lancé mardi 16 août sa campagne officielle pour la présidentielle d’octobre au Brésil en choisissant, comme son rival le président sortant Jair Bolsonaro, un endroit qui a profondément marqué sa carrière politique, les usines où il a embrassé le syndicalisme. Favori des sondages, Lula, 76 ans, a tenu son premier meeting dans une usine automobile de son fief de Sao Bernardo do Campo, près de Sao Paulo (sud-est), zone industrielle où il a été tourneur-fraiseur, avant de devenir leader syndical dans les années 1970. «C’est ici que tout a commencé ; ici que j’ai acquis une conscience politique (…) En ce jour important de ma vie, au début de la campagne électorale, je suis venu ici pour vous dire que nous allons gagner les élections», a lancé l’ancien Président. Malgré son âge, il dit sentir en lui la même «énergie qu’à 30 ans» et qu’il entend «reprendre le pays» à Jair Bolsonaro qu’il qualifie de «génocidaire» et de «négationniste» pour sa gestion de la pandémie qui a fait 680 000 morts au Brésil. «S’il y a quelqu’un de possédé par le diable, c’est Bolsonaro», a déclaré l’ancien Président (2003-2010) sous les vivats. Ce retour aux sources syndicales, «Lula s’y est toujours rendu lors des moments marquants de sa carrière politique, pour renforcer son image de représentant des travailleurs», a dit à l’AFP Adriano Laureno, analyste du cabinet Prospectiva. «Quant à Bolsonaro, il veut se présenter comme un «élu de Dieu qui a survécu à l’attentat» à l’arme blanche en 2018, poursuit ce spécialiste, pour qui cette élection est «la plus polarisée» depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985). Lula, qui a retrouvé ses droits politiques en 2021 après l’annulation de ses condamnations dans une immense affaire de soupçons de corruption, caracole en tête des sondages bien que son adversaire semble combler l’écart. Lundi 15 août, un sondage de l’institut Ipec donnait toujours un avantage confortable à l’ex-Président de gauche, avec 44% des intentions de vote au premier tour, contre 32% pour le chef d’Etat actuel. Fin juillet, une enquête d’opinion de l’autre institut de référence, Datafolha, faisait état d’un écart de plus important, 47% pour Lula, 29% pour Bolsonaro. La principale préoccupation des Brésiliens, selon les sondages, est la situation économique, marquée ces dernières années par des niveaux élevés de chômage et d’inflation, qui ont sapé la popularité de Bolsonaro. Ce dernier, qui était durant la journée de mardi en campagne dans le Minas Gerais (sud-est), à Juiz de Fora «la ville où je suis né à nouveau», allusion à l’endroit où il avait été poignardé par un déséquilibré il y a quatre ans, frôlant la mort, égrène un discours chargé de déclarations patriotiques et d’allusions à Dieu et à la Bible. L’ancien capitaine de l’armée, 67 ans, réitère sa promesse de lutter contre l’inflation à deux chiffres, l’avortement, la drogue et de défendre la «propriété privée», brandissant la «menace communiste» au Brésil s’il perd les élections en octobre prochain contre son rival de gauche. Mardi 16 août, a été intronisée à la présidence du Tribunal supérieur électoral (TSE) le juge Alexandre de Moraes. Ce magistrat de la Cour suprême est une des bêtes noires du président Bolsonaro, contre lequel il a ordonné l’ouverture d’une enquête pour diffusion de fausses informations sur le système électoral. Le chef de l’Etat n’a cessé de remettre en cause la fiabilité des urnes électroniques utilisées dans le pays depuis 1996, évoquant des «fraudes» sans apporter de preuves.
Des attaques qui font redouter qu’il ne reconnaisse pas le résultat du scrutin en cas de défaite. n