Que se passera-t-il après le 29 avril, date limite des mesures de confinement ? Seront-elles levées ou prolongées ? A ces questions, le porte-parole de la présidence de la République répond par la négative.
«Je ne sais pas», a répliqué Belaïd Mohand Oussaïd lors du point de presse qu’il a animé hier, le deuxième depuis son arrivée en poste et au cours duquel il a fait la précision, qu’on croyait évidente, qu’il n’était face aux journalistes que pour répondre aux questions qui concernent l’activité et l’actualité d’El Mouradia et que le gouvernement a son porte-parole en la personne du ministre de la Communication (Ammar Belhimer ndlr).


Explication faite, M. Belaïd, qui est également ministre conseiller à la communication du chef de l’Etat, a précisé qu’en ce qui concerne le retrait ou le maintien du dispositif mis en place pour lutter contre la propagation de l’épidémie du nouveau coronavirus, Covid-19, la décision dépend des autorités sanitaires du pays et du Comité scientifique du suivi qu’elle a mis en place le 22 mars dernier.
C’est aux compétences de ce comité qu’il appartient de donner son avis sur le choix de poursuivre, d’alléger ou de rompre l’application des mesures de confinement, a-t-il ajouté, en relevant que les indications d’évaluation de l’étendue de l’épidémie fournies jusqu’ici par le ministère de la Santé sont rassurantes et encourageantes «avec davantage de cas de guérison, 1 099, et moins de 10 décès par jour» liés à la maladie. La probabilité de mettre fin à la quarantaine, a-t-il considéré, restera liée à «la patience et à la discipline» de la population à respecter les règles d’hygiène et de distanciation sociale en vigueur, en particulier durant Ramadhan.
A la présidence de la République, on ne s’engage, donc, pas pour l’instant sur l’après-29 avril et on préfère surtout focaliser sur les dons reçus en effort de solidarité des Algériens face à la situation d’exception sanitaire que vit l’Algérie et devant être reçus par ceux qu’elle a le plus durement touchés. Pour les quantifier, Belaïd Mohand Oussaïd a donné deux chiffres, l’un en dinars, le second en devises. «Les dons numéraires versés dans les comptes dédiés à la lutte contre le Covid-19 s’élevaient, jusqu’à lundi, à quelque 230 milliards de centimes et près de 1 million de dollars», a énoncé le ministre conseiller à la communication.
Leur distribution, a-t-il souligné, se fera par une commission composée du Croissant-Rouge algérien (C-RA) et des «représentants de la société civile» sous la férule du Premier ministre et, une fois, l’exception sanitaire déclarée finie. Le recours à ce procédé, qui devra conduire les représentants du Croissant-Rouge et des associations retenues à faire des propositions au chef de l’Etat sur la meilleure manière de faire parvenir les dons à ceux qui les méritent, a expliqué M. Belaïd, est dicté par le «souci de transparence et d’honnêteté» et la précaution de «barrer la route à toute interprétation équivoque des pêcheurs en eaux troubles».
Sur la crise sociale provoquée par l’épidémie du Covid-19, M. Belaïd a affirmé que le chef de l’Etat suit «avec attention» son impact «sur l’entreprise et la perte d’emplois» même si les réponses à trouver relèvent des prérogatives du gouvernement et du Premier ministre auquel «il faut poser la question», a-t-il ajouté. Non sans rappeler la décision du chef de l’Etat, lundi 13 avril, de verser pour le mois du jeûne une allocation de solidarité de 10 000 dinars aux familles précarisées davantage par la situation sanitaire actuelle. Non sans faire de commentaire aussi sur la conjoncture pétrolière mondiale et ses retombées sur l’économie algérienne, jugeant «maîtrisé» par le gouvernement le contexte généré par l’effondrement des cours et les incertitudes géopolitiques qui demeurent. Et excluant de la même manière tout recours à l’endettement extérieur avec l’espoir d’une remontée des prix «à des niveaux qui soulagent producteurs et consommateurs».

Crise pétrolière, médias et libertés…
«Nous avons prévu cette crise et avons pris nos précautions» lors du Conseil des ministres, tenu il y a deux mois, a-t-il soutenu. En rappelant la «réduction de 30% des importations et la baisse des montants alloués aux services des bureaux étrangers», avant de répondre aux interrogations relatives au champ politique national – la mise en débat de la mouture de la nouvelle Constitution se fera quand il y aura le «bon timing» à la fin de la crise sanitaire – et celles se rapportant aux libertés et dont le marqueur inquiétant est l’incarcération de journalistes pour des charges encore ambiguës et la suspension de diffusion pour le public algérien en Algérie de sites et de médias électroniques algériens sur la toile. Selon le porte-parole de la présidence de la République, il n’y a pas, aujourd’hui, de la part de l’Exécutif d’atteinte au droit et à la liberté d’informer et de s’exprimer. «Le Président Tebboune soutient fermement la liberté de la presse à travers l’encouragement de la formation et du professionnalisme et l’accès des journalistes aux institutions», a-t-il déclaré.
La liberté de la presse obéit à trois règles, à savoir «le respect de la loi sur l’information, de l’éthique et des moeurs générales» qui «sont les limites à ne pas outrepasser». «L’Algérie s’attèle à l’édification d’un Etat de droit et il existe des pratiques auxquelles se sont habitués certains, des pratiques qui n’ont pas de place dans un Etat de droit», a-t-il professé. Laissant couler que le chef de l’Etat ne veut plus entendre ses ministres, désormais astreints à davantage de sobriété langagière, utiliser l’expression «sur orientation et sur instruction du Président de la République» et glissant, en guise de réplique à une question d’un confrère à propos de l’audiovisuel, que son gendarme, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav), est en cours de «construction» pour qu’on lui demande d’exercer pleinement ses missions aujourd’hui.
En politique étrangère, le ministre conseiller à la présidence de la République, qui a évoqué la nomination de Chafik Mesbah à la tête de l’Agence de coopération internationale en renvoyant à ce qu’en dit le Journal Officiel, a eu un mot important sur la Libye. Pour ce pays voisin, l’Algérie, «sans laquelle rien ne se fera, n’économisera, a-t-il dit, aucun effort afin qu’il retrouve la paix et la normalité politique et institutionnelle» que «les Libyens méritent». «Ce n’est pas un échec que Ramtane Lamamra n’ait pu trouver le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU pour tenter une nouvelle médiation de paix en tant qu’envoyé spécial et futur chef de la Manul. «Ce n’est pas un échec mais une fierté puisque l’ancien chef de la diplomatie n’a rien demandé et que c’est le chef des Nations unies, Antonio Guterres, qui a recommandé sa candidature», a affirmé M. Belaïd, aux yeux de qui le rejet de la candidature de M. Lamamra résulte de «rivalités et d’enjeux internes aux Libyens» et à des manœuvres de puissances étrangères aux agendas concurrentiels et divergents.