Le recueil «Ces paroles construites à force de silence», publié récemment, est le fruit d’une résidence d’écriture, organisée par la fondation Friedrich Ebert, du 18 au 20 août 2016 et encadrée par Habiba Djahnine. Cette résidence a réuni des femmes, âgées entre 20 et 65 ans , venant de différentes régions d’Algérie (Oran, Tizi-Ouzou, Médéa, Alger, Béjaïa), et avait pour thème «la condition des femmes pour dénoncer et lutter, à travers l’écriture, contre les violences qui leur sont faites». Organisé autour de vingt textes écrits en français ou en arabe (classique ou dialectal et traduits vers le français), ce recueil est également accompagné d’un CD audio comportant des lectures de certains textes par leurs auteures. Ces textes intimes, authentiques, tentent aussi de réfléchir sur une situation à partir d’une expérience, un vécu. Bousculant ou «dépassant les codes, passant de l’écriture littéraire à l’écriture journalistique, au récit de vie… puisant dans l’oralité ce qui ne peut s’écrire ou se dire autrement» (souligne Habiba Djahnine dans sa présentation), ces écrits permettent aux participantes de se délester d’une blessure, d’une douleur. Sans pathos et avec grande liberté de ton – parfois désarmante pour le lecteur – les auteures racontent les violences qu’elles ont subies, que les femmes subissent à chaque étape de leur vie : à la maison, à l’école, en milieu professionnel, dans la rue… Une violence aussi morale, quotidienne, plus dangereuse, plus sournoise. Et peut-être que la grande violence qui se dégage à la lecture de ces histoires réside dans les limites que l’ON veut imposer aux femmes, les limites à leur liberté, les limites à leurs perspectives… Être une femme est un combat quotidien pour exister par soi-même, en tant qu’individu; ce sont des batailles livrées contre soi-même (son éducation, son parcours, ses rencontres…) et contre le reste du monde ; c’est une prise de conscience de soi… Ces textes, un précieux témoignage somme toute, nous le rappellent. S. K.