Un conflit social inédit n’est pas près de se dénouer à Beni Tamou, à Blida. En effet, depuis le 20 juin dernier, l’usine du groupe français Lactalis est fermée.

Selon le Directeur général de Celia Algérie, filiale du groupe Lactalis, Sofiane Omrani, 17 travailleurs sur les 350 salariés que compte l’usine empêchent la Direction et les autres travailleurs d’accéder à l’usine et donc de produire les produits laitiers de la gamme Celia. A l’origine de ce conflit, Celia Algérie suspend quatre syndicalistes après une plainte pour vol déposée par l’entreprise, en attendant la décision de justice. Autres griefs à l’encontre de ces travailleurs, refus de travail, refus d’exécuter les ordres de la hiérarchie. Selon le premier responsable de Celia Algérie, «les quatre syndicalistes seront rejoints par d’autres travailleurs dans cette quête d’entraver le fonctionnement de l’usine. Mais ils sont une minorité. La quasi-totalité des travailleurs demande à entrer à l’usine et à travailler». Le Directeur général relève que toutes les revendications socioprofessionnelles des travailleurs ont été satisfaites. «Seuls les syndicalistes précités et les quelques travailleurs minoritaires qui soutiennent ce mouvement d’opposition demandent la réintégration des quatre syndicalistes suspendus, alors que loi précise que la réintégration n’intervient que suite à une décision de justice qui innocente les travailleurs précités». S’ensuivent les démarches de Celia Algérie pour ouvrir l’usine. «Celia Algérie obtient une ordonnance favorable de la justice le 22 juin constatant l’entrave au travail. Cette décision de justice favorable et l’intervention des forces publiques, le 8 juillet, n’ont pas suffi à appliquer la loi ni à l’entreprise de reprendre possession de ses locaux et de ce fait, reprendre les opérations de production», lit-on dans le communiqué de presse de Celia Algérie. En clair, l’entreprise a demandé la réquisition des forces de l’ordre car il s’agit d’une entrave à l’exercice du travail puni par la loi. «Le ministère de la Justice a suspendu les réquisitions pendant la période du confinement en raison de la pandémie Covid-19. Celia Algérie a demandé une dérogation et le ministre de la Justice a signé l’ordre de réquisition. Les forces de l’ordre sont alors intervenues. «En vain», explique le Directeur général. Le 27 juillet, l’entreprise demande l’intervention des pouvoirs publics pour pouvoir ouvrir l’usine. Jusqu’ici, les travailleurs n’ont pu être délogés, causant des pertes importantes en termes de chiffres d’affaires.
«Depuis la fermeture de l’usine, le samedi 20 juin, nous perdons 40 000 euros/jour, nous avons perdu au total 1,5 million d’euros. Les distributeurs de nos produits risquent de nous lâcher en raison de cette situation de blocage de l’usine qui s’éternise, et la maison mère, à savoir Lactalis, pourrait décider de quitter l’Algérie», avertit le Directeur général. Cette fâcheuse situation intervient de surcroît dans un contexte difficile marqué par les effets négatifs de la pandémie. «Nous avons perdu 20% de chiffres d’affaires, notre production s’est réduite et une partie de notre personnel est mise en congé ou en télétravail à cause des effets de la pandémie. Alors que nous comptions sur l’année 2020 pour rééquilibrer nos comptes, ces deux événements portent un coup sérieux à notre chiffre d’affaires de l’année en cours».

«1,5 million d’euros de pertes jusqu’ici, 40 000 euros/jour»
Dans ce scénario potentiel de départ de Lactalis, 350 salariés risquent alors de perdre leur emploi et près de 500 emplois indirects sont menacés. Pour l’importance de cette usine, Celia Algérie produit 4 000 tonnes/an de fromages, en particulier les produits de la fameuse marque Président (camembert et fromage fondu) et d’autres produits de la gamme Celia ainsi que 100 000 litres/jour de lait pasteurisé en sachet sous la marque Mitidja. Présente en Algérie depuis 2007, Lactalis détient à travers Celia Algérie l’usine de Beni Tamou qui est sa seule unité de production dans le pays. Cet événement surprenant et anormal invite ainsi les autorités du pays à intervenir pour dénouer cette situation car il y va de l’image de l’Algérie. Si cette fermeture de l’usine se prolonge, cela donne un signal d’un climat d’affaires délétère en Algérie. <