L’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) est à la veille de clore son programme d’achat de blé tendre à l’externe pour l’exercice comptable 2020. Ainsi, le bilan des importations à la date du 13 novembre courant de ce blé de mouture fait ressortir un volume de 3 240 000 de tonnes contre 2 360 000 MT à la même période de 2019.
A propos du prix d’achat moyen de cette année, il a été, selon des sources concordantes, de 246,9 dollars la tonne contre 316 ,6 dollars/t en 2019 soit une progression de plus de 14%. Toujours dans ce même registre de volume d’importation et de prix d’achat, il importe de préciser que l’OAIC a conclu un contrat d’approvisionnement, à la date du 13 novembre dernier, de 600 000 tonnes de blé tendre d’origine optionnelle c’est-à-dire de pays de l’UE, à raison de 274,5 dollars la tonne. On remarque de suite que c’est le plus élevé des contrats de cette année en termes de volume, les précédents variant entre 50 000 et 480 000 t et en prix d’achat à la tonne qui a nettement grimpé à partir du mois d’octobre. Un prix trop élevé qui serait la raison pour laquelle l’OAIC n’a toujours pas conclu d’achat de blé russe bien que ce dernier s’est vu ouvrir les portes du marché algérien depuis que l’Office a décidé de revoir à la hausse le taux de punaisassions dans le cahier des charges passant ainsi de 1 à 5 %. Du coup, les fournisseurs russes peuvent soumissionner aux appels d’offres d’achats de la partie algérienne qui a pour seule devise de s’approvisionner au prix de la tonne de blé tendre le moins disant. Une stratégie des plus légitimes dans la mesure où l’Algérie occupe la troisième place des pays gros importateurs de céréales. De ce fait, plusieurs grands producteurs se disputent le marché algérien des céréales primaires (blé dur, tendre et orge). Ce qui explique l’empressement de la Russie de conquérir des parts de marché importantes, bousculant ainsi le fournisseur essentiel historique qu’est la France. En somme, il y a lieu de croire que la Russie vise à détrôner la France de sa place de premier fournisseur du pays. D’autant plus que cela pourrait arriver dès lors où l’Algérie a décidé de multiplier ses sources d’approvisionnement en la matière afin de ne pas se retrouver « prisonnière » d’un seul et unique fournisseur qu’est la France. Devant cette donne, la France serait tentée de tout faire, commercialement parlant, afin de garder intacte sa première place.
Sécuriser les réserves du pays
Cela dit, et à après lecture du bilan d’approvisionnement en blé tendre, on peut déduire que l’OAIC a fait le plein de ses achats à l’externe. Du coup et à travers tous ces volumes d’achat opérés en 2020, on peut avancer que le pays est pour une période à l’abri d’une envolée des cours mondiaux des céréales. Autrement dit, dans le contexte actuel de la conjugaison de la crise sanitaire et la crise économique mondiale, à travers cette démarche de maximiser ses achats en céréales, l’Algérie a cherché à assurer ses arrières dans le cas où les cours venaient à se hisser. Mais, il ne faudrait pas croire que seule l’Algérie procède de la sorte. En effet, l’Egypte, le Maroc, la Jordanie ainsi que les pays du Moyen-Orient s’y sont mis, afin d’assurer leurs réserves. Pour revenir au cas de l’Algérie, cette multiplication d’achats à des prix très intéressants s’inscrit dans le but de réduire la facture d’importation en produits alimentaires de première nécessité. C’est d’autant plus logique, quand on sait que les céréales, et à un degré moindre les huiles, constituent l’essentiel des importations de matière première végétale et dont la facture pèse lourdement sur la balance commerciale du pays, notamment ces dernières années où ses recettes extérieures sont en nette régression.
Toujours dans ce même ordre d’idées, il faut s’attendre à ce que, dans le contexte mondial actuel, les cours des matières agricoles enregistrent des hausses de leur prix d’achat. Un indice révélateur dans ce sens, la hausse des cours a déjà atteint 30% depuis la fin avril dernier, au moment où, pour le cinquième mois de suite, l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) est en hausse, affichant 100,9 points, le plus haut depuis six ans. D’où tout l’intérêt de revoir notre stratégie de production agricole en donnant la priorité des priorités aux cultures stratégiques. En clair, c’est la sécurité alimentaire qui est en jeu. n