Le retour du beau temps risque d’être macabre en Méditerranée occidentale cette année. Le phénomène qui avait pris des proportions alarmantes l’année passée pourrait bien reprendre avec son lot de tragédies. Ils sont au moins 48 à s’être noyés samedi près de Sfax en Tunisie alors que leur embarcation faisait route vers l’île italienne de Lampedusa.

Le bilan pourrait s’alourdir. Face aux côtes espagnoles, trois des bateaux qui transportaient des migrants ont coulé ce week-end. A leurs bords pas moins de 532 autres migrants sauvés de justesse par la marine espagnole. Les migrants risquent de se compter par milliers et les Etats semblent être impuissants face à ce fléau. Les conditions météo favorables dans le détroit de Gibraltar semblent expliquer la hausse des tentatives de traversée ces derniers jours. L’Espagne est la troisième porte d’entrée pour les immigrants clandestins, derrière l’Italie et la Grèce. La route de l’Espagne, qui passe par le Maroc, est de plus en plus empruntée à cause du chaos qui rend la route libyenne moins sûre. Chaque année, des dizaines de milliers de migrants tentent de gagner notamment l’Espagne et l’Italie en traversant la Méditerranée, dans des embarcations non adaptées à la navigation en haute mer. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 22.400 personnes sont arrivées en Espagne par voie maritime en 2017 et 223 ont perdu la vie. Les côtes italiennes ne sont pas mieux protégées même si elles sont moins empruntée à cause du chaos libyen. Les migrants prennent le large de plus en plus des côtes tunisiennes.

Regain d’activité migratoire
En plus des migrants subsahariens, des Tunisiens en quête d’emplois et d’une vie meilleure tentent régulièrement de traverser la Méditerranée, en direction de l’Italie. En mars dernier, 120 personnes, en majorité des Tunisiens, tentant de rejoindre clandestinement les côtes italiennes avaient été secourues par la marine tunisienne. En octobre 2017, 46 migrants étaient morts au large de Kerkennah, déjà, après le naufrage de leur embarcation entrée en collision avec un navire militaire tunisien. Les interceptions de bateaux chargés de candidats au départ vers l’Italie s’étaient multipliées. Et les contrôles sur le ferry qui fait Sfax à Kerkennah s’étaient resserrés. Toutefois, le flux n’a pas chuté. Certains habitants de Kerkennah ont même noté un regain d’activité migratoire ces dernières semaines. Selon les chiffres officiels donnés par les Italiens, le nombre de Tunisiens arrivés illégalement en 2017 sur la Péninsule a atteint 6 150 personnes, soit 7,5 fois plus qu’en 2016. Si les routes maritimes peuvent varier, puisque certains Tunisiens empruntent la périlleuse route libyenne, ces migrants sont arrivés pour l’essentiel de Tunisie même, d’où ont embarqué 5 900 illégaux ayant accosté en Italie. Parmi eux se comptent moins de 10 % d’Africains subsahariens. Si l’on ajoute les 3 178 migrants interceptés en mer par les garde-côtes tunisiens, cela fait 9 078 tentatives, réussies ou échouées, de départs de Tunisie sur l’ensemble de l’année 2017. Il faut dire que la déstabilisation de la Libye aura ouvert grandement le risque migratoire vers les pays du sud de la méditerranée. Les côtes libyennes sont devenues de véritables rampes pour des expéditions migratoires risquées.
La responsabilité de cette situation incombe aux même pays occidentaux qui ont applaudi voire participé à l’intervention en Libye pour faire chuter le régime Kadhafi, ce qui a fait basculer le pays dans le chaos. La Libye constituait pourtant une barrière contre le flux migratoire venant notamment de la zone du Sahel. Le pouvoir de Kadhafi jouait même un rôle de frontières avancées pour les réfugiés avec l’accord de certain pays européen.
La complication de la situation sécuritaire en Libye et aussi en Syrie ont accentué ce phénomène de migrations en méditerranée avec son corollaire de tragédies humaines.