Par Bouzid Chalabi
Après la saignée engendrée par une surchauffe des prix à la consommation lors des premiers jours de Ramadan, les ménages devront faire face à une autre épreuve, et pas des moindres, à savoir les prix des vêtements, chaussures et des ingrédients pour la confection des gâteaux, comme il est de tradition pour fêter l’Aïd El Fitr. De quoi les mettre à nouveau à rude épreuve.
Depuis samedi dernier les magasins d’habillement sont pris d’assaut de jour et dans la soirée. La preuve que chez des milliers de gens les préparatifs ont bel et bien débuté. Mais nombreux font plutôt dans la prospection du meilleur rapport qualité-prix tandis que d’autres sont dubitatifs au vu de la cherté des articles choisis. Au très réputé centre commercial de Bachdjarah, où Reporters était de passage dans la journée de samedi dernier et après le ftour, les allées étaient noires de monde. Des femmes accompagnées de leurs enfants font des haltes devant les magasins dans lesquels elles espèrent dénicher l’article qui correspond aux goûts de leurs enfants mais elles feront vite volte-face devant les prix affichés. Plus loin, un couple poussant une poussette, où s’agite un bébé, s’arrête devant une boutique spécialisée dans le vêtement pour enfants, mais hésite à pénétrer devant les nombreuses personnes sur un espace restreint. Le couple comme beaucoup d’autres contemple de loin les articles accrochés et demande le prix d’un pantalon. Dans sa stratégie marketing, la jeune vendeuse lui lance le prix avant de tendre quelques pantalons à la maman. «Touchez le tissu, c’est du coton. Vous ne trouverez pas cette qualité à ce prix», lui répond-elle. Face à des pantalons affichés à 6 000 DA, elle décide de se faire une idée sur la nature du tissu en le palpant. Visiblement convaincue, elle se retourne vers son mari et lui dit : «Tu as vu, ces pantalons ne sont pas si mal. Ils ont l’air de bonne qualité mais c’est leur prix qui me paraît exagéré. Du coup elle informe la vendeuse qu’elle repassera. Dans un autre magasin qui fait uniquement l’habillement pour adolescent et, où à chaque coin, un vendeur renseigne la clientèle sur les tailles et couleurs disponibles, annonce le prix tout en lâchant : «Nous le cédons à 5 000 DA au lieu de 5 500.» Ce qui reste tout de même cher pour certains, les poussant ainsi à prendre la sortie du magasin dans l’espoir de découvrir une meilleure occasion ailleurs.
Cela dit, certains patrons de boutique usent de toutes leurs armes marketing pour tenter de convaincre les visiteurs de la bonne affaire. Ils arrivent parfois à leur but mais la plupart du temps c’est peine perdue car souvent les clients veulent se donner un temps de réflexion ou continuer à prospecter d’autres magasins. Pour les moins nantis, c’est vers le commerce informel qu’ils vont se diriger. A ce propos, il faut dire que les étals de fortune ont envahi les rues et les espaces dans plusieurs quartiers commerciaux de la capitale pour proposer tout ce qui est en rapport avec les préparatifs de l’Aïd El Fitr. Ainsi des familles se rabattent sur cette catégorie de vendeurs qui étalent leur marchandise à même la chaussée. En effet, c’est là où les gens à faible revenu font une halte tout en restant peu regardant sur la qualité du produit qu’ils désirent acheter.
Et pourtant, comme nous l’avons observé lors de notre passage, ici, les prix affichés ne se distinguent plus mais s‘alignent souvent sur ceux proposés dans les magasins. C’est pour dire que pour les vendeurs informels, l’Aïd est une occasion en «or» à ne pas rater. Autrement dit, la fête religieuse est une opportunité pour se faire de l’argent grâce aux vêtements de l’Aïd, tant attendus par les enfants, ainsi qu’aux ingrédients nécessaires à la préparation des incontournables gâteaux traditionnels.
Finalement, les consommateurs vont tenter de gérer au mieux le budget consacré aux préparatifs de l’Aïd El Fitr mais au prix de lourds sacrifices, quitte à s’endetter ou à mettre en gage leur or, afin de disposer d’une somme d’argent indispensable pour fêter comme il se doit la fin du mois de Ramadan. Après, ce sera une autre paire de manches tout aussi difficile tant leur pouvoir d’achat a été laminé.