La pièce « Adhoulane… Adhoulane » ou « Radjeïn… Radjeïn », mise en scène par Hamida Aït El Hadj, a clôturé, dans la soirée de jeudi dernier, la première édition des Journées nationales du théâtre amazigh qui ont débuté le 18 décembre dernier. Prévue dans la soirée du 23 décembre passé, la représentation a été reportée à la soirée du 26 décembre, suite au deuil national de trois jours.

Cette pièce adaptée du texte « les Martyrs reviennent cette semaine », du regretté romancier Tahar Ouettar, présentée sous la forme d’une tragicomédie, revient à la période post-indépendance en focalisant sur ceux qui ont trahi la promesse des martyrs, tout en mettant en lumière les événements politiques actuels que traverse le pays. Le spectacle a été présenté au Théâtre national algérien Mahieddine-Bechtarzi, dans les langues kabyle, chelhi et chaoui et tourne autour de la rumeur selon laquelle il y aura un retour des martyrs partis combattre l’ennemi. Cette rumeur va provoquer un état de panique, révélant la réalité de la corruption qui gangrène les institutions, à travers la critique du fonctionnement de la commune, qui adopte le principe de la corruption pour gérer les affaires de certains au détriment de la population. Il est aussi mis en relief la sournoiserie de certains pseudos-moudjahidine pour couvrir leurs anciens crimes. Parmi les nouveautés de cette nouvelle adaptation scénique du texte de Tahar Ouattar, c’est le fait de faire ressortir la souffrance des femmes qui ont perdu leur mari ou leur frère, mais qui gardent l’espoir de leur retour. Le spectacle, qui a duré 70 minutes, s’est notamment distingué par de nombreux tableaux scéniques, portés par les comédiens interprétant les dix personnages de la pièce. Ils ont réussi à présenter une performance acceptable, mais qui reste, toutefois, loin de la version de Ziani Cherif Ayad qui a déjà mis en scène la pièce le mythique texte selon de nombreux amateurs du quatrième art présents au TNA. Dans cette nouvelle version, Hamida Aït El Hadj a aussi choisi de se passer de trois personnages principaux, qui n’apparaissent dans la pièce que par l’évocation de leurs noms, dont le personnage principal «Abed». Le talent des différents comédiens présents sur scène, à l’instar de Hakim Ghamrod interprétant le personnage d «Al-Fahem », une figure instruite qui n’hésite pas à dire les quatre vérités et qui représente la sagesse, il y a également Belkacem Kaouane dans le rôle de Kedour, un soulard et ancien faux moudjahid, de Tarek Achaba dans celui du mari de Louisa, de Abdel Rahman Ikariwen dans celui du maire corrompu, Redouane Mourabit dans celui du vieil homme sage et Yosra Azib qui a joué le rôle de Louisa, une jeune femme qui vit dans l’espoir de retrouver son mari. La scénographie s’est distinguée par un beau symbolisme, réalisé par Boukhari Hebel, optant pour l’illustration d’un grand tunnel, semi-sombre, dans l’espoir que les différents personnages arrivent à sortir de l’obscurité à la lumière et la fin de la corruption dans une Algérie véritablement indépendante. Il est également à saluer dans cette représentation le talent de Slimane Habess qui s’est occupé de la chorégraphie sur laquelle s’appuyait le spectacle et qui a été un grand succès. Surtout au lever de rideau de la pièce, dont les mouvements dépeignent un état de viol et le début d’une véritable tragédie portée par les femmes, qui par extension symbolise la tragédie et le traumatisme de la Patrie. Cependant, le dernier tableau chorégraphique clôturant la représentation était légèrement surfait et tirait en longueur. Toutefois, il est important de souligner que dans sa globalité les différents tableaux chorégraphiques de la pièce ont largement contribué à la beauté du spectacle et à approfondir son sens.

Relever le défi du brassage des dialectes amazighs
Dans le débat qui a suivi la représentation, Hamida Aït El Hadj expliquera que « le choix du brassage des langues dialectales ne m’a pas été imposé mais plutôt on me l’a demandé en me laissant une totale liberté d’action». Elle poursuit à ce propos, qu’un metteur en scène fait et propose ses propres spectacles mais parfois, on lui propose des spectacles et ce qui m’a été proposé par le directeur du TNA, qui m’a demandé d’utiliser plusieurs variantes dialectales tamazight », en confiant avec enthousiasme, «c’était un défi pour moi et j’adore m’amuser dans mon travail». Hamida Aït El hadj souligne également à ceux présents au débat qu’elle a mis deux mois pour lire Tahar Ouettar, afin d’aller au-delà des préjugés et en faire ressortir les messages profonds du texte. Elle avoue à ce sujet que «j’ai découvert que toutes les revendications de cette personne et de ce magnifique auteur étaient celles du Hirak d’aujourd’hui ». Affirmant que «cela m’a ébloui, le fait qu’ils remettent en cause le système et le fonctionnement des institutions déjà à son époque. Aujourd’hui, ce texte est toujours d’actualité et il résonne avec les préoccupations et les revendications populaires. Le plus grand défi était de donner un nouveau souffle à ce puissant texte à travers une nouvelle adaptation sur les planches portée par la langue amazigh, est en soi une forte symbolique ».n