Par Khaled Remouche
Les réactions des experts à la décision du président Tebboune de fermer les comptes commerciaux et d’interdiction leur ouverture au niveau d’Algérie Poste sont mitigées. En l’occurrence, N. Bousbia, financier, considère que sous un certain angle l’instruction du chef de l’Etat, rapportée par le communiqué officiel rendu public à l’issue du Conseil des ministres de dimanche, suivant laquelle la Poste est sommée «de fermer les comptes commerciaux et d’interdire leur ouverture au niveau de l’Algérie dans l’objectif de régler le manque de liquidité absorbée par les transactions commerciales», est positive. Car l’utilisation des comptes postaux pour des usages commerciaux pose problème, a-t-il argué. Elle constitue un moyen de faire fuir les capitaux et de blanchir l’argent sale. L’instruction du chef de l’Etat, selon cet expert, est une mesure prise à bon escient en ce sens qu’elle permet d’éviter le transfert illicite de capitaux et le blanchiment d’argent. Ce canal de circulation du cash issu des transactions commerciales peut encourager ainsi des infractions à la réglementation. Cela explique pourquoi le Président de la République a exigé que les comptes commerciaux soient désormais du ressort des banques. A des fins de transparence sur ces flux de cash. L’expert nuance néanmoins ses propos en soulignant que cette mesure seule ne suffira pas à régler pour autant le problème de liquidité qui persiste dans plusieurs localités du pays non sans engendrer le mécontentement, voire des mouvements de protestation de nombreux citoyens.

«Le problème de liquidité se règle avec le retour à la croissance»
Le problème de liquidité est une question éminemment économique, explique-t-il. «En période de crise, il est normal que le niveau des liquidités rétrécisse.
Le chiffre d’affaires des entreprises, de manière générale, est en chute libre, entraînant une baisse de liquidités déposées au sein des banques commerciales. Les citoyens, du reste, ont tendance en période de crise à thésauriser». Il observe que lors des années fastes, lorsque le baril était à plus de 100 dollars et que les banques étaient en surliquidité, aucun mécanisme n’a été institué pour prévenir un manque de liquidités. Ce qui pose un sérieux problème de gestion et d’anticipation des risques. Ce problème de liquidité se règle, a-t-il conclu, avec le retour à la croissance, le retour de la confiance.

«Les instructions présidentielles ne s’attaquent pas au problème de fond»
Un autre spécialiste, qui a requis l’anonymat, n’a pas mâché ses mots. «Ces instructions ne s’attaquent pas au problème de fond qui génère ce manque de liquidité», commente-t-il. Cela relève de l’anecdotique. L’expert financier souligne que cette situation est la conséquence des mauvaises politiques appliquées ces dernières années, en particulier d’accorder des crédits à long terme à des entreprises publiques. Les remboursements de dette actuellement ne s’effectuent pas ou à de faibles montants. Une politique qui affecte aujourd’hui en partie la liquidité bancaire. Il relève également le manque de transparence qui caractérise les Conseils des ministres. Sur le point précis du problème de liquidité, lié aux comptes commerciaux ouverts à la Poste, il observe que le communiqué officiel à l’issue du Conseil des ministres ne mentionne ni les montants de cash en jeu inhérents à ces comptes commerciaux, ni le volume des sommes retirées par les détenteurs de ces comptes, d’où la difficulté d’évaluer l’importance de ce facteur. Il convient, également, dans la foulée d’observer que les communiqués des Conseils des ministres ont tendance à ne pas rendre compte des présentations ou communications des ministres sur des dossiers brûlants qui préoccupent les citoyens. A rappeler que l’économiste Rachid Sekak avait, dans un entretien accordé récemment à Reporters, expliqué que cette crise de liquidité était due à la baisse des dépôts de Sonatrach en raison de la baisse des prix du pétrole en 2020, à la tendance des particuliers de retirer tout leur argent mensuellement, faute de systématisation des cartes de paiement et de retrait bancaires ainsi qu’au manque de confiance. A noter également l’absence de mesures incitatives pour drainer l’argent de l’informel et pour encourager l’épargne des ménages et des entreprises. Il convient de rappeler que le gouvernement avait décidé, en 2020, une série de mesures pour régler ce problème de liquidité. Une bonne partie de ces mesures n’a pas été appliquée. Aujourd’hui, le problème persiste, faute de nouvelles initiatives.