Les Citizens n’ont plus de temps à perdre. A l’aube de la 13e journée, les joueurs de Pep Guardiola pointent à une surprenante, pour ne pas dire préoccupante 9e place, au classement de la Premier League. Mais au-delà du bilan comptable, c’est bien le contenu de leurs matches qui inquiète. Fer de lance d’un football de possession spectaculaire depuis l’arrivée du Catalan en 2016, ils n’impressionnent plus grand-monde outre-Manche cette saison. Si les circonstances exceptionnelles de l’exercice en cours apportent quelques explications à cette méforme prolongée, elles ne peuvent éviter d’autres interrogations plus profondes.
Une tendance lourde semble ainsi se dessiner. Si le bilan de la saison dernière n’avait rien d’infamant – 2e en Premier League avec 81 points et élimination en quart de finale de la Ligue des champions –, l’idée d’une certaine usure du discours de Guardiola avait déjà été discrètement émise. A 17 longueurs de Liverpool, les Skyblues avaient bien tôt abandonné l’idée d’un troisième sacre consécutif sur la scène anglaise. L’exercice 2020-2021 devait donc sonner comme celui de la révolte avec une intention claire : reconquérir le titre.
CITY A POURTANT RESSORTI LE CARNET DE CHÈQUES
Finalement épargné par les sanctions inhérentes au non-respect du fair-play financier, le club mancunien est reparti à l’offensive sur le marché des transferts cet été. Ferran Torres, Nathan Aké et Ruben Dias ont donc débarqué pour plus de 130 millions d’euros, les deux derniers cités ayant pour mission de consolider une arrière-garde souvent fébrile. Indéniablement, les chiffres attestent d’une amélioration à ce niveau. Avec 11 buts concédés en 11 matches de championnat, Manchester City est actuellement la 2e meilleure défense du Royaume, derrière le Tottenham de José Mourinho.
Les Citizens peuvent même s’enorgueillir de rester sur 6 «clean sheets» toutes compétitions confondues. Guardiola, lui-même, se félicitait d’ailleurs samedi dernier de la «consistance» défensive après le derby contre United. Mais ce que ce match a aussi souligné, ce sont les difficultés offensives du moment de la formation du Catalan. Avec 17 buts marqués seulement en Premier League, celle-ci affiche seulement le 11e bilan en attaque du championnat. Des chiffres indignes d’une équipe avec tant de talents, de Kevin de Bruyne à Riyad Mahrez, en passant par Raheem Sterling et Gabriel Jesus. Et l’absence de Sergio Agüero, certes préjudiciable, ne suffit pas à tout expliquer. A l’image de sa prestation à Old Trafford, City a de plus en plus de mal à se créer des occasions.

ATTAQUE MÉCONNAISSABLE ET DÉFICIT PHYSIQUE
« On dirait une équipe qui s’ennuie un petit peu. Pour City, avec les investissements réalisés, l’objectif est clair : ils n’ont pas d’autre option que de gagner le championnat. D’ici la fin de saison, il se peut qu’ils retrouvent confiance et leur football et qu’ils enchaînent les victoires pour y parvenir. Mais cette équipe n’était juste pas le Manchester City de Pep Guardiola », a renchéri son ancien coéquipier Gary Neville et également consultant pour la chaîne anglaise. C’est au milieu de terrain que le bât blesse le plus et où la perte d’un créatif comme David Silva se fait cruellement ressentir.
City souffre également d’un manque de mouvements dans les intervalles, pourtant une de ses marques de fabrique, et son pressing à la perte du ballon est moins efficace qu’il ne l’a été. Si l’excuse vaut pour tous les autres clubs et cadors de la Premier League, le manque de préparation physique lié au calendrier bouleversé par le coronavirus peut expliquer ce manque de percussion, de vitesse dans les enchaînements et de vivacité dans les petits espaces. Mais alors que Guardiola entame sa 5e saison au club et a prolongé son bail jusqu’en 2023, on peut aussi se demander si sa voix porte toujours aussi bien dans le vestiaire, notamment après le dernier échec en Ligue des champions lors du Final 8 face à Lyon l’été dernier.
Tactiquement, City a ainsi semblé dépassé à Tottenham voici trois semaines. Près de 70 % de possession et plus d’une trentaine de centres n’y ont rien fait, ce sont bien les Spurs qui ont maîtrisé les événements et ont puni leurs adversaires en transitions rapides (2-0). Cette défaite, la deuxième cette saison en Premier League, a marqué Guardiola. Depuis, il a changé son milieu, évoluant systématiquement avec une sorte de double pivot avec Rodrigo et Gundogan, ou Rodrigo et Fernandinho.
IDÉOLOGUE CONDAMNÉ AU PRAGMATISME À COURT TERME ?
Par ce choix, le Catalan a montré qu’il avait conscience des failles de son équipe à la perte du ballon. Alors, Guardiola le dogmatique est-il prêt à faire preuve de pragmatisme pour rééquilibrer son dispositif et se réinventer ? Peut-être. Son discours récent semble d’ailleurs le confirmer. « Nous nous sommes créé trois ou quatre occasions, vous ne pouvez pas en attendre beaucoup contre une équipe comme United. Au final, c’est un bon point. Ce sera un bon point pour la suite si nous gagnons les prochains matches », a-t-il encore souligné après le derby. Des propos que José Mourinho n’aurait pas reniés.
A la même époque l’an dernier avec son bilan actuel (déjà 14 points laissés en route), City aurait probablement déjà dit adieu au titre. En cette saison si particulière, aucune équipe n’est souveraine et les Citizens n’accusent finalement que 6 points de retard sur les co-leaders Tottenham et Liverpool, avec un match en moins qui plus est. Avant de potentiellement retrouver son style flambloyant et l’intensité qui a fait sa force lors de ses deux titres en 2017-2018 et 2018-2019, Guardiola se contenterait bien d’enchaîner les 1-0, et ce dès hier soir, à l’heure où nous mettions sous presse, face à West Bromwich Albion, avant-dernier du championnat. Mais entre se réinventer et se renier, la limite est parfois fine. Est-il capable de mettre de l’eau dans son vin sans le dénaturer totalement ? Car l’intéressé a bâti toute sa réputation sur une fidélité sans faille à sa philosophie de jeu. C’est tout l’enjeu de cet exercice délicat. n