Alors que les résultats définitifs des élections législatives de samedi dernier se faisaient toujours attendre hier, en fin d’après-midi, les scores préliminaires publiés par délégués de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) ainsi que les procès-verbaux de l’opération de dépouillement des listes de candidats, au niveau de
35 wilayas, donnent déjà un aperçu
sur la cartographie politique de la prochaine Assemblée populaire nationale.

Par Feriel Nourine
Cette dernière se dirige vers une composante à cinq blocs parlementaires, en l’occurrence le Front de libération nationale (FLN), le Mouvement pour la société et la paix (MSP), le Rassemblement national démocratique (RND), ainsi que les mouvements El Bina et El Moustakbal. En plus de ces cinq partis politiques, il faudra compter avec les listes indépendantes qui ont réalisé des résultats forts remarqués, pais à travers des listes dispersées, faut-il le préciser.
Par ordre de classement, les mêmes résultats préliminaires donnaient, hier, le FLN en tête, avec 61 sièges remportés, suivi du MSP (44 sièges), le RND (32), El Moustakbal (31) et El Bina (21). Quant aux candidats indépendants, le même décompte préliminaire leur attribue déjà 27 sièges à travers des listes dispersées.
Ces premiers résultats donnent donc raison au Secrétaire général du FLN, Abou El Fadhl Baadji, qui revendiquait dimanche la majorité en nombre de sièges en se basant sur les indications préliminaires qui seraient parvenues à son parti des wilayas du pays et de l’étranger. Celles-ci «montrent que le FLN est classé premier aux législatives», avait-il.
Ils pourraient aussi discréditer le MSP qui, lui aussi, s’était proclamé vainqueur du scrutin. En tous les cas, si la victoire du FLN venait à être officiellement confirmée, elle serait sans doute synonyme d’une réhabilitation politique pour l’ex-parti unique, lequel s’est retrouvé englouti ces dernières années dans des affaires internes et externes dont nombreuses ont l’ampleur de scandales économiques qui ont mené droit en prison nombreux de ses hauts responsables.
Dans le cas précis de l’APN, l’on se rappelle les aveux devant la justice de l’ancien député du FLN Baha Eddine Tliba concernant l’achat de siège dans cette institution.
Mais ni ce type de scandales, ni la réputation de parti du pouvoir, et au pouvoir, qui a fait de la mission du député ce qu’elle est ne semblent avoir eu raison du FLN et des FLNistes invétérés. Ces derniers, et à leur tête le SG du parti, se sont redéployés ces derniers mois en comptant sur un fort ancrage toujours présent dans la société, mais aussi dans longue maîtrise des rouages politiques qui leur permet aujourd’hui d’exploiter une nouvelle échéance et rebondir sur l’échiquier politique national en exploitant la voie de l’APN.
Le vieux parti refuse donc de rejoindre le musée auquel l’invite de nombreuses voix, notamment celles du Hirak, et témoigne de sa détermination à durer encore sur cet échiquier.
Idem pour le Rassemblement populaire national qui, lui aussi, semble ne pas avoir pâti des scandales qui ont secoué ses arcanes et de l’image qu’il s’est fait auprès de l’opinion publique depuis sa création. Le RND se porterait nettement mieux que pouvaient laisser penser les dernières évolutions politiques du pays, et le score qu’est en train de réaliser ce parti dans les législatives ne fait que l’attester.
Une évolution que le politologue Rabah Lounici explique d’ailleurs clairement (voir entretien de Siham Bounabi) en constatant, entre autres, que les partis traditionnels, comme les partis islamistes, comme le MSP, ou le RND et le FLN, ont déjà un réservoir d’électeurs fidèles et stables qui voteront toujours pour le parti pour lequel ils ont l’habitude de voter.
Concernant le grand nombre de listes indépendantes, l’intervenant y voit un paramètre qui risque de se retourner contre les candidats indépendants. Car s’ils ont réussi à mobiliser ceux qui ont l’habitude de boycotter les élections législatives, ces voix seront dispersées entre les différents candidats et ne formeront pas un bloc contre les candidats des partis traditionalistes, souligne-t-il.