Par Sihem Bounabi
Face au risque de la résurgence des maladies infantiles, comme la coqueluche ou la polio, «un nouveau carnet vaccinal pour les enfants sera appliqué d’ici l’année 2023», a annoncé, hier, le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie.
Intervenant sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, l’immunologue a expliqué que l’un des impacts négatifs de la pandémique de la Covid-19 est le chamboulement du programme de vaccination des enfants et des nouveau-nés. Soulignant que «la plupart des schémas vaccinaux n’ont pas été respectés durant la pandémie de la Covid-19 et on doit les rattraper le plus vite possible, car il y a risque d’émergence de pathologies infantiles que l’on considérait jusqu’à aujourd’hui comme disparues ou éradiquées».
Il explique que le nouveau programme vaccinal permettra «de protéger un peu plus nos enfants contre les maladies transmissibles». Ajoutant que «des réunions ont lieu au niveau du ministère de la Santé pour faire avancer les choses dans le bon sens». Il tient toutefois à rassurer que «l’Algérie est classée parmi les meilleurs pays vaccinateurs dans le monde et qui a réussi à éradiquer beaucoup de maladies transmissibles. Notre pays est à jour par rapport à l’actualisation des programmes de vaccination.»
Par ailleurs, mettant en relief l’importance de la vaccination contre la grippe saisonnière, dont la campagne nationale a été lancée depuis le mois d’octobre dernier, le Pr Kamel Djenouhat a appelé à une vaccination massive des personnes vulnérables contre la grippe saisonnière qui commence déjà à se répandre au sein de la population.
Il alerte à ce sujet : «La grippe saisonnière va être plus difficile cette fois en raison de la dette immunitaire qui, elle-même, suppose la disparition du virus grippal pendant deux années face à la Covid-19 et la non-vaccination de la population.» Se désolant que «beaucoup de gens perdent leurs parents âgés juste parce qu’ils ne se sont pas fait vacciner».
Selon le Pr Djenouhat, la contamination par le virus de la grippe peut être à l’origine de complications graves à l’instar d’insuffisances cardiaques, d’accidents cardiovasculaires (AVC) et de surinfections qui peuvent mener jusqu’au décès du malade.
Il a dans ce sillage détaillé la catégorie des personnes vulnérables qui «doivent absolument se faire vacciner contre le virus de la grippe qui n’est pas bénin», en l’occurrence les personnes âgées de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les enfants, les malades atteints de pathologies chroniques dont notamment le diabète, les pathologies cardiaques, les insuffisance respiratoires et rénales, les pathologies hépatiques et les déficiences immunitaires.
Dans la liste des personnes qui doivent se faire vacciner contre la grippe saisonnière, l’immunologue soulève l’importance de vacciner le personnel médical, expliquant «que même si le personnel médical a un très bon système immunitaire et ne développe pas les symptômes sévères de la grippe, il y a un risque qu’il contamine les malades en transmettant le virus d’un malade à autre».
Abordant la question du renforcement du système immunitaire, le Pr Kamel Djenouhat conseille aux Algériens de favoriser un mode de vie sain avec une bonne nutrition, la pratique du sport, un sommeil réparateur et une bonne gestion du stress, soulignant que «malheureusement, aujourd’hui, on est confronté à un grand ennemi qui est le stress et qui risque à tout moment de fragiliser notre système immunitaire»
Le président de la Société algérienne d’immunologie préconise aussi la prise de vitamine D en soulignant que «le constat actuellement et qu’il y a de nombreuses pathologies qui relèvent d’un dysfonctionnement du système immunitaire qui sont la conséquence directe d’un déficit en vitamine D». Affirmant que «plus de 70 % de la population algérienne souffre d’un déficit de vitamine bien que l’on soit un pays ensoleillé». Il conseille aux Algériens qu’il est important de revoir les habitudes alimentaires notamment en consommant beaucoup plus de poisson et une plus grande exposition au soleil. Concernant le dossier des réformes de la santé, le Pr Kamel Djenouhat souligne qu’ «il y a une priorité d’aller vers l’augmentation de services et de lits de réanimation» en ajoutant «que l’on est certains qu’il y aura des pandémie et des épidémies dans les années à venir d’où l’importance cruciale de renforcer les services de réanimation». Il a souligné dans ce sillage l’importance d’améliorer les conditions socioprofessionnelles des réanimateurs pour pouvoir les garder dans le secteur de la santé publique.
Dans un esprit d’anticipation pour faire face au risque de nouvelles épidémies, le Pr Kamel Djenouhat a appelé à la création de comités mixtes entre le médical et les vétérinaires. Soulignant que «le grand danger des virus respiratoires est le fait qu’ils peuvent transiter par l’animal et de ce fait, peuvent subir des mutations et revenir avec des formes plus virulentes».
Concluant que «la prise en charge des pandémies doit être multisectorielle. Toutes les institutions doivent travailler en collaboration et en synergie pour une réelle prise en charge des malades”. n