Dans un contexte épidémique marqué par l’augmentation du nombre de contaminations à la Covid-19, incitant de nombreux spécialistes à lancer des appels à la vaccination, dont notamment les doses de rappel six mois après la dernière inoculation, Pr Kamel Djenouhat, virologue et président de la Société algérienne d’immunologie, rassure dans cet entretien sur l’impact du rebond des contaminations à la Covid-19. Il préconise d’attendre que les nouveaux vaccins anti-covid, jugés plus efficaces, soient mis sur le marché dans les prochaines semaines pour que les personnes les plus vulnérables aillent se faire vacciner.
Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Face à l’augmentation des cas de contamination à la Covid-19, qui se maintient au-dessus de la barre d’une centaine par jour, quel est votre commentaire sur la situation épidémique actuelle ?
Pr Kamel Djenouhat : Depuis l’entrée en Algérie du sous-variant de l’Omicron, le BA.5, il y a un mois et demi, on peut dire qu’actuellement on assiste à un pic en plateau du rebond de la courbe de contamination à la Covid-19. Je préfère appeler cette augmentation du nombre de contaminations, rebond, et non pas vague, parce qu’il n’y a pas un grand nombre de malades hospitalisés et les décès sont rares. On se rend compte que c’est une courbe qui est complètement différente de ce qui se passe à l’étranger où on continue d’enregistrer des centaines de cas de décès par jour, et ce n’est pas vraiment le cas chez nous. De ce fait, on ne doit pas calquer ce qui se passe ailleurs. Je pense que cela va continuer à évoluer en plateau. Malgré cette augmentation du nombre de contaminations, les hôpitaux restent désertés par rapport à la demande des malades covid. C’est exceptionnellement que des malades covid sont placés sous oxygénation. Et même s’il y a un petit nombre qui entre dans les unités de soins intensifs, heureusement ils en ressortent sans séquelles. On peut déduire qu’en Algérie, on n’est pas inquiet par rapport à l’évolution de la pandémie. On reste optimistes par rapport à l’avenir de cette pandémie du covid chez nous qui est en train de se transformer en forme endémique avec en plus des formes beaucoup moins graves par rapport à ce que l’on a vu lors des vagues précédentes.
On constate également que ce variant n’a pas fait autant de dégâts que ce qui s’est passé auparavant. Je pense sincèrement que la cause principale de ce constat est par rapport à l’immunité que la population algérienne avait acquis lors de la précédente vague Omicron qui s’était fortement propagée. Ce qui permet aujourd’hui une forme de protection face au BA.5 qui est un sous-variant de l’Omicron. C’est pour cela que les personnes développent pour la majorité des formes bénignes.
Comment expliquez-vous cette augmentation des cas de contamination ?
La cause principale est l’augmentation des flux aériens et terrestres. C’est tout à fait normal, lorsque les frontières sont ouvertes, on s’attend à l’entrée de sous-variant du virus du Covid-19 d’autant plus que le sous variant BA.5 se propage plus rapidement et donc il est plus contagieux. Ainsi, du fait que le grand flux de mouvement des personnes se déroule durant les mois de juillet et d’août, on s’attend durant ces jours-ci que le taux de contamination va continuer à augmenter en plateau et on espère que d’ici le début du mois de septembre la situation épidémiologique va s’améliorer. Je tiens toutefois à préciser que l’on n’a plus le droit d’appeler à la fermeture des frontières car cela ne rime à rien. L’expérience montre qu’elle ne peut que retarder l’apparition de nouveaux rebonds. Donc il vaut mieux marcher avec ce qui se passe à l’échelle mondiale.
De plus en plus de spécialistes lancent des appels à la vaccination contre la Covid et notamment les doses de rappel pour les personnes les plus vulnérables, quel est votre avis ?
Concernant la vaccination contre la Covid, il y a deux choses à connaître, la première, on ne parle plus de l’ancien vaccin qui a beaucoup baissé d’efficacité depuis la propagation du variant Omicron. C’est pour cela qu’il faudrait aller vers une nouvelle version du vaccin qui est plus efficace contre les différents sous-variants notamment le BA.5 d’Omicron. Le problème est qu’en ce moment, il y a un manque de disponibilités de ces nouveaux vaccins à travers le monde. Mais d’ici quelques semaines, normalement, ces nouveaux vaccins qui ont une plus grande efficacité seront disponibles pour tout le monde. La deuxième chose qu’il faut savoir, c’est que maintenant, en tant que scientifiques et selon les résultats des récentes études, l’appel à la vaccination générale n’est pas recommandé. Par contre, ce qu’il faudrait faire, probablement, c’est de cibler les populations à risque mais avec à condition qu’elles soient vaccinées avec le nouveau vaccin. C’est-à-dire que dès la mise sur le marché de ces nouveaux vaccins qui ont beaucoup plus d’efficacité, il faut opter pour une vaccination ciblée de quelques catégories de population vulnérable qui risquent de faire des formes graves et compliquées par des décès. Il s’agit surtout des sujets âgés, des sujets atteints de quelques pathologies chroniques, comme le diabète et l’obésité. <