« J’entends dire çà et là que certains vaccins sont efficaces et d’autres pas. C’est un faux débat. Je vous conseille de vous faire vacciner dès que possible, le variant Delta va bientôt être parmi nous, s’il ne l’est pas déjà. Il est extrêmement contagieux. Personne ne sera à l’abri d’une contamination. » C’est en ces termes, sur les réseaux sociaux, que le professeur Foudil Khelifa, virologue, et collaborateur de choix sur nos colonnes quand il s’agit d’urgence sanitaire, a averti et presque supplié les citoyens à aller se faire vacciner. Il y a un impératif et il y a danger de mort, tout simplement. Encore une fois, il réitère son appel à la vaccination et bat en brèche toutes les théories complotistes. Suivons-le, il est encore et toujours de bon conseil.

Propos recueillis par Hamid Bellagha
Reporters : Vous aviez prédit dans un précédent entretien une troisième vague, sans doute en été. On y est ou est-ce seulement les chiffres des contaminations qui jouent au yoyo ?
Pr Foudil Khelifa :
Nous vivons actuellement une augmentation des cas de Covid qui est liée, malheureusement, à un abandon des gestes barrières par la population, qui a repris en février et mars une vie normale, pensant que l’épidémie était terminée.

Depuis quelques jours, vous essayez à travers les réseaux sociaux d’inciter les gens à se tourner vers la vaccination. Est-ce à dire que le ministère de la Santé et ses relais officiels ont échoué quant à la nécessité de se faire vacciner ?
Tous les jours, je reçois des appels téléphoniques pour avoir mon avis sur tel ou tel vaccin. Je le dis et je le répète, c’est un faux débat. Actuellement, l’urgence est de vacciner le plus de personnes possible pour rompre la chaîne épidémique. Je suis passé, il y a quelques semaines, devant la Direction de la santé de la wilaya de Constantine et j’ai été agréablement surpris de voir un écriteau qui invitait les gens à entrer se faire vacciner. Il y avait aussi de jeunes étudiants en médecine qui faisaient de la sensibilisation. Si je suis intervenu sur les réseaux sociaux, c’est parce que j’ai constaté une réticence de la population à se faire vacciner.

Il y a une suspicion née en Europe envers un vaccin, AstraZeneca pour ne pas le nommer, mais on constate que la défiance enregistrée en Algérie est, curieusement, plus importante. On a aussi remarqué que l’Union Européenne a établi des limites d’âge pour le vaccin anglo-suédois. C’est normal ?
Cette suspicion a porté un coup à la campagne de vaccination, particulièrement ici, en Algérie. Beaucoup de personnes refusent de se faire vacciner avec ce vaccin. Les bénéfices du vaccin surpassent largement les risques. Il faut savoir que la pilule contraceptive provoque 500 fois plus de thromboses que ce vaccin, pourtant elle continue à être prescrite. Ces thromboses ont surtout été constatées chez les personnes jeunes, d’où cette limite d’âge portée à 55 ans.

Malgré l’ouverture de plusieurs centres de santé et de vaccinodromes, l’Etat peine à convaincre le citoyen d’aller se faire piquer. L’Algérien se serait-il engouffré dans les théories complotistes ?
Oui, tout à fait. En Algérie, on a 40 millions d’entraîneurs de l’équipe nationale et je découvre qu’on a 40 millions de « covidologues » qui ont réponse à tout. Beaucoup d’inepties sont dites. Tout le monde veut se faire vacciner par le vaccin russe et je n’en connais pas la raison. Il faut également préciser que depuis la première vaccination en 1796, il y a de tout temps eu des complotistes qui ont essayé d’entraver les programmes de protection contre certaines maladies. Alors que grâce à la vaccination, des maladies ont été complètement éradiquées, comme par exemple la variole et la poliomyélite en Algérie.

Pourriez-vous nous donner une idée sur les différents vaccins existants pour le moment ?
Il y a schématiquement 4 groupes de vaccins. Les vaccins à ARN (Pfizer et Moderna) qui consistent à injecter une partie de l’ARN du SARS CoV 2 par le biais d’une enveloppe lipidique. Les vaccins à vecteurs (Spoutnik, Johnson & Johnson, et AstraZeneca) qui utilisent un vecteur viral pour injecter l’ARN du SARS CoV2. Il y a les vaccins à virus inactivés (Sinopharm et Sinovac) qui sont considérés comme des vaccins classiques et, enfin, les vaccins qui utilisent des protéines virales synthétiques.

Certains médecins avancent la possibilité d’une immunité collective, quel est votre avis ?
La seule manière de stopper une épidémie est l’acquisition d’une immunité collective, c’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait plus de 60% de la population qui ait des anticorps acquis après la maladie ou post-vaccinaux. C’est la raison pour laquelle il faut vacciner le plus de personnes possible et très rapidement. Etant donné que nous sommes frappés de plein fouet par cette troisième vague, je pense que l’immunité collective n’est pas encore atteinte chez nous.

A la lumière de la « carte » des vaccins, y a-t-il un vaccin meilleur qu’un autre ou moins qu’un autre ?
Chaque vaccin à ses avantages et ses inconvénients, je réitère que le plus important est de se faire vacciner quel que soit le vaccin.

Plusieurs variants, notamment Delta anciennement indien, sont en train de remettre en cause les efforts de vaccination à travers le monde. Les vaccins peuvent-ils devenir à terme inefficaces ?
Pour l’instant, Dieu merci, les vaccins restent efficaces contre les variants qui circulent. Mais l’éventualité de la survenue dans l’avenir de nouveaux variants résistants aux vaccins n’est pas à écarter. Les laboratoires devront alors adapter leurs vaccins aux nouvelles souches, comme c’est fait actuellement avec le virus de la grippe.

Nous vous remercions pour votre totale disponibilité pour notre journal et vos combats pour les justes causes sanitaires, nous vous offrons nos colonnes pour réitérer votre message quant à la nécessité absolue de se faire vacciner…
Les gens doivent prendre conscience que la vaccination est le meilleur moyen pour ne pas tomber malade ou du moins contracter une forme bénigne de la maladie. Ils doivent comprendre qu’il y a quotidiennement des décès et que nul n’est à l’abri. Je vais terminer en vous racontant une anecdote. Mon épouse et moi avons été vaccinés au mois de février, mes trois filles, le mari de l’une d’elle et mes deux petites-filles ont contracté la Covid au mois de mai. Nous avons, avec mon épouse, vécu au milieu de tout ce beau monde atteint par le SARS CoV2 sans avoir développé le moindre symptôme. C’est à partir de là que j’ai compris tout l’intérêt du vaccin.