La riposte des autorités aux effets de la crise sanitaire est l’une des sources de la hausse des prix et de l’érosion du pouvoir d’achat des Algériens, note le FMI. L’institution financière internationale recommande de ne pas recourir aux instruments monétaires de la Banque d’Algérie pour financer les dépenses publiques.

PAR KHALED REMOUCHE
Une mission du FMI a mené des consultations avec les autorités algériennes, clôturées le 3 octobre dernier, en vue d’une évaluation de la situation de l’économie nationale dans le cadre de l’article IV. Les discussions ont porté notamment sur l’inflation, les réformes structurelles, l’endettement, l’informel, la réduction des subventions. Au cours d’une conférence de presse animée par la chef de mission du FMI, Geneviève Verdier, cette dernière a tenté dans ses réponses aux journalistes de résumer le contenu de ces discussions.
La représentante du Fonds monétaire international, en réponse à une question sur le pouvoir d’achat, a pointé du doigt les causes de la hausse de l’inflation ou, en termes simples, des prix des produits de large consommation. La mission préconise des mesures, précise-t-elle, des politiques au gouvernement pour protéger le pouvoir d’achat des Algériens, notamment des macroéconomiques.
«Il est important de prendre des mesures pour protéger le pouvoir d’achat des Algériens. Ceci passe, à notre avis, par un ensemble de mesures sur la politique budgétaire, sur la politique monétaire et sur la politique du taux de change. En particulier, les besoins de financement très élevés du gouvernement pourraient mettre beaucoup de pression sur la Banque centrale. Comme vous le savez, le financement monétaire (allusion notamment à la planche à billets et au recours aux dividendes de la Banque centrale) peut contribuer à diminuer la stabilité de la monnaie et donc à mettre en péril le pouvoir d’achat des Algériens. C’est donc pourquoi nous avons discuté avec les autorités algériennes d’un ensemble de mesures qui permettraient de rééquilibrer les déséquilibres budgétaires, le déséquilibre de la balance des paiements, de protéger les réserves de change et le pouvoir d’achat des Algériens en utilisant les instruments de la Banque centrale. Quant à la révision de la loi monnaie et crédit, la mission du FMI a recommandé notamment l’importance de la gouvernance de la banque centrale d’arrêter le financement monétaire. Nous avons discuté longuement avec les autorités. Je pense que c’est dans ce sens que la réflexion se poursuit au niveau des pouvoirs publics». La chef de mission, Geneviève Verdier, rappelle que l’inflation s’est accélérée sous le coup de chocs de l’offre, l’augmentation des cours internationaux des produits alimentaires et sous l’effet d’une sécheresse en Algérie. Les besoins de financements aigus de l’Etat depuis plusieurs années, en partie comblés par le recours aux instruments de la Banque centrale, ont pu contribuer à l’inflation (la hausse des prix)».

«L’augmentation de la dette intérieure présente un risque pour l’économie nationale»
Par ailleurs, les discussions avec le FMI ont porté également sur l’endettement intérieur. Le FMI a proposé, en outre, une stratégie en vue d’une stabilisation macroéconomique consistant à diversifier les sources de financement incluant le recours à l’endettement extérieur.
«La dette intérieure pourrait augmenter. Ce qui présente un risque pour l’économie nationale. Le FMI préconise le recours à l’endettement extérieur. Dans une stratégie pour diversifier ses sources de financement, l’Algérie pourrait bénéficier d’un financement sur le marché international des capitaux eu égard au fait que c’est un pays émergent et qui dispose de surcroît d’importantes ressources naturelles (pétrole et gaz, minerais) et d’importantes ressources humaines. Les autorités ne sont pas favorables à l’endettement extérieur mais dans nos discussions, nous avons parlé d’une stratégie qui pourrait inclure l’endettement extérieur. Le gouvernement n’a pas exclu le recours à l’endettement extérieur s’agissant du financement des grands projets d’investissements structurants», a répondu Geneviève Verdier aux questions de la presse sur ces questions.
Le FMI a également discuté du financement du déficit du budget avec les pouvoirs publics. En ce sens, le FMI soutient une politique de réduction des subventions pour réduire le déficit du budget, des mesures pour augmenter les recettes fiscales pour maîtriser les dépenses et améliorer l’efficacité de ces dépenses. «Nous avons noté que les besoins de financement de l’Etat vont rester élevés dans les années qui viennent. Nous avons conseillé de ne pas recourir aux instruments de la Banque centrale pour financer l’Etat et la question est comment réduire les besoins de financement de l’Etat ? Nous avons discuté avec les autorités de plusieurs mesures. Côté fiscalité, les autorités comptent mettre en place des réformes de la fiscalité qui pourraient permettre d’augmenter les recettes hors hydrocarbures, en particulier, des efforts de recouvrement d’impôts, des efforts d’augmenter l’assiette fiscale en encourageant la formalisation de l’économie algérienne, en réduisant l’économie informelle. Du côté des dépenses, nous avons discuté avec les autorités de moyens de contrôler les dépenses et à ce titre, nous avons discuté de la possibilité de re-prioriser les dépenses à l’intérieur de la même enveloppe, d’avoir des mesures de contingence en cas de persistance de la pandémie. Nous avons discuté de la nécessité d’augmenter l’efficacité des dépenses, de la possibilité d’avoir des transferts (d’argent) vers les populations vulnérables qui sont ciblées et donc plus équitables (allusion à la réduction des subventions).
Ce sont des réflexions qui continuent au sein du gouvernement. L’une des choses dont nous avons beaucoup parlé, et quoi qu’il en soit, il est nécessaire de mettre en place des mesures de consolidation parce que l’économie algérienne ne pourra pas sans conséquences sur le secteur privé et sans conséquences pour la croissance continuer à financer les déficits de l’Etat. Je pense qu’une combinaison de réformes sur la fiscalité, d’efforts sur les dépenses et sur leur efficacité et les réformes structurelles pourront aider le gouvernement dans sa stratégie d’ajustement et de relance» a ajouté la chef de mission.