Inflation, salaires figés, remise en cause des subventions. L’érosion du pouvoir d’achat est devenue source d’inquiétude pour les Algériens et un dossier à traiter en urgence par l’Exécutif.Par Hakim Ould Mohamed
Après que la Banque centrale ait dévoilé une pression inflationniste, qui s’est exacerbée en 2021, la Banque mondiale dit avoir recensé tous les facteurs plaidant en faveur de la persistance de cette fièvre, détériorant ainsi le pouvoir d’achat des ménages dans la mesure où la dépréciation du taux de change et les politiques de compression des importations entraînent une raréfaction des produits importés, ainsi qu’une augmentation du coût de la consommation et de l’investissement, lit-on dans le rapport de suivi de la situation économique de l’Algérie, publié par l’institution de Bretton Woods. La semaine dernière, le gouverneur de la Banque d’Algérie a levé le voile sur une inflation flirtant avec les deux chiffres, soit de 9,2% en octobre, en glissement annuel, pointant une hausse des prix des produits agricoles frais et des biens alimentaires industriels, nettement corrélés à la hausse des intrants, en raison de la flambée des cours des produits alimentaires de base sur les marchés mondiaux. Si la Banque centrale n’était pas allée au bout de son analyse des pressions inflationnistes qui ont marqué l’actuel exercice, se contentant uniquement de recenser les éléments de réponse à cette hausse, excluant l’aspect lié à ses conséquences sur le pouvoir de vivre des Algériens, la Banque mondiale était plutôt formelle : «En raison de cette forte hausse de l’inflation alimentaire, le pouvoir d’achat du segment le plus vulnérable de la population a été disproportionnellement affecté en 2021, compte tenu du poids majeur des produits alimentaires dans son panier de consommation.»
La question du pouvoir d’achat ne cesse en tout cas d’agiter les ménages et les entreprises et, depuis peu, les politiques également qui tentent de remédier à cette érosion au moyen d’une baisse du taux d’IRG appliqué aux salaires ainsi qu’une hausse du point indiciaire dans la Fonction publique, deux mesures phares de la loi de finances 2022, auxquelles s’ajoute la loi criminalisant la spéculation, par lesquelles le gouvernement tente de désamorcer la crise du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Le salaire net mensuel n’a évolué que de 2% en 2019 pour s’établir à 41 800 dinars, marquant une hausse insignifiante de moins de 1 000 dinars, à en croire les dernières statistiques fournies par l’ONS.
En 2018, le salaire mensuel net moyen était estimé à 41 000 dinars, contre 40 325 dinars en 2017, soit une hausse annuelle de 1,6% seulement. Or, depuis 2019, selon les estimations des syndicats, le pouvoir d’achat des Algériens a baissé de 40%, que les mesures prévues dans le budget de 2022 ne pourraient contrebalancer, sauf à coups d’importantes baisses de l’IRG-salaire et une hausse de 100% au minimum du point indiciaire dans la Fonction publique, estimé actuellement à 45 dinars. Pour les produits alimentaires, les services, le logement et les factures, les prix montent et le pouvoir d’achat des Algériens se resserre à la baisse. Les perspectives s’annoncent moroses, étant donné que l’inflation sous-jacente devrait, l’an prochain, être plus élevée en raison de la poursuite de la dépréciation du dinar, annoncée dans la loi de finances 2022, et de la volonté du gouvernement de raboter dès l’an prochain les subventions. A moins que la Banque d’Algérie réédite ses grandes opérations de désinflation menées en 2013, au lendemain d’une année 2012 marquée par une forte fièvre inflationniste ; le taux flirtait alors avec les 10% sous l’effet des grands rattrapages salariaux concédés par le gouvernement de l’époque.
L’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens dépendra-t-il des nouvelles concessions salariales figurant dans le budget de 2022 ? Les syndicats et les économistes restent sceptiques ; les premiers plaidant en faveur d’un SNMG de 50 000 dinars, faute de quoi aucun répit n’est possible dans la dégradation du pouvoir de vivre, tandis que les second estiment que la hausse de la masse salariale contribuerait à la hausse globale de la masse monétaire, laquelle constituerait un terreau idéal pour de nouvelles fièvres inflationnistes. Quoi qu’il en soit, la question du pouvoir d’achat représente désormais la première préoccupation des ménages, pris en tenaille entre une inflation galopante et des salaires qui n’évoluent pas.