Le ministre de la Santé, Pr. Abderrahmane Benbouzid, a avoué, hier, avoir été «surpris» par l’augmentation exponentielle depuis le 4 juillet dernier du nombre de cas de contaminations au variant Delta du coronavirus, déclarant «nous avons enregistré depuis cette date une courbe qui a augmenté de manière exponentielle et qui nous a surpris car elle a dépassé toutes nos prévisions».

Par Sihem Bounabi
S’exprimant en marge du lancement de la campagne de vaccination au niveau de l’Ecole nationale supérieure du tourisme (ENST) à l’hôtel El Aurassi, le ministre de la Santé a également déclaré à propos de la crise de l’oxygène médical, que «l’oxygène est disponible, mais c’est la demande qui a fortement augmenté». Il estime ainsi que «l’oxygène n’est pas la seule solution», mais «la véritable solution réside dans le respect strict des mesures barrières et l’accélération de la campagne de vaccination». Se voulant rassurant, Pr. Abderrahmane Benbouzid confie aux médias présents : «Je ne veux pas parler de choses négatives, car le plus important et que nous soyons tous mobilisés pour affronter la situation actuelle et anticiper la prochaine vague de contaminations.» Il affirme ainsi concernant l’oxygène que toutes les dispositions ont été prises par les services de la santé en coordination avec le Premier ministre pour assurer sa disponibilité dans les différentes wilayas. Il a annoncé dans ce sillage que dans les plus brefs délais des générateurs d’oxygène seront installés dans au moins une dizaine d’hôpitaux afin d’assurer leur autonomie en besoin de cet élément vital pour la survie des malades. Le ministre de la Santé a tenu à préciser que «de nombreux cas de malades contaminés par le variant Delta arrivent aux hôpitaux dans un état de dommage des poumons très avancé et même si des appareils respiratoires leur sont placés, ils décèdent en raison de la gravité de leur cas et non à cause du manque d’oxygène. Il souligne toutefois que de centaines de concentrateurs d’oxygène acquis par le secteur sont distribués sur l’ensemble du territoire national, annonçant la réception d’un lot de 3 000 les 7 et 10 août courant.
Toutefois, il est judicieux de rappeler que dès le mois de mai dernier de nombreux spécialistes de la santé avaient tiré la sonnette d’alarme dans les différents médias après l’apparition du variant Delta, alertant qu’il fallait absolument anticiper la troisième vague qui allait inexorablement déferler sur l’Algérie. Au mois de juin passé, l’alerte lancée par plusieurs professionnels de la santé publique s’est fait plus pressante au vu de ce qui se passait en Tunisie et le spectre des ravages causés par le variant Delta menaçait inéluctablement l’Algérie.
Mais tous ces appels, pourtant largement diffusés, dans la presse écrite, les plateaux de télévision et même sur les ondes de la Radio nationale sont restés sans échos et comme l’a récemment relevé un spécialiste de la santé, «les pouvoirs publics continuent à faire la sourde oreille malgré nos cris de détresse face au relâchement du respect des gestes barrières et nos appels à anticiper la situation gravissime que nous subissons actuellement».
Le même constat amer est souligné concernant la disponibilité de l’oxygène médical dont l’alerte avait été donnée dès le mois de décembre dernier, après la deuxième vague marquée par la saturation des services de réanimation, et là aussi, les professionnels de la santé avaient déjà alerté sur le manque d’approvisionnement d’oxygène dans les hôpitaux ainsi que le manque de disponibilité de concentrateurs d’oxygène pour les malades hospitalisés à domicile. Dès l’accalmie de la 2e vague, la plupart des représentants des syndicats de la santé et les responsables des services Covid ont appelé à renforcer les capacités de stockage de l’oxygène au niveau des infrastructures de santé en attendant d’avoir des générateurs pour assurer l’autonomie des hôpitaux. Mais là aussi, malgré les nombreuses promesses pour pallier cette défaillance, les paroles n’ont pas été suivies d’actes. Ce qui a coûté, aujourd’hui, la vie à nombre de malades dont les chiffres officiels sont loin de refléter la réalité, selon les professionnels de la santé et les témoignages recueillis sur le terrain.

Adoption d’un protocole thérapeutique unifié contre le variant «Delta»
Par ailleurs, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a annoncé, hier, l’adoption d’un nouveau protocole thérapeutique unifié en Algérie, adapté au variant Delta du Coronavirus. Il déclare à ce sujet : «Nous avons un protocole thérapeutique complètement modifié. Et nous sommes instruits à l’effet de donner des directives à destination de l’ensemble de nos confrères dans tous les établissements de la santé, afin d’adopter le même protocole thérapeutique, en sus d’autres orientations liées à l’opération de vaccination», dans une déclaration en marge de la campagne de vaccination organisée par le ministère de la Pêche et des Produits halieutiques. Il a également précisé que cette instruction «inclura la non-obligation de faire les tests PCR avant la vaccination car n’étant pas nécessaire», soulignant que cette procédure obligatoire est en vigueur dans certaines wilayas.
Réception de plus de 8 millions de doses de vaccin
Concernant la campagne de vaccination, Pr. Abderrahmane Benbouzid a tenu également à rassurer les Algériens sur ce sujet, en affirmant que les doses actuellement en stock «suffisent pour couvrir la demande» et annonçant que «plus de 8 millions de doses du vaccin chinois (Sinovac) et de 1 million de doses du vaccin anglo-suédois AstraZeneca» ainsi qu’un autre lot de 5 millions de doses devraient être réceptionnés durant le mois de septembre prochain en vue de la vaccination du «plus grand nombre possible de citoyens, notamment dans les régions et villages enclavés et isolés». Le ministre de la Santé a relevé tous les efforts et les actions de solidarité qui sont toujours déployés par tout un chacun en vue d’une bonne prise en charge des patients atteints. Dans ce cadre, il a rendu hommage au «travail colossal qu’effectuent les établissements hospitaliers et la société civile, en vue d’assurer la disponibilité de l’oxygène», tout en rendant hommage au «sursaut de solidarité des citoyens qui ont prêté main forte avec leur argent et leurs bras pour acquérir ou produire cette matière vitale».
Le ministre de la Santé a ajouté que toutes les facilités seraient accordées pour notre diaspora qui veut contribuer à cet élan de solidarité, soit à travers des dons de concentrateurs soit par l’envoi de médecins qui veulent venir prêter mains fortes au personnel de la santé à travers les contacts continus avec les ambassadeurs algériens dans les différents pays où la demande d’apporter de l’aide aux malades algériens se fait très forte. Enfin, le ministre de la Santé a indiqué que «les établissements de santé, public et privé, n’auront pas de congé et qu’ils sont tenus de reporter les dates de congé jusqu’à la stabilisation de la situation épidémiologique».