Le leader de l’Union démocratique et sociale (UDS), parti politique non agréé, Karim Tabbou, est maintenu en prison. Le juge d’instruction, près le tribunal de Sidi M’hamed a décidé, hier, de le placer en « détention préventive » pour des « charges montées de toutes pièces », dénonce Me Aïssa Rahmoune, membre du collectif de défense de l’ancien premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS).
Tabbou est poursuivi pour incitation à attroupement, atteinte à la sécurité et au pouvoir de l’Etat, énoncés dans les articles 77, 78 et 79 du code de procédures pénales risquant ainsi jusqu’à 20 ans de prison ferme. Le Parquet de Sidi M’hamed lui reproche des « publications sur les réseaux sociaux et notamment l’appel de 7 personnalités pour la marche du 5 juillet fait à la veille de la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance ».
Dans cet appel, l’avocat Mustapha Bouchachi, le sociologue Nacer Djabi, l’économiste Smaïl Lalmas, le diplomate Abdelaziz Rahabi, Karim Tabbou et l’activiste Samir Benlarbi ont appelé à faire de la date symbolique du 5 juillet une étape pour « la concrétisation de l’émancipation de l’homme après la libération du territoire». Ces derniers avaient exhorté les Algériens à sortir en masse le 5 juillet tout en dénonçant, «toutes les formes de déviation de la révolution populaire de sa voie pacifique, ainsi que les arrestations et toutes les formes de
dépassement et d’entraves politiques et médiatiques, demandant ainsi, au pouvoir en place, à prendre toutes les décisions et mesures dans le sens de l’apaisement comme expression réelle de l’ouverture du dialogue pour sortir de l’impasse politique ». Les avocats du militant Karim Tabbou dénoncent dès lors, un « procès politique». «Les dispositions du code pénal, dans les chapitres réservés aux atteintes à la souveraineté de l’Etat et au pouvoir de l’Etat, touchent directement les opposants du pouvoir en place», regrette M. Rahmoune. Pour lui, «Karim Tabbou n’est pas un détenu de droit. C’est un détenu politique, intenté en justice dans un procès de nature politique», s’offusque l’avocat. L’avocat s’alarme du «risque et dangers» qui guettent toutes les personnes impliquées dans le mouvement populaire. « Tout animateur de la révolution en cours peut être poursuivi pour les mêmes chefs d’inculpations retenus contre Tabbou, même quand cela concerne de simples publications sur les réseaux sociaux», s’indigne le même avocat. Cette attitude, ajoute l’avocat, est propre à un «pouvoir dictatorial dans la mesure où le dossier est vide et les articles de poursuites ne trouvent pas les mécanismes d’application dans les charges montées de toute pièce ».<