Par Nadir Kadi
Alors que le verdict du procès de Saïd Djabelkhir devrait être prononcé ce jeudi 22 avril par le Tribunal de Sidi M’hamed, un collectif réunissant 22 personnalités et organisations militantes, universitaires ou culturelles, a apporté son soutien à l’islamologue. Le collectif, qui intitule sa lettre «non à la condamnation de la liberté de conscience», dénonce ainsi un procès qu’il qualifie de «dangereuse escalade contre les libres penseurs». Les signataires, dont le Comité de défense des libertés (CDL-Bgayet), l’enseignant à l’université, Mourad Ouchichi, le journaliste Arezki Aït-Larbi, ou encore «l’ex-député démissionnaire» Khaled Tazaghart, mettent également en garde le pouvoir «contre toute condamnation, à travers l’instrumentalisation de la justice, pouvant atteindre, même symboliquement, l’islamologue Saïd Djabelkhir».
L’islamologue est poursuivi, pour rappel, pour «atteinte aux préceptes de l’islam et aux rites musulmans» suite à certains de ses messages sur les réseaux sociaux au sujet de questions religieuses. Le collectif, qui souligne que le procès est parti d’une plainte «d’un enseignant universitaire informaticien, appuyé par cinq avocats qui se sont constitués de surcroît comme partie civile», estime que la justice n’aurait pas dû accepter une plainte de cette nature. «L’acceptation par la justice de ce procès est en soi une prise de position hostile à l’islamologue». Un procès qui revêt de surcroît un caractère idéologique, voire politique, pour les auteurs du texte daté du samedi 17 avril dernier. La tenue du procès «trahit la volonté du pouvoir politique, auquel la justice est entièrement assujettie, de faire taire un libre penseur dont les réflexions et interventions publiques sont aux antipodes des propagandistes zélés d’une lecture rigoriste et obscurantiste des textes religieux, à l’ombre de laquelle se dissémine insidieusement le poison mortel de l’idéologie wahhabite».
Quant à l’islamologue Saïd Djabelkhir, il s’était défendu lors du procès de toute volonté d’offense, déclarant, selon l’APS, que ses commentaires sont basés sur des recherches qu’il avait fait sur les livres de «la tradition prophétique (Sunna) et de la Charia», et qu’il répondait «à certaines parties plaidant pour l’interdiction de la célébration de Yennayer car, fête païenne». En ce sens, les signataires de la lettre de soutien appellent au «respect de la recherche académique» ainsi qu’au «respect de la liberté de conscience, de culte et de pensée». Le même document décrit par ailleurs un «procès moyenâgeux» derrière lequel «se cache une politique de mise à mort de la liberté de conscience et de toute pensée rationnelle pouvant contribuer à la formation de l’esprit critique du citoyen». La déclaration du collectif porte également un message plus politique en ajoutant : «La suppression du droit à la liberté de conscience dans la nouvelle Constitution imposée au peuple le 1er novembre 2020, trouve sa traduction immédiate dans cette cabale politico-judiciaire menée contre Saïd Djabelkhir, mais aussi contre toute personne mettant en cause l’idéologie officielle du régime».