Les nouvelles décisions du gouvernement dans le cadre de la poursuite du déconfinement progressif viennent à point nommé pour soulager un tant soit peu la population et lui permettre de reprendre une vie presque normale après plusieurs mois de confinement partiel. «Le concept même du confinement est dépassé», selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’ordre des médecins et membre du Comité scientifique.

Il estime que ce qui est le plus recommandé de faire est de procéder à des «confinements ciblés» par «identification des clusters».
«Ce qu’il faut comprendre, c’est que le concept même du confinement est dépassé, raison pour laquelle les horaires ont peu ou pas d’importance. Cela veut dire qu’au début on confinait les gens car il y avait des cas confirmés de coronavirus dans quelques endroits, afin d’éviter que l’autre partie de la population soit contaminée. Maintenant que le virus est parmi nous et qu’il est partout, cela ne sert à rien, par conséquent, de confiner des populations et des groupements de population, voire des villes ou encore des wilayas entières», a affirmé Dr Berkani dans une déclaration à Reporters. «Au contraire, ce qu’il faut maintenant, c’est faire un travail au plus près, c’est pour cela que nous avons dit qu’il faut essayer d’identifier les clusters, à savoir les endroits où il y a le plus de cas positifs, en général familiaux. Une fois ces endroits identifiés, on les confine», a-t-il ajouté.
Sinon par rapport aux horaires proprement dit, «c’est l’été et il fait jour jusqu’à une heure tardive, cela ne sert à rien de faire rentrer tout le monde trop tôt. Le réaménagement des horaires est une décision qui va, sans doute, agrémenter la vie des populations», a commenté notre interlocuteur.
A la question de savoir quel était l’avis du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus sur le choix d’adaptation des horaires, le membre de ce Comité a été on ne peut plus clair : «Il faut savoir que le Comité scientifique ne rentre pas dans le détail. Il donne son avis de façon générale. Mais c’est le Premier ministre, après avis du président de la République, qui prend les décisions et les annonce par la suite. Nous, nous sommes un Comité consultatif scientifique. Donc, à chacun son rôle.»

Tout dépendra du degré du respect des gestes barrières
Si les nouveaux horaires courent jusqu’au 31 août, alors qu’ils semblent être synonymes de déconfinement général, c’est que le gouvernement prendra certainement le temps d’observer le degré de respect des mesures préventives et ce qui va se passer sur le plan épidémique durant cette période. Cela semble aussi un passage obligé avant de passer à un déconfinement général tant attendu par la population.
«C’est vrai qu’il y a eu confinement, mais il faut bien qu’il y ait aussi déconfinement un jour. Mais seulement, le déconfinement ne peut se faire que sous certaines conditions vu que, probablement, on ne peut pas maintenir la liberté de circuler de la population ad vitam aeternam. Il faut inculquer aux citoyens les gestes barrières. J’estime que la décision de l’ouverture des plages ou encore des lieux de culte doit, cependant, être accompagnée par le respect des gestes barrières dont le port du masque et le maintien de la distanciation physique. Ce sont des mesures qui doivent être respectées afin de pouvoir revenir à une vie normale», a indiqué Dr Bekkat Berkani.
Mais même s’il estime que la décision d’ouvrir les plages est «à sa place en cette période estivale», le constat que des estivants ont déjà investi plusieurs sites dans de nombreuses régions n’est pas réjouissant. «C’est un comportement qui n’est pas légal, il y a une décision d’ouvrir ces endroits qui doit être prise par l’Etat, et ce n’est pas l’illégalité qui doit primer sur la légalité. Ce n’est pas parce qu’ils ont investi les plages qu’on dit ‘on va alors ouvrir’. Ce n’est pas ainsi que ça marche. C’est à l’Etat de peser le pour et le contre et de prendre la responsabilité d’ouvrir les plages, les salles de cinéma, les restaurants ou de les fermer», a-t-il dit.

Situation épidémique stable
En réponse à la question d’éventuels scénarios par le Comité scientifique par rapport à la courbe épidémique durant cette période qui court jusqu’31 août, Dr Berkani a indiqué qu’«il n’y a pas de scénario juste pour cette période». Mais actuellement, a-t-il poursuivi, «nous sommes dans une situation de stabilisation des nouveaux cas par jour entre 500 et 600 cas. Dans certains pays, comme le Maroc, ils sont à 1 200 cas quotidiens, une augmentation constante. Chez nous, il y a une petite augmentation, ensuite un tassement, etc. Donc, il faut voir sur le moyen et long terme pour pouvoir se prononcer sur la situation épidémique. Ce sont des chiffres qui ne peuvent pas être discutés au jour le jour, nous ne sommes pas à un cas près».
Notre interlocuteur, relativisant les données et les commentant en tant qu’acteur scientifique, estime que «pour le moment, il faut reconnaître qu’en Algérie, on s’en sort pas mal». Néanmoins, a-t-il encore soutenu, «il faut plusieurs semaines de baisse pour pouvoir avoir une idée réelle. Maintenant, à une semaine après l’Aïd El Adha, soit dans le court terme, on va voir comment se comporte la courbe épidémique».
«Franchement, dans le fond, la situation n’est pas aussi grave par rapport à d’autres pays qui ont déconfiné de façon anarchique, comme le Maroc – qui a ensuite reconfiné – ou même la France, et qui se retrouvent dans une situation très haussière des cas. Tandis que chez nous, il y a eu un petit rebond et ça s’est stabilisé autour de 520, 560, 530 cas… Ce qui veut dire que la situation est, quelque part, maîtrisée», a-t-il conclu. n