La deuxième rencontre des Assises nationales du cinéma, qui a réuni les techniciens du septième art, s’est poursuivie avant-hier, au palais de la culture Moufdi-Zakaria à Alger, en présence de la ministre de la Culture, Malika Bendouda, du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Acheuk Youcef Chawki, de la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Houyam Friha, sous la présidence du secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie cinématographique Bachir Youcef Sehairi.

Au début de la réunion, la ministre de la Culture Malika Bendouda a déclaré que « parler de la question de la promotion du cinéma algérien c’est aussi parler de la question sensible des acteurs oubliés de ce secteur que sont les techniciens. Leur travail est essentiel et considéré comme l’axe sur lequel l’industrie cinématographique est basée dans toutes ses dimensions de production, de distribution et d’exploitation ». Elle a ainsi affirmé que «la disponibilité des moyens financiers et modernes ne fonctionnera pas si elle n’est pas suivie par des capacités humaines qualifiées».
A cet égard, la ministre a ajouté que son département donne la priorité à la formation des capacités humaines, en particulier «dans le domaine du cinéma, en fonction des moyens dont l’Algérie dispose, que cela soit dans le secteur culturel, la formation professionnelle ou l’enseignement supérieur ». Elle explique, ainsi, que la présence du ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels témoigne de la volonté de l’Etat de prendre en main le volet de la formation dans le domaine des métiers cinématographiques. « Les efforts seront coordonnés entre les ministères impliqués avec pour objectif de former des jeunes aux métiers du cinéma et de réhabiliter des techniciens non diplômés. Ceci, afin de permettre de régler leur statut devant la fonction publique et le monde du travail ».
Revalorisation
du statut et formation des techniciens
Dans ce contexte, Malika Bendouda confie à propos du statut des techniciens que la présence du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale «revêt une importance particulière, car elle permettra d’ouvrir un atelier afin de trouver des solutions aux problèmes professionnels et sociaux des artistes et professionnels et ceux dans le domaine ». Le ministre du Travail, Acheuk Youcef Chawki, a pour sa part mentionné que son secteur s’efforcera de trouver des solutions, en soulignant que « personnellement je découvre, aujourd’hui, le cas des professionnels du cinéma.
Je ne connaissais pas grand-chose aux problèmes de ce secteur. Je ne savais pas que ces personnes avaient autant de problèmes». Il a ainsi déclaré que « l’Etat est déterminé à aller vers le développement de cet aspect qui n’existe pas et qui est immatériel. La preuve est que le président de la République a demandé qu’il y ait un volet artistique, dans lequel il y a toutes ces formations. Ce sont des signes forts pour concrétiser un réel développement de la culture, en général, et du cinéma, en particulier». Le ministre du Travail ajoutera dans ce sillage qu’«il est vrai que nous avons la direction de l’Anem. Lorsqu’il y a une offre d’emploi il y a également des demandeurs d’emplois, qui sont recensés avec leurs spécialités. Il serait intéressant d’avoir une nomenclature qui sera faite sur la base de l’existant et mise à votre disposition, car elle existe sur le site du ministère ».
Pour sa part, la ministre de la Formation professionnelle Houyam Friha a déclaré qu’il existe un comité de formation cinématographique qui a tenu trois réunions. « Il travaille à préparer des programmes et les aspects juridiques, afin d’intégrer le plus grand nombre possible de jeunes pour la formation aux métiers du cinéma de toutes spécialités ». Ajoutant que « le comité travaille aussi sur la pédagogie d’ingénierie pour les matériaux qui seront étudiés avec l’aide du ministère de la Culture et du Secrétariat d’Etat pour l’industrie cinématographique ». 
La ministre a mentionné aussi le projet de « baccalauréat artistique » que le président de la République Abdelmadjid Tebboun a récemment évoqué. Elle a déclaré qu’elle étudiait « la question avec le ministre de l’Education nationale pour l’activer, car de nombreux jeunes veulent se spécialiser dans les arts, y compris le cinéma », avouera-t-elle.

Revendications et suggestions des métiers du septième art
Certains des participants à cette réunion ont évoqué leurs préoccupations à ce sujet. Il y a ceux qui ont fait des suggestions, à l’instar de Ismail Yazid, directeur de la photographie, qui a appelé à ne pas se passer de l’ancienne génération, en les « intégrant à participer à la promotion du cinéma par la formation des jeunes, qui doivent aussi rejoindre les plateaux de tournage afin de fortifier leurs savoir dans le domaine ». Quant à Nazim Laarabi, diplômé de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas), il a proposé d’activer le décret exécutif n ° 278/13 du 29 juin 2013 qui précise les conditions de délivrance d’une carte professionnelle. Il a également évoqué « l’idée d’une représentation syndicale ou la création d’une association pour différentes professions liées au cinéma afin qu’elles soient représentatives de chaque profession », dira-t-il. De son côté, le directeur de la photographie Kamel Mekesser a souligné : «Nous avons des films algériens mais nous n’avons pas de cinéma. Quand on parle de réaliser dix à trente films par an, on pourra dire que nous avons un cinéma. Mais, pour l’instant nous n’avons qu’un à quatre films par an et faire des films est une véritable aventure hasardeuse. Cette année nous n’avons fait aucun film. » Il dénoncera également le phénomène de l’absence de professionnels algériens et la préférence des étrangers, notant que « les techniciens algériens ne sont pas moins expérimentés et qualifiés que les étrangers, nous n’avons même pas un listing de qui fait quoi au niveau du ministère de la Culture, personne ne nous connaît. C’est aussi mon cas alors que j’ai fait 70 films ».
Quant à la réalisatrice et scénariste, Fatma Zohra Zamoum, elle s’est interrogée sur l’absence d’annonce d’appel d’offres dans les grands projets de films. En retour, des techniciens et réalisateurs iraniens et tunisiens, par exemple, sont recrutés, au détriment des créateurs algériens, en mettant en relief que « la notion d’auteur est une question importante, car il n’y a rien qu’on puisse faire dans le cinéma sans le scénariste, mais il est le grand oublié dans cette question ». Pour sa part Mohamed Tayeb Laggoune, directeur de la photographie, affirme que « le cinéma ne se gère pas mais il s’accompagne. Il y a une tutelle qui veut gérer le cinéma mais elle le fait mal et cela n’est pas dû aux compétences, mais au manque de connaissances nécessaires. Il y a eu une succession de promesses des responsables depuis des années et nous, nous continuions de souffrir en silence ». Et lançant sur un ton ferme envers les responsables et représentants de l’Etat présents : «Nous demandons que vous les responsables de ce secteur, vous veniez sur notre terrain de travail, afin de constater par vous-mêmes ce que nous endurons».