Le procès en appel dans les affaires dites du montage automobile et du financement occulte de ce qui allait être la campagne électorale devant reconduire Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat avant l’irruption du mouvement populaire, s’est poursuivi hier au Tribunal de Ruisseau avec l’audition de plusieurs anciens ministres et des opérateurs impliqués qui ont clamé leur innocence.

Cette audition, qui intervient après le passage, au premier jour du procès, d’Abdelmalek Sellal, Ahmed Ouyahia et Youcef Yousfi, a vu l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda, se laver les mains dans l’affaire du montage automobile.
Ministre de ce secteur entre mai et août 2017, Bedda a tenté de récuser toutes les accusations qui l’accablent dans ce dossier, évoquant des « pressions » émanant d’en haut. Il a soutenu avoir « trouvé le ministère dans un état catastrophique » et a insisté à mettre en évidence des pressions contre lui dès qu’il a mis fin aux fonctions de 13 cadres de son département.
Aux questions du juge, l’ancien député de Médéa a « nié » sa responsabilité dans l’octroi des agréments à des opérateurs activant dans le montage automobile, précisant que le dossier de l’opérateur Arbaoui « a été examiné avant sa nomination à la tête du secteur ».
Dans le fond, Bedda a construit sa défense sur le fait qu’il préparait le cahier des charges et le décret exécutif devant régir l’activité, expliquant au juge que « l’attribution des agréments ne faisait pas partie de ses prérogatives ».
Pour sa part, Ahmed Mazouz, opérateur dans le domaine de montage automobile, a rejeté avoir versé « un montant de 39 milliards de centimes dans le cadre du financement de la campagne électorale de l’ancien Président afin d’avoir des avantages et des facilitations ». Sur sa relation avec Fares Sellal, fils de l’ancien Premier ministre, entendu avant-hier et qui a réclamé la convocation d’Abdelaziz Bouteflika comme témoin, Mazouz a nié tout usage d’influence, parlant d’un « partenariat avec Fares Sellal, qui était un client de son entreprise ». Interrogé dans la même affaire, Fares Sellal a nié, lui aussi, toutes les charges retenues contre lui tout en s’interrogeant sur les « véritables raisons derrière son accusation ».
Toujours dans la même affaire, Hassan Arbaoui a nié lui aussi avoir versé de l’argent pour « bénéficier des avantages et des facilitations des services du ministère de l’Industrie lorsque l’ancien ministre Abdeslam Bouchouareb était à la tête du département », expliquant qu’il « détenait un registre de commerce dans le domaine depuis 2013 ». « Nous sommes des victimes », a clamé Arbaoui. Le juge a également entendu l’ancienne wali de Boumerdès, Nouria Zerhouni, laquelle a, à l’instar des autres accusés, rejeté les charges retenues contre elle. Son argument a été de dire que « quand j’avais pris mes fonctions il y avait sur le bureau du ministère plus de 3 000 dossiers d’investissements qui attendaient d’être traités ».
Quand le Hirak gèle les contributions de la campagne
De son côté, l’ancien ministre des Transport et des Travaux publics, Abdelghani Zaâlane, qui a succédé à Abdelmalek Sellal à la direction de la campagne électorale du candidat Abdelaziz Bouteflika, a nié son implication directe dans le financement. Il a affirmé, par la même occasion, qu’il « avait été chargé par Saïd Bouteflika de diriger la campagne électorale de l’ancien président », rappelant qu’il avait rejoint le siège de la permanence le 5 mars 2019 et était resté jusqu’au 11 mars, date à laquelle M. Bouteflika avait renoncé à se porter candidat ». Zaâlane, qui a affirmé « n’avoir pas participé au financement » de la campagne électorale avortée par le mouvement populaire, a reconnu cependant « avoir consulté la liste des personnes impliquées dans le financement de la campagne ».
« Je n’ai ouvert aucun compte ni signé aucun chèque. Je n’étais pas en contact avec ces personnes. Toutes les contributions financières ont cessé définitivement, une semaine après le début du Hirak populaire », a-t-il fait savoir. Il faut rappeler que lors du procès en première instance le 10 décembre, les mis en cause dans ces dossiers (montage automobile et financement occulte de la campagne électorale pour la présidentielle annulée d’avril 2019) ont écopé de peines allant de 3 à 20 ans de prison ferme. L’audience se poursuivra aujourd’hui avec Ali Haddad et Mohamed Baïri. A suivre.<