C’est une véritable vague de solidarité qui s’affiche dans tout le pays où anonymes, opérateurs économiques, diaspora, associations n’hésitent pas à prêter main forte pour sauver des vies.

Par Hamid Bellagha
Un millier de doses de vaccin anti-covid est arrivé à l’aéroport militaire de Boufarik. Il y avait aussi 750 unités de concentrateurs d’oxygène sur une commande globale d’urgence de 3 000 unités, au profit des structures sanitaires publiques. La matière qui manque le plus pour combattre les cas de détresse respiratoire, que ce soit au niveau de l’hôpital ou en ambulatoire, depuis le déclenchement de la troisième vague de la Covid-19. Une livraison sécurisée par la centrale d’achats du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), basée à Copenhague, dans un contexte de «forte» demande mondiale pour les concentrateurs.
Le projet annonce, également, avoir accueilli, le 25 juillet au port d’Alger, une commande de 1,1 million de masques sanitaires de type FFP2/N95 au profit des professionnels de la santé. Ce lot parviendra en plus aux 6 millions de masques déjà livrés par le Projet à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH).
Des livraisons d’urgence pour le ministère de la Santé qui pointe du doigt plutôt une anarchie dans la livraison d’oxygène que dans sa disponibilité, bien que sur le terrain, les deux possibilités sont omniprésentes.
Mohamed Tahar n’arrive pas à «caser» sa femme dans une unité de soins. Il a usé de tous les moyens pour acquérir un concentrateur d’oxygène auprès de bénévoles ou commerçant sur une plateforme numérique dédiée. Mais tout était déjà parti. Sa femme «désature» à moins de 80 selon son oxymètre. «Je me suis déplacé vers l’EHP El Bir, mais s’il y avait de la place, il n’y avait plus d’oxygène. Le camion qui devait en livrer hier n’a pas pu accéder à l’enceinte de l’hôpital car trop étroite. Il est reparti malgré la promesse des agents d’élargir l’entrée en un temps record». Mais du temps, le chauffeur n’en avait pas car il devait livrer d’autres structures sanitaires, en commençant par le CHU de Constantine.
Cacophonie impardonnable
Ce dernier s’est illustré, il faut le souligner par une prouesse à mettre dans les annales il y a trois jours. Le concentrateur d’oxygène des urgences est tombé en panne en pleine nuit. L’alerte fut donnée et des dizaines d’agents et de volontaires appelés à la rescousse ont transféré des dizaines de malades vers la structure des urgences chirurgicales en un temps record sauvant des vies qui ne tenaient qu’à un fil… d’oxygène.
Le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo) n’est pas en reste puisqu’il annonce la livraison, vendredi dernier, de 500 générateurs et concentrateurs d’oxygène comme premier lot d’une action de solidarité conduite par le syndicat en vue de l’importation de 2 000 appareils. Ils seront directement répartis aux pharmacies dans le but de les commercialiser au prix coûtant.
Mais l’esprit de solidarité, de touiza, reste plus important et plus rapide chez les opérateurs privés. C’est ainsi que la laiterie Soummam lance un appel pour acquérir 10 stations de production d’oxygène à travers le territoire national.
Soummam confirme, si besoin est, de sa «marque» de société citoyenne par des actions stratégiques au profit du secteur de la santé, mais pas seulement. Même chose pour la SNC Boudiab, qui a exprimé son désir de financer une station de génération d’oxygène au profit du CHU de Béjaïa. C’est presque la même vague de solidarité qui s’affiche dans tout le pays où des anonymes n’hésitent pas à se séparer de leurs économies ou de leurs bijoux, espérant sauver des vies. Cevital, de son côté, promet pas moins de 40 000 concentrateurs d’oxygène, une action qui pourrait reléguer aux oubliettes le manque d’oxygène.
A Tizi Ouzou, la solidarité pour la collecte de concentrateurs d’oxygène se développe, en plus d’une autre solidarité, celle de se confiner volontairement. De l’auto-confinement.
L’élan de solidarité actionne la quasi-totalité des communes de la wilaya depuis plus d’une semaine où les citoyens se mobilisent au sein des organisations de la société civile, autour des deux démarches principales.
Cevital, Soummam
et les autres
C’est ainsi que l’EPH d’Azeffoun a été doté d’une centrale de production d’oxygène, acquise à crédit suite à une commande passée par l’association El Rifq bi el yatime, en plus de «financer l’acquisition de 10 générateurs d’oxygène médical au profit d’établissements publics hospitaliers à travers le territoire national»,
D’autres actions similaires sont en cours à travers la wilaya, à l’instar de celles initiées par le comité local du Croissant-rouge algérien de Larbaa n’Ath Irathen, qui a entamé une collecte de fonds pour doter l’hôpital de cette ville d’un extracteur d’oxygène. Avec cette collecte, il envisage d’acquérir un générateur pour l’hôpital de Boghni, un autre au profit du CHU de Tizi-Ouzou et d’autres localités.
Une collecte pour pourvoir cinq hôpitaux de la wilaya de Tizi-Ouzou, Azazga, Aïn El Hammam, Boghni, Draa El Mizan et Larbaa n’Ath Irathen de générateurs d’oxygène a été lancée par la société civile.
A l’étranger, la diaspora est encore sollicitée pour insuffler un nouvel oxygène, sans jeu de mots, à ses compatriotes. La dernière action en date provient du Consulat général d’Algérie à Genève qui a «lancé un appel à la générosité de ses ressortissants résidents en Suisse, désireux d’apporter leurs contributions financières ou matérielles, afin de sauver des vies et soigner les patients atteints de la Covid-19 dans notre pays».
Le Consulat, qui allègue une situation sanitaire «très préoccupante», promet de «mettre en place dans les jours qui viennent un compte bancaire dédié à cette action de solidarité pour les compatriotes souhaitant apporter leurs contributions financières. Les dons en matériels et équipements médicaux peuvent être déposés au niveau du Consulat général en vue de leur acheminement vers l’Algérie».
C’est donc une véritable course contre la montre qui est en train de se développer à travers toutes les localités du pays. L’acquisition de l’oxygène à travers plusieurs procédés pour stopper l’élan de la Covid-19 qui ne ralentit pas sa course, car après des «scores» de 85 contaminations par jour il y a six semaines, le compteur du virus s’est emballé pour venir taquiner la barre des 2 000 cas et d’une cinquantaine de décès par jour. Une première dont on se serait bien passée et qui met à nu, encore une fois, l’anarchie qui règne dans le domaine de la santé. n