En dépit de l’importance accordée à la lutte contre les méfaits du tabac en Algérie, beaucoup de progrès restent à faire pour réduire la population de fumeurs et consommateurs d’autres produits tabagiques, relève le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (Care) dans son dernier rapport, portant sur les «Aspects économiques de la lutte antitabac en Algérie».

Par Feriel Nourine
Le Think Tank note, en effet, que «cette lutte a permis des progrès incontestables et fait reculer le taux de prévalence de la consommation de ce produit nocif en Algérie». En ce sens, le rapport reprend les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui avance le nombre de 4,3 millions de consommateurs de tabac chez nous, en 2018, et ce, après avoir enregistré une baisse de 19,4%, bien loin des taux enregistrés chez les voisins marocain (-40,7%) et tunisien (-38,1%).
Ce mouvement de baisse n’a commencé en Algérie qu’en 2010 et si, «au total, l’évolution est satisfaisante, le niveau de la consommation de tabac a devant lui encore des progrès certains à réaliser», insiste Care.
Et comme meilleure voie à suivre dans cette perspective, il recommande la mise à rude épreuve du porte-monnaie du consommateur en poussant nettement plus haut les prix des produits tabagiques via des taxes en conséquence. A ce propos, le rapport cite la convention-cadre de l’OMS pour la lutte en la matière, considérant que «les taxes sur le tabac sont le moyen le plus efficace de réduire la consommation de tabac et les dépenses de santé, notamment chez les jeunes et les personnes à faible revenu». De plus, ces taxes «font augmenter les recettes fiscales dans de nombreux pays», fait remarquer le même organisme de santé. De plus, «la majoration des taxes doit être suffisamment importante pour que le prix du tabac augmente plus que les revenus. Une hausse des prix de 10% fait reculer la consommation d’environ 4 % dans les pays à revenu élevé, et d’environ 5 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire», lit-on encore dans le rapport. «La forte taxation du tabac est une mesure peu utilisée dans l’arsenal de mesures antitabac», regrette-t-on, non sans insister sur l’action par les prix qui est «l’un des leviers les plus sûrs de toute politique résolue et de long terme visant la réduction de la consommation de tabac».
Pour estimer la consommation nationale de tabac, Care doit faire avec l’absence de chiffres officiels sur ce registre. Il se réfère donc aux statistiques des importations, sachant que la production locale de cette matière est «insignifiante», explique-t-il. Or, les quantités importées ont fortement augmenté ces quinze dernières années, passant de 12 286 tonnes en 2005 à 19 091 tonnes en 2019, indique le rapport. Notant que «la tendance globale au cours des vingt dernières années a été à l’augmentation sensible de la consommation de tabac dans notre pays» et que, de ce point de vue, «les efforts déployés dans le cadre de la politique publique de lutte antitabac sont encore loin d’avoir porté les fruits qui pouvaient en être attendus».
Néanmoins, ce niveau de consommation a connu «au cours des dernières années, une baisse non négligeable qu’on ne peut manquer d’imputer aux effets induits tant par l’érosion du taux de change du dinar qui a rendu l’importation de tabac plus coûteuse, que par les premières mesures de taxation plus lourde que les autorités ont commencé à prendre à partir de l’année 2014», précise la même source pour insister davantage sur «l’efficacité indéniable» de la lutte anti-tabac par les prix.
Mais ces taxations, introduites par les récentes lois de finances, ne suffisent pas encore pour atteindre l’effet dissuasif souhaité chez la population de consommateurs, estime encore Care. Et si les choses évoluent de la sorte, c’est parce que les prix d’un paquet de cigarette (forme de tabac la plus consommée) restent largement accessibles à la majorité des fumeurs, explique le rapport, précisant que «notre pays se situe à la 85e position sur un total de 104 pays dans lesquels les prix d’un paquet de 20 cigarettes (paquet de référence de la marque Marlboro) ont pu être relevés.
«Le prix du tabac en Algérie est encore très loin du niveau qu’il a atteint dans un grand nombre de pays à travers le monde. Il est, comme on peut le constater, inférieur à 8% du prix pratiqué dans le pays qui est en tête de ce classement, à savoir l’Australie. Le prix Algérie est en retrait par rapport à l’ensemble des autres pays de la région, en Afrique du Nord et en Méditerranée», poursuit Care, expliquant que les pays du bas de tableau «sont loin d’être considérés comme des modèles de gouvernance» et qu’il «serait fortement recommandé que le prix actuel soit sérieusement revu à la hausse».
Plus d’un million de dinars pour le traitement d’un cancer bronchique
En plus de ses effets sanitaires plus que dangereux pour le consommateur, mais aussi pour son budget, le tabac coûte très cher à l’Etat. Générateur d’un grand nombre de pathologies, notamment cancéreuses, ce produit génère des dépenses énormes. Ainsi, dans le cas du traitement d’un cancer bronchique, une pathologie qui est fortement corrélée à la consommation du tabac, le coût total était chiffré à 1,51 432 million DA en 2016, mentionne la même source, en se référant à des évaluations faites par des spécialistes en la matière. Des chiffres qui devraient être «revus à la hausse» aujourd’hui, souligne Care. Et d’ajouter qu’à travers cette indication d’impact financier, il y a «un argument précieux qui peut servir de point d’appui à des campagnes de sensibilisation en direction des citoyens pour justifier la lutte contre la consommation de tabac. «C’est là, également, un argument de poids pour en appeler, en direction des autorités publiques, à l’augmentation des taxes sur la production, le commerce et la consommation des produits tabagiques», lit-on. <