Le projet de réforme du régime des retraites devrait figurer au menu de la prochaine tripartite gouvernement-syndicats-patronat prévue à la fin de cette année. A l’origine de l’information, le secrétaire général de la Centrale syndicale, UGTA, Salim Labatcha, affiche la couleur. Il est pour le retour au système de retraite après 32 ans de service et sans condition d’âge. Mais où trouver l’argent nécessaire à la Caisse nationale des retraites (CNR), dont le déficit est de quelque 700 milliards de dinars ? Pour le gouvernement, l’économie informelle constitue un réservoir non négligeable de potentiels futurs cotisants à la Cnas et à la Casnos, lesquelles financent une part des engagements de la CNR. Un test !

Par Hakim Ould Mohamed
En La réforme des retraites n’est pas totalement abandonnée puisque, de l’avis du secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le dossier devrait figurer au menu de la prochaine tripartite, prévue avant la fin de l’année en cours.
Cette réforme arrive à un moment où le système de pensions reste déficitaire et le taux de chômage repart à la hausse. Il est vrai qu’en matière de retraites, il n’y a pas d’alternatives à la réforme tant attendue du système avec, comme efforts, une quête de nouvelles sources de financement de la Caisse nationale des retraites, au-delà de ce que peut apporter le mécanisme de solidarité inter-caisses, l’apport de certains produits de taxes et les sempiternels soutiens financiers de l’Etat. Si plusieurs solutions existent pour redonner des couleurs à la trésorerie de la CNR, dont le déficit caracole à quelque 700 milliards de dinars, le gouvernement devrait s’intéresser un peu plus à l’économie informelle qui constitue un réservoir non négligeable de potentiels futurs cotisants à la Cnas et à la Casnos, lesquelles financent une part des engagements de la CNR. Ce n’est pas pour rien que dans le projet de budget de 2022, le gouvernement a institué une mesure dont l’objectif est de réduire le poids de l’informel dans l’économie. En effet, l’article 114 de l’avant-projet de loi de finances 2022 fait obligation aux personnes et entreprises activant dans les circuits invisibles de l’économie de se déclarer auprès du fisc avant le 31 décembre de l’année prochaine. «Les personnes physiques et morales non identifiées auprès des services fiscaux, exerçant des activités d’achat et revente, de production, de travaux ou de services, non déclarées, qui se présentent spontanément, au plus tard le 31 décembre 2022, pour s‘identifier, ne sont pas passibles de sanctions fiscales, sous réserve que l‘accomplissement de la formalité d‘identification spontanée, intervient avant l‘enclenchement d‘une opération de contrôle fiscal», lit-on dans la feuille de route budgétaire du gouvernement pour 2022. L’Exécutif explique qu’il s’agit d’une disposition d‘inclusion fiscale, faisant partie des recommandations des assises nationales sur la fiscalité, organisées au titre de l‘année 2020, qui vise principalement la migration vers le secteur formel, des contribuables exerçant dans l‘informel. Cette mesure, si elle venait à être mise en application, pourrait être d’un bon apport au système des retraites, car nourrissant l’espoir de renforcer et d’élargir l’assiette des cotisants. Cependant, alors que l’Exécutif quête de nouvelles formules en mesure de renforcer le dispositif des pensions, l’UGTA a curieusement relancé, ce week-end, le débat sur le retour à la retraite sans condition d’âge, indiquant, par la voix de son secrétaire général, dont les propos ont été repris par le quotidien Echorouk, que la centrale syndicale allait proposer au gouvernement l’amendement de la loi sur les retraites avec, comme principale revendication, le retour au système de retraite après 32 ans de service. Le patron de la centrale syndicale, Salim Labatcha, avait déjà affirmé que «les hautes autorités du pays, à leur tête le Président de la République, ont toujours été favorables au dialogue, notamment en ce qui concerne l’amendement de la loi sur les retraites et, plus particulièrement, la retraite après 32 ans de service». Il est pour le moins curieux de voir l’UGTA remettre sur le tapis cette revendication à l’heure où le déficit de la CNR se creuse et le taux de chômage augmente.
L’ex-ministre du Travail et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaâboub, avait rejeté, en avril dernier, l’idée d’un retour à la retraite proportionnelle et à la retraite sans condition d’âge créée en 1997, notamment en cette conjoncture économique délicate que traverse le pays. La piste suggérée par l’UGTA s’annonce économiquement improbable, mais un oui du gouvernement n’est pas à exclure si les mesures d’inclusion fiscale et financière et de lutte contre l’informel portent leurs fruits.

Estimant que la «meilleure reconnaissance, c’est d’abord de leur donner de bonnes conditions pour affronter cette pandémie et, surtout, de prendre en charge leurs revendications socioprofessionnelles.»
Concernant le corps des médecins spécialistes de la santé publique, il rappelle que le président de la République avait également annoncé, en mai 2021 la mise en place de mesures incitatives en vue d’abroger le service mais la aussi, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été fait.

Anticiper avec une meilleure gestion
Malgré l’accalmie actuelle, le spécialiste tient à rappeler que le virus circule toujours avec un risque d’apparition de nouvelles souches mutantes virulentes. Tant que la vaccination n’a pas avancé dans certains pays, il faudrait anticiper dès maintenant sur le risque de prochaines vagues à venir. Elles commencent déjà à déferler dans certains pays comme la Russie. Il tient à rappeler que lors de la 3e vague, qui a fait des ravages parmi les professionnels de la santé, certains établissements avaient enregistré des déficits en matière de moyens de protection contre la contamination à la Covid, de la disponibilité de l’oxygène malgré les appels d’anticipation lancés plusieurs mois auparavant.
En résumé, Dr Mohamed Yousfi tient à mettre en exergue qu’«il s’agit d’une véritable problématique d’une mauvaise gestion.
Il s’agit de mettre en place une véritable gestion pérenne. La pandémie de la Covid a bon dos, mais elle a surtout mis à nue l’étendue des anomalies de la gestion et les dysfonctionnements de la coordination sur lesquels on alerte depuis des années. Tout le monde savait pertinemment que le mal de la santé, c’est avant tout une question de gestion, maintenant, il est temps d’en tirer des leçons».
Il conclut en lançant un appel aux pouvoirs publics : «Tout ce qu’on demande c’est d’avoir de meilleures conditions de travail et nos droits les plus élémentaires. Notre devoir, on l’a fait et on l’a assumé en payant déjà un lourd tribut avec plus de 500 médecins décédés de Covid et plus de 20 000 contaminations parmi les professionnels de la santé. On continuera à assumer notre devoir sans rechigner mais le devoir des pouvoirs publics n’est pas du tout assumé.»
Il est à noter que l’OMS estime qu’entre 80 000 et 180 000 agents de santé et de soins seraient morts du nouveau coronavirus entre janvier 2020 et mai 2021. L’OMS appelle dès lors à déployer des «efforts supplémentaires» pour minimiser le risque d’infection sur les lieux de travail. «La reconnaissance et la commémoration ne suffisent pas», affirment les signataires de la déclaration, relevant «l’obligation morale de protéger et d’investir dans les travailleurs de la santé et des soins».