Le leader de Jil Jadid, Djilali Soufiane, a appelé hier à l’ouverture d’un débat sur le nucléaire civil et la production de l’électricité à partir de cette source d’énergie.

Par Nordine Azzouz
Il y a nécessité, aujourd’hui, d’avoir une discussion sérieuse sur «l’ouverture de centrales nucléaires dans notre pays», a-t-il dit. Elle est dictée, a-t-il expliqué, par le «reflux des réserves en hydrocarbures» qu’on constate «depuis 2018», a-t-il fait observer, et par l’explosion de la consommation domestique du gaz et de l’électricité. «Aujourd’hui, on parle d’importation de véhicules électriques. «Pourquoi ce choix» ? «A-t-on les moyens» et la puissance énergétique suffisante pour les faire rouler dans les mêmes conditions que les voitures à essence ou à diesel, s’est-il encore interrogé en guise d’argument à son appel qui n’a d’ailleurs pas concerné la seule question de la génération électrique à partir de l’atome même s’il a semblé mettre l’accent dessus.
En effet, Djilali Soufiane, qui s’est exprimé hier au centre culturel de la rue Ben M’hidi à Alger, dans le cadre des activités devenues régulières du «Conseil scientifique» de son parti, une sorte de forum ouvert au public, a également abordé d’autres dossiers qu’il considère comme «impératifs» de discuter en raison de leur importance pour l’avenir du pays. Parmi eux, la «gouvernance» des affaires publiques, la «démographie», la «migration» et l’exode des compétences, les «risques majeurs» auxquels le pays est potentiellement confronté, ainsi que le «territoire» et les disparités économiques et démographiques qui opposent une bande nord surpeuplée et le reste sans pertinence économique ni perspective réelle de développement. Tous ces points ont été sériés au cours d’une passionnante séance d’échanges et de discussion autour du thème retenu cette semaine : «quel modèle de développement» pour l’Algérie ? Une grave interrogation à laquelle il a été demandé à l’économiste Mahfoud Kaoubi de répondre : d’abord par un bref exposé de la situation économique actuelle qui reste dominée par «la logique de la rente et de sa répartition», générée et encouragée par le produit des hydrocarbures, puis par le dépistage des voies qu’il s’agit d’emprunter pour réformer ce système.
Les pistes qu’il a évoquées sont entre autres l’«émancipation réelle des agents économiques par rapport à l’administration», dont le rôle, a-t-il conseillé, est «à revoir rapidement»; d’autant qu’elle continue à être «budgétivore et sans résultats» et que son fonctionnement en tant que tel pose un problème en terme d’«attractivité» du pays et aggrave sa «coupure vis-à-vis des marchés» et de leurs acteurs, nationaux et internationaux. Mahfoud Kaoubi a abordé aussi le danger des «dualités des prix et des marchés» pour signifier son inquiétude quant au retard pris dans la révision de la politique sociale de l’Etat, autrement dit le ciblage des catégories réellement éligibles au filet social et le passage, par exemple, à la réalité des prix de l’eau et de l’énergie. Pour l’économiste, mieux vaut affronter la facture sociale aujourd’hui, «inévitable» et tant que les ressources de l’Etat permettent d’aller vers un «pacte social» et des subventions cohérentes et orientées, que d’attendre qu’elle s’aggrave et se transforme en boulet pour les générations à venir. Il en est de même de l’exigence, selon lui, de réfléchir sérieusement aux conséquences de la poursuite du financement des entreprises publiques structurellement défaillantes, se posant la question : «est-ce intéressant de maintenir en activité des morts-vivants» ? Sa réponse à cette question et à d’autre est qu’il «n’y aura pas d’attractivité» de l’espace économique national «sans ajustement» général qui concerne aussi bien l’administration, le «rapport au travail» et l’entreprenariat.
Il est à noter que lors du débat durant lequel d’autres sujets nationaux et internationaux ont été abordés comme ceux relatifs à la valeur du dinar et à l’opportunité ou non de le convertir, comme ceux en relation avec le conflit ukrainien et ses «leçons» quant à la marche actuelle et future du monde, un chercheur universitaire, Bachir Izidi, a fait par visioconférence une intervention sur la numérisation et ses enjeux comme support du développement économique. <