La Russie n’exclut pas un nouvel accord dans la cadre de l’Opep+ pour équilibrer un marché pétrolier, actuellement, en phase de détresse aiguë, a indiqué vendredi le directeur du Fonds souverain russe d’investissement, Kirill Dmitriev, soulignant que pareille démarche serait possible si d’autres pays rejoignaient l’initiative qui regroupe les pays de l’Opep et des partenaires non membres. M. Dmitriev n’a toutefois pas précisé à quels pays il pensait.

« Des actions communes des pays sont nécessaires pour rétablir l’économie… Elles sont également possibles dans le cadre de l’accord Opep+ », a-t-il déclaré à l’agence Reuters. Des déclarations qui pèsent en termes d’espoir de voir l’accord Opep+ survivre à sa date d’expiration du 31 mars et venir à bout de la guerre des prix, sachant qu’avec le ministre Russe de l’Energie, Alexander Novak, le directeur du fonds russe, a été l’un des deux principaux négociateurs russes de l’accord Opep+. Un accord dont c’est quasiment la mort qui a été annoncée le 6 mars dernier lorsque le refus de Moscou de prolonger la réduction de sa production a ouvert la voie à une guerre des prix avec Ryad, rajoutant aux souffrances d’un marché, et acculant depuis les prix à leurs plus bas, nettement en dessous des 30 dollars, voire même sous les 25 dollars pour le Brent, alors que le WTI poursuit sa descente vers les 20 dollars.
Dans cette tendance de plus en plus difficile à juguler, le Brent de la mer du Nord se dirigeait, vendredi, vers la fermeture hebdomadaire des marchés en s’affichant à 24,93 dollars, en fin de journée à Londres, en baisse de 5,4% par rapport à la clôture de jeudi, alors qu’il avait touché un plus bas depuis 2003 en cours de séance, à 24,13 dollars. A New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) a terminé à 21,51 dollars, perdant 4,8% par rapport à la clôture de jeudi.
Le directeur de l’AIE Fatih Birol est de nouveau monté au créneau, jeudi, pour faire part de ses fortes inquiétudes face aux perspectives les plus sombres pour la demande mondiale en or noir.
Il y aura un « fort déclin » de la consommation en pétrole au premier trimestre de cette année et un « déclin encore plus important au deuxième trimestre » en raison des mesures de quarantaine imposées dans de nombreux pays en raison du coronavirus et du ralentissement du transport mondial, prévoit M. Birol, avant que le lendemain, la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva n’abonde dans le même sens, considérant qu’il était clair que l’économie mondiale était désormais entrée en récession du fait de la pandémie de coronavirus qui se propage dans le monde.
Pour soutenir l’économie mondiale et faire face aux conséquences économiques du nouveau coronavirus, gouvernements et banques centrales ont annoncé une panoplie de mesures d’aide d’urgence. Mais « pour repartir vers le haut, les cours du pétrole auront besoin d’une réponse physique, pas de papier », a estimé Bjarne Schieldrop, analyste de SEB. « Les gens doivent utiliser leurs voitures, prendre l’avion et aller de nouveau au travail pour voir la demande en pétrole – et donc les prix – augmenter », a-t-il ajouté dans une note.
En réalité, dans la situation actuelle où la pandémie du Covid-19 rend inopérants l’ensemble des mécanismes de consommation de brut, il s’agit surtout de limiter les dégâts à travers une coopération des pays producteurs. En effet, « des actions conjointes entre pays sont nécessaires pour rétablir l’économie mondiale. Ces actions conjointes sont aussi possibles dans le cadre de l’accord Opep+ », a encore déclaré Kirill Dmitriev.
« Nous sommes en contact avec l’Arabie saoudite et un certain nombre de pays tiers. Sur la base de ces contacts, nous observons que si le nombre de pays membres de l’Opep+ augmente et que d’autres pays s’y joignent, il y aura la possibilité d’un accord commun pour équilibrer les marchés pétroliers », a-t-il ajouté.
Par « d’autres pays », ferait-il référence à, entre autres, les Etats-Unis ? Possible, partant du principe qu’il y a une dizaine jours, le président américain Donald Trump a déclaré qu’il s’impliquerait dans la guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie au moment opportun. Mardi dernier, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo laissait un premier geste qui semble s’inscrire dans le cadre de cette implication en appelant l’Arabie saoudite, à « rassurer les marchés énergétiques et financiers » face à la crise économique mondiale qui se profile.
A J-5 de la fin de l’accord de l’Opep+, portant une réduction de 1,7 million de barils par jour, la Russie, chef de file des partenaires de l’Opep dans cette initiative qui dure depuis janvier 2017, laisse donc entrevoir les signes d’un plan de sauvetage qui permettrait à la coopération de se prolonger et limiter les dégâts pour les pays producteurs, particulièrement les plus vulnérables. n