Alors qu’il ne faisait jusqu’ici que slalomer au gré des circonstances lorsqu’il s’agit de dégraisser la structure des importations et/ou s’attaquer à l’informel, le gouvernement semble vouloir enfin donner de la consistance à sa politique. Et c’est à Abdelmadjid Tebboune que revient cette mission de remettre de l’ordre dans les opérations du commerce extérieur.

Le ministre du Commerce par intérim mise sur le dispositif des licences d’importation, la suspension des domiciliations bancaires pour certains consommables superflus et/ou produits localement, l’assainissement du fichier national des registres du commerce, la multiplication des contrôles fiscaux et douaniers…
Il fut un temps où les banques de la place finançaient à coups de dizaines de milliards de dollars des importations de tous genres, où l’activité était pour le moins lucrative tant pour les importateurs que pour les banquiers et où la gabegie n’avait pas de limite tant le baril de pétrole était encore rentable. Acculé désormais par un baril de pétrole bon marché, l’Exécutif change de ligne. Et pour cause, la santé des finances publiques en dépend. Assumant clairement ce virage, le ministre du Commerce par intérim prend le taureau par les cornes et monte au front avec, en ligne de mire, l’objectif de ramener la valeur des importations à des niveaux soutenables, soit entre 30 et 35 milliards de dollars, équipement et factures alimentaires compris.
L’on comprend plus aisément que la lutte contre les importations superflues qui servent plus souvent d’un canal d’alimentation des circuits informels a été élevée au rang d’une « priorité nationale».

 

Fragilisation des positions financières
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Face à une fragilisation inquiétante des positions financières internes et externes avec, comme éléments palpables d’une crise patente, le creusement du déficit commercial et celui de la balance des paiements, la fente des réserves de change et l’amenuisement de l’épargne en dinar, l’Exécutif propose désormais moult parades : outre sa politique de maitrise des dépenses et des subventions, il s’attaque désormais plus clairement au danger que constitue cette hausse effrénée de la facture des importations.
Abdelmadjid Tebboune promet d’agir directement sur la structure des importations en définissant d’ores et déjà une longue liste des produits susceptibles d’être interdits à l’importation, l’élargissement du dispositif des licences à plusieurs autres produits et consommables. Le ministre travaille aussi étroitement avec la Banque d’Algérie, l’administration fiscale et douanière ainsi que le ministère des Finances pour muscler les dispositifs d’alerte, de veille et de contrôle des flux de marchandises et des capitaux vers et depuis l’Algérie. Une liste de nouveaux produits qui seront interdits à l’importation ainsi qu’une nouvelle liste de licences est actuellement à l’étude. « La liste des produits concernés par les licences d’importation et leurs quotas seront définis le 13 février en cours lors d’une réunion interministérielle (commerce, finances, industrie et agriculture) présidée par le Premier ministre », a indiqué, mardi, Abdelmadjid Tebboune, lors d’une réunion avec les cadres du ministère du Commerce. Il était plutôt clair en assumant cette nouvelle ligne que se fixe l’Exécutif : « L’Algérie n’est pas un déversoir de marchandises d’importation ».

 

Une vérité de la Palice
Abdelmadjid Tebboune dit tout haut ce que des économistes tentent de dire tout bas depuis maintenant plusieurs années. Le ministre du Commerce par intérim a fait savoir que le gouvernement cherchait les meilleurs moyens de protéger l’économie nationale et préserver les ressources extérieures du pays. Selon lui, il n’est pas question d’austérité, mais de rationalisation des dépenses.
« Nous traversons une conjoncture financière qui requiert un usage judicieux des ressources et des décisions audacieuses, nous nous employons à rationaliser les dépenses et réduire les importations sans influer sur le marché intérieur ni le niveau de vie du citoyen », a encore expliqué M. Tebboune.
Il était clair que le gouvernement allait opter pour les choix prudentiels au vu de la conjoncture financière qui ne fait se gâter davantage. La hausse de la facture des importations est un premier foyer d’anxiété, tant il est vrai qu’il entraîne dans le rouge vermeil l’ensemble des indicateurs macroéconomiques. Les importations ont pesé en 2016 pour environ un tiers du Produit intérieur brut (PIB). La valeur des importations correspondait à 23,6% du PIB en 2011 et à 27% en 2014. L’exercice 2016 s’est soldé avec une facture d’importations se chiffrant à 46,72 milliards de dollars contre 51,7 milliards en 2015, en baisse de seulement 9,62%. En définitive, on comprend dans le discours et l’action de l’actuel ministre du Commerce une volonté de faire table rase des précédentes politiques et renouer avec une stratégie de prudence et de maîtrise budgétaire.