Par Kahina Sidhoum
Jamais deux sans trois ? La question-expression vaut, ici, pour l’option d’un troisième gazoduc qui relierait l’Algérie à l’Europe. Elle est posée depuis que le président du Conseil de l’Union européenne (UE), Charles Michel l’a évoquée après son passage récent à Alger.
Dans une déclaration à un média européen, Charles Michel a mentionné la possibilité de construire une nouvelle canalisation sous la Méditerranée pour acheminer davantage de gaz algérien vers les pays de l’UE dont les besoins énergétiques sont devenus croissants depuis qu’ils sont en désaccord stratégique et économique avec la Russie.
A l’heure où les relations entre Bruxelles et Moscou sont au plus mal et qu’ils sont susceptibles de s’aggraver avec des conséquences plus rudes pour les Vingt-sept et leurs nécessités de consommation durant l’hiver prochain, l’éventualité d’un nouveau gazoduc fait partie des scénarios de circonstance. Ni irréaliste, ni exclu, il exprime surtout, du côté européen, la recherche d’un fournisseur fiable et sûr qu’on voudrait rassurer par des annonces qui le confirme dans ce statut.
C’est le cas pour l’Algérie dont le statut d’acteur énergétique régional n’a jamais été aussi souligné que durant ces jours où le gaz russe se fait rare, cher de prix et l’objet de rivalités géopolitiques qui ne vont pas s’arrêter de sitôt. De là à croire à l’immédiateté d’un nouveau gros relais gazier entre notre pays et le consommateur européen, il y a plus grands pas à franchir.
Ceux-ci sont à mesurer en nombre d’années parce que construire un gazoduc sous la mer sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres, cela demande beaucoup de temps, d’interminables négociations et beaucoup d’argent après des études qui coûteront autant.
Même avec l’idée de voir un jour le gaz de schiste algérien commercialisé en Europe – une perspective à venir même avec l’expansion certaine de la ressource renouvelable dans les pays de l’UE désormais obsédés par leur indépendance énergétique d’un pays au potentiel conflictuel désormais acquis pour les décennies à venir – ce n’est pas un projet qui peut être concrétisé en un claquement de doigt et sur la simple annonce d’un responsable, fusse-t-il du rang d’un Charles Michel.
Plutôt, donc, que de perdre son temps à rêver sur un troisième gazoduc qui ne verra pas le jour avant une dizaine d’années au moins, si les choses n’évoluent pas autrement, plutôt se concentrer sur la demande algérienne qui dit que, pour que les choses soient bien faites, il faudrait un plus grand engagement européen et une plus grande implication d’investissement de l’Europe dans l’amont pétro-gazier pour que ses industries et ses ménages disposent de la ressource dont ils ont besoin pour leur économie et leur confort.