C’est de nouveau le malaise dans le corps des avocats qui font grève aujourd’hui en signe de contestation de la mise en détention de leur confrère de Tébessa. L’action qui prend une dimension nationale se tient à l’appel de l’Union nationale des ordres des avocats (Unoa), qui a donné ainsi un prolongement aux premières protestations enregistrées dans l’antique Thevest après que le tribunal de la même ville a confirmé la détention provisoire de l’avocat poursuivi pour des «accusations fallacieuses», selon son collectif de défense.

PAR Milina Kouaci
L’Unoa a décidé alors de boycotter les audiences dans les juridictions du territoire national en signe de soutien à Maître Abderaouf Arslane, placé en détention préventive pour «appartenance à une organisation terroriste». L’avocat a été placé sous mandat de dépôt par le juge d’instruction le 26 mai, après présentation devant le procureur du tribunal de Tébessa. Son arrestation a provoqué une vague d’indignation au sein de la corporation des robes noires qui boycotte aujourd’hui les audiences dans les juridictions du territoire national.
L’Unoa avait indiqué dans un communiqué rendu public que l’accusation selon laquelle l’avocat appartiendrait à «une organisation terroriste» n’était pas «prouvée» et que «même le rapport de l’enquête préliminaire évoque des suppositions et ne donne aucune preuve», ajoute l’Union nationale des ordres des avocats en réponse à une «accusation formulée par le procureur général de la Cour de Tébessa lors d’une conférence de presse qu’il a animée.
Le représentant du Parquet a tenté d’expliquer que la détention d’Abderaouf Arslane n’avait «rien à voir avec sa fonction d’avocat, nécessaire à notre système judiciaire», mais l’Unoa manifeste son «regret» et reproche au procureur «de violer le principe de la présomption d’innocence et le secret de l’instruction» en animant une conférence de presse dans laquelle il accuse Abderaouf Arslane d’appartenance à une organisation terroriste, en l’occurrence Rachad. «Son incarcération est injustifiée et l’instruction n’a conclu sur aucune preuve de son appartenance à un mouvement terroriste», estime les bâtonniers qui appellent la justice à actionner les procédures liées à la présomption d’innocence et à faire de la détention provisoire une «exception et non une règle».
Pour les robes noires, le dossier de leur confrère, Me Arslane, «est vide et ne contient aucun élément justifiant son placement en détention», exigeant la libération de leur confrère. L’Unoa a appelé également les avocats «à se limiter aux règles du métier et ne pas être entraîné dans des questions politiques», pour éviter en particulier les «fausses interprétations des positions exprimées».
Les avocats ont réagi à cette détention à l’image de Me Mokrane Aït Larbi qui a affirmé que Abderraouf Arslane a été placé en détention «sans raison légale». «Avant cette affaire, les autorités n’avaient pas osé emprisonner un avocat en raison de ses déclarations politiques ou ses opinions. Car l’avocat ne peut être emprisonné ni poursuivi en raison de ses déclarations et ses propos, cela fait partie de ses tâches quotidiennes», précise-t-il. Pour remettre en cause la décision, Aït Larbi estime que «si l’avocat viole ses prérogatives légales, il y a un conseil de discipline. La justice n’a rien à voir dans ce domaine. Mais, aujourd’hui, l’emprisonnement devient la règle et la liberté l’exception».
Pour rappel, la Chambre d’accusation près la Cour de Tébessa a prononcé, la semaine passée, une décision d’incarcération de 4 personnes pour «adhésion au mouvement Rachad», classé récemment comme organisation terroriste, car menaçant l’ordre public et la stabilité de l’Etat, et entretenant également des relations douteuses avec des parties étrangères, a indiqué jeudi le premier procureur général-adjoint près la juridiction de Tébessa.
Les accusés (Aziz Bekariya, Abderaouf Arslan, Redouane Hamidi et Azzedine Mansouri) sont poursuivis pour «adhésion, soutien et financement du mouvement Rachad de diverses manières, en plus d’accorder des interviews et de faire des interventions dans des médias étrangers, considérées comme étant une couverture médiatique au profit de cette organisation», a souligné la même source.