Les importateurs de génisses pleines (gestantes) ne seront plus en mesure de ramener de jeunes vaches destinées exclusivement à l’élevage de vaches laitières. C’est ce que vient de décider le ministère de l’Agriculture après constat récurrent d’inobservation, par les importateurs, des conditions d’importation incluses dans le cahier des charges relatif à cette activité. De ce fait, les services vétérinaires auprès dudit ministère, seuls habilités à délivrer des autorisations d’importation, ont avisé les concernés dans une note qui leur a été adressée que les opérations sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.

Dans sa note, le Directeur des services vétérinaires Ahmed Chawki El Karim Boughanem indique que «dans le cadre du suivi sanitaire des importations de bovins sur pieds, il m’a été donné de constater le non-respect des dispositions édictées dans le cahier des charges zootechniques lors de l’importation de génisses gestantes, notamment en ce qui concerne l’âge, le poids et les pédigrées des animaux». Pas seulement, selon ce même responsable, puisque «l’agréage n’est plus effectué par les importateurs algériens, en raison de la pandémie Covid-19». Autant de mises en cause qui ont poussé les services vétérinaires à suspendre l’importation de génisses. Il importe de savoir que seules les jeunes vaches pleines, provenant de France et d’Autriche, et de race Holstein, pie rouge et noire sont autorisées à être importées.
Dans la note des services vétérinaires, il est révélé également la tricherie dans l’âge des bêtes. «En clair, les importateurs ramènent des vaches qui ne sont plus des génisses et donc à bas prix dans le but de gonfler leurs bénéfices, mais au détriment de l’acquéreur, l’éleveur, se retrouvant avec des vaches en fin de cycle de production maximale de lait», a confié à Reporters un éleveur de vaches laitières modernes, qui a tenu à garder l’anonymat. Comme ce dernier rapporte que «cette pratique d’importer des vaches qui, en réalité, ne sont pas des génisses, a été encouragée par des éleveurs peu scrupuleux, appâtés par les prix bas pratiqués par certains importateurs véreux». Soulignons enfin qu’après cette mesure de suspendre jusqu’à nouvel ordre les importations de génisses va quelque peu freiner le programme de développement de certaines fermes d’élevages de vaches laitières, c’est-à-dire remettre à plus tard leur objectif de rajeunissement de leur cheptel. Et du coup, les éleveurs professionnels se disent victimes des agissements d’importateurs opportunistes.
Toujours au registre des importations de bêtes sur pieds, certains opérateurs avancent qu’ils ne seraient pas étonnés d’apprendre dans les prochains mois que la suspension d’importation va aussi concerner les taurillons d’engraissement «car, là aussi, il y a dérive dans les conditions d’importation», lancent des éleveurs contactés par nos soins. Nos locuteurs révèlent que la tricherie est dans les pédigrées. «Si celle-ci persiste, le ministère de tutelle sera appelé à intervenir», espère-t-on du côté des éleveurs.
Notons enfin que le nombre de génisses importées en Algérie depuis l’apparition de la crise sanitaire est nettement inférieur par rapport à l’année 2018. Passant d’un millier à moins de la moitié. Même cas de figure pour les taurillons d’engraissement. <