Trois ans de prison ferme contre Khaled Drareni. La magistrate, qui a prononcé au Tribunal de Sidi M’hamed d’Alger cette lourde peine, a agi avec la fureur des charges retenues contre lui depuis son incarcération en mars dernier : attroupement non armé et atteinte à l’unité du pays. Sa sentence a été sans nuance, donc ; avec fermeté, mais sans la justice ! Fermeté contre qui ? Contre quoi ?
Les faits reprochés au journaliste sont minces pour ne pas dire caricaturaux. A moins d’être dans le feuilleton politico-policier du plus mauvais goût, M. Drareni n’est pas cet ennemi factieux de l’Algérie qui chuchote dans les ambassades et fait de la propagande antinationale sur des télés étrangères. Il n’est pas non plus ce fomenteur enragé de troubles qui voudrait voir tous les jours brûler Didouche-Mourad et s’enflammer la rue Ben M’hidi. C’est juste un professionnel de presse qui, ayant le cœur trop au métier, ne regarde pas bouger la rue par sa fenêtre. Il s’y rue !
Madame la juge, qui a ordonné sa condamnation et décidé de l’accabler par la prison encore, semble avoir agi comme ce « marbre » étrillé en son temps et pour toujours par Diderot, parce que rétif aux facultés de penser et de sentir ; prisonnier, dans le cas algérien qui nous préoccupe et nous tourmente depuis des mois et davantage aujourd’hui, du préjugé d’un pouvoir politique qui ne tolère plus rien de l’opinion libre et critique, le faisant savoir brutalement.
Pour M. Drareni, faute d’un juste et honnête redressement en appel du jugement qui le frappe par la Cour d’Alger, ce ne sera rien d’autre que cela : la confirmation qu’il est le type même de l’emmerdeur à faire plier, à faire taire et à donner en exemple aux autres. On le pressentait déjà lorsqu’il s’est présenté devant le Tribunal, lundi 3 août, on le soupçonne davantage depuis sa lourde sanction, hier, 10 août : l’arrêt de son emprisonnement a été prononcé en verdict de ce qu’il a brillamment plaidé lors de son procès : le droit d’être ce qu’il est : un homme debout drapé du manteau de journaliste au contact permanent du terrain, là où il y a les faits et l’évènement ; le refus, également, de cautionner la suggérée et ridicule accusation d’espion, prenant de l’argent de toute main…
Un jugement inique et un abus qui, faute de salutaire correction par la Cour qui l’annulera, aura de très mauvaises implications sur la justice algérienne et l’atteindront jusqu’au premier magistrat du pays. Faute de quoi, nulle autre phrase que celle de Voltaire : « Un prince qui, sans forme de justice et sans justice, emprisonne ou fait périr des citoyens… ». n