PAR NAZIM B.
La tension sur le lait pasteurisé en sachet subventionné s’est accentuée durant les dix premiers jours du mois de Ramadan. Déclaré denrée rare depuis plusieurs mois, la distribution et la commercialisation du sachet de lait n’ont pas encore trouvé de solution en dépit de la multiplication des annonces et des mesures. Pire, se procurer un sachet de lait équivaut à un parcours de combattant pour les citoyens.
La situation était telle que le sujet s’est fait une place dans l’ordre du jour de la dernière réunion du Conseil des ministres au cours de laquelle le président Tebboune a donné instruction selon laquelle «l’Etat prend en charge l’augmentation de la marge bénéficiaire de 1 DA/litre de lait pour les usines et 2 DA pour les distributeurs». La mesure, qui vise à résoudre le problème de sa distribution et par ricochet sa disponibilité, a été saluée par le président de l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA), Hadj Tahar Boulanouar. «La prise en charge par l’Etat de l’augmentation de la marge bénéficiaire des opérateurs (usines et distributeurs) peut résoudre la question de la distribution, d’un côté, et d’élever la production, d’un autre», a-t-il affirmé dans sa réaction à la mesure présidentielle. D’autant plus, a-t-il expliqué, que «la crise est due essentiellement à la réduction de la marge bénéficiaire», à laquelle s’ajoutent «les doléances permanentes des distributeurs qui se plaignent des limites de leurs bénéfices». La mesure sera-t-elle suffisante pour endiguer le dysfonctionnement qui marque le circuit de la distribution du lait en sachet ? «Il faut attendre quelques jours pour voir l’impact de cette nouvelle mesure», nous déclare un commerçant, qui se dit «dépité» de ne pas pouvoir satisfaire la demande des consommateurs ces dernières semaines pour un produit de base.
Avant que les autorités n’agissent sur la marge bénéficiaire, c’est une nouvelle carte de production et de distribution du lait qui a été annoncée pour «prochainement» et dont l’objectif est d’assurer «un approvisionnement régulier» à travers le pays et remédier aux perturbations enregistrées dans la distribution du lait. «Un rapport détaillé a été soumis aux pouvoirs publics, incluant les propositions du ministère pour garantir un approvisionnement équilibré des wilayas en lait subventionné, selon la densité de la population, tout en élargissant les opérations de distribution aux grandes surfaces commerciales», a fait savoir le directeur de l’organisation des marchés et des activités commerciales au ministère du Commerce et de la Promotion des exportations.
En ce qui concerne l’approvisionnement en lait subventionné durant le mois de Ramadan, le responsable a fait savoir que 1 500 tonnes de poudre de lait subventionné ont été distribuées, durant la première semaine de ce mois, aux laiteries du groupe public Giplait sur un total de 5 000 tonnes supplémentaires destinées à renforcer le marché pendant ce mois. Cette quantité vient s’ajouter à celles habituelles, qui s’élèvent à 14 599 tonnes de lait/mois au profit de 120 laiteries conventionnées avec l’Office national interprofessionnel du lait (Onil), selon le même responsable, mais dont l’usage n’a pas garanti une distribution efficiente de nature à épargner aux citoyens cette course quotidienne à la recherche du lait en sachet.
Au niveau de la Direction du commerce d’Alger, on déplore «certaines pratiques négatives telles que le détournement du lait subventionné à des fins commerciales», citant «la saisie récemment de plus de 950 litres de lait subventionné qui étaient destinées à la production de petit-lait». La même direction a fait état de poursuites judiciaires «lancées à l’encontre du commerçant concerné et du distributeur qui lui a illégalement fourni cette quantité». C’est dire, finalement, combien le dysfonctionnement du circuit de la distribution a ouvert la voie à plus d’une pratique illicite engageant ainsi la responsabilité de l’Etat. n