Grâce à l’accord signé, hier, à Alger, entre Sonatrach et l’allemand VNG, l’Algérie pourra, à terme, améliorer la part des énergies nouvelles dans son mix énergétique et diversifier, par la même, ses produits énergétiques exportés vers l’Europe. La reconversion annoncée du Medgaz et l’éventuelle reprise du projet Galsi, sont les signaux avant-coureurs d’une nouvelle politique qui consiste à diversifier la structure des produits énergétique exportés tout en augmentant les volumes de gaz naturel acheminés vers le Vieux Continent.

Par Khaled Remouche
L’exportation d’ammoniac vert, de méthanol vert et de kérosène vert vers l’Allemagne et d’autres pays européens est envisagée à court terme. L’exportation d’hydrogène vert est prévue à partir de 2030, a indiqué, hier, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab. Première expérience dans le domaine du développement de l’hydrogène vert : la réalisation d’un projet pilote de production d’hydrogène vert en partenariat entre Sonatrach et la société allemande VNG. Conséquence de la guerre russo-ukrainienne et ses conséquences sur la sécurité énergétique, l’Allemagne tente de diversifier ses approvisionnements. Dans cette optique, elle envisage de développer la filière hydrogène vert. Compte tenu de la montée de ses besoins en hydrogène vert à l’horizon 2030, l’Allemagne a affiché, à travers sa représentante, la vice-ministre du ministère de l’Economie et de la Protection du climat, Franziska Brantner, qui a coprésidé avec le ministre de l’Energie Mohamed Arkab, hier à Alger, la 4e édition de la Journée algéro-allemande de l’énergie, la volonté allemande d’importer de l’hydrogène vert d’Algérie, notre pays étant considéré comme une source fiable et futur fournisseur important d’hydrogène vert vers l’Europe et, particulièrement, vers l’Allemagne.
La signature du protocole d’accord en marge de la rencontre entre Sonatrach et la société allemande VNG donne le la. Il s’agit d’examiner les opportunités de partenariat dans le domaine de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert dans le but de les exporter vers l’Allemagne. Les deux partenaires envisagent de travailler dans la réalisation d’un projet pilote. A ce sujet, la vice-ministre a commenté, lors du point de presse co-animé par le ministre de l’Énergie, l’importance de ce protocole d’accord. «Notre projet est un projet commun. Nous sommes ici entre membres du gouvernement algérien et allemand et représentants d’entreprises allemandes qui travaillent pour un futur européen commun. Un futur vert pour nos enfants, pour un futur plus résilient. Le projet a ses conceptions. C’est un projet vert. Concernant les capacités de production, de transport, c’est un projet où on travaille ensemble avant de le développer. Il y a une volonté de travailler ensemble et une volonté politique de relever ces défis (ndlr entre autres la problématique du transport de l’hydrogène dans les gazoducs). Ces défis sont surmontables. Il y a également un projet avec la Banque de développement allemande KFW qui apportera son financement à un projet pilote de production d’hydrogène (allusion à l’accord entre Sonatrach et VNG). Un projet de partenariat scientifique et technique entre l’Algérie et l’Allemagne.» Le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, en réponse à une question de la presse, a présenté quelques grandes lignes de ce programme pour développer la filière hydrogène en Algérie. Il a indiqué que l’Algérie compte développer une capacité de production importante en énergies renouvelables de 15 000 MW à l’horizon 2035. Les énergies renouvelables sont la base, notons-le, de la production de l’hydrogène vert.

Production de 10 et 50 MW
Le ministre de l’Energie n’a pas manqué de mettre en relief le projet pilote : «Parmi les programmes à moyen terme, outre celui des énergies renouvelables que pilote le ministère de l’Energie, figure le développement de la filière hydrogène vert. Première expérience dans ce domaine sur le terrain, le projet pilote entre Sonatrach et l’allemand VNG qui devra produire entre 10 et 50 MW d’énergie. L’objectif de ce projet est en premier lieu le transfert technologique via le partenaire allemand. L’Allemagne est l’un des leaders dans le développement des énergies renouvelables et l’hydrogène vert. Le second objectif est que l’ingénieur algérien, l’opérateur national puisse profiter de cette expérience dans le domaine de la production de l’hydrogène vert afin de développer une capacité locale de production d’hydrogène. C’est une coopération fructueuse entre l’Algérie et l’Allemagne qui est envisagée. Dans le domaine du transport de l’hydrogène vert, du stockage et de la production, on va étudier les technologies dans le cadre de ce projet pilote pour retenir les plus faisables techniquement et économiquement.»
Le ministre de l’Energie résume ainsi la portée de cet accord : «Après trois ans de partenariat énergétique avec l’Allemagne, cette coopération a abouti à un projet pilote de production de l’hydrogène vert. L’Algérie a la compétence. Elle produit de l’hydrogène gris. Les process sont opérés par Sonatrach. Elle va produire de l’hydrogène vert avec la collaboration allemande, que je salue. C’est un partenariat gagnant. Ce projet est très important pour le transfert technologique et la formation. On s’est fixé l’année 2030 pour avoir toute la technologie et être prêt pour l’exportation de l’hydrogène vert vers l’Allemagne et d’autres pays européens qui cherchent à diversifier leurs approvisionnements. Nous serons dans le bouquet européen». Affirmant que ce projet pilote sera cofinancé par les deux parties, M. Arkab a expliqué que la coopération entre Sonatrach et VNG AG concerne aussi la réalisation des études sur les moyens de stockage et de transport de l’hydrogène vert.

Cofinancement
Quant à la vice-ministre, elle ajouté que l’Allemagne va réduire ses besoins en énergie, mais qu’elle aura besoin d’importation d’hydrogène vert pour l’industrie et le transport. L’Union européenne aura besoin d’hydrogène vert. Concernant la problématique du transport, elle considère qu’il existe un moyen, c’est l’ammoniac vert. Les chaînes de livraison existent. C’est un premier pas. Nous avons donc un intérêt pour l’Algérie qui a une expertise dans le domaine de l’ammoniac». En ce sens, Billel Kalach, le Directeur des énergies renouvelables à Sonatrach, a indiqué qu’à court terme, l’Algérie pourra exporter l’ammoniac vert, le méthanol vert et le kérosène vert vers l’Europe. Sonatrach pourra produire ces produits. Elle a une expérience dans la production et l’exportation de l’ammoniac, du méthanol et du kérosène. Elle a une chaîne de transport et de logistique. L’exportation d’hydrogène vert et son transport à travers les gazoducs pourront intervenir dans une seconde phase, à partir de 2030, une fois solutionnée la problématique du mélange de l’hydrogène et du gaz du naturel dans les gazoducs ou par la construction de gazoducs dédiés à l’hydrogène. Le Galsi, le projet de gazoduc entre l’Algérie et l’Italie pourrait être une option. A noter que le groupe Sonatrach et la société gazière allemande VNG AG ont signé, hier à Alger, un protocole d’entente ayant pour objet l’examen des opportunités de coopération pour la réalisation de projets dans le domaine de l’hydrogène et l’ammoniac vert. Ce document a été signé par le vice-président Business et Développement au sein du groupe Sonatrach, Fethi Arabi, et le membre du Conseil d’administration de VNG AG, Hans-Joachim Polk, en présence du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, de la ministre de l’Environnement et des Energies Renouvelables, Samia Moualfi, la ministre adjointe au ministère fédéral de l’Economie et de la Protection du Climat, Franziska Brantner, ainsi que PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar.