Par Feriel Nourine
La Russie attend de voir l’évolution du marché pétrolier pour faire connaître sa position sur une éventuelle réduction supplémentaire de production de pétrole. C’est ce qu’a fait savoir hier son ministre de l’Energie Alexandre Novak, au lendemain de la réunion, mardi et mercredi à Vienne, de l’Opep et ses partenaires en vue d’accentuer leur réduction pour juguler la chute des prix du pétrole provoquée par le Coronavirus. L’Opep+ fonctionnant par consensus de tous les participants, la réunion s’est achevée sans résultat même après avoir été prolongée jusqu’à jeudi. « Je pense que la question (sera réglée) dans les prochains jours. Nous verrons comment la situation évoluera dans les prochains jours », a déclaré M. Novak aux agences russes. Sur fond de cette déclaration, les prix se stabilisaient. En fin de matinée, le baril de Brent de la mer du nord pour livraison en avril valait 54,90 dollars à Londres, en baisse de 0,05% par rapport à la clôture de jeudi.A New York, le West Texas Intermediate (WTI) pour mars perdait 0,14%, à 50,88 dollars.
Concernant le prix du panier de l’Opep, il s’est établi jeudi à 55,72 dollars le baril, contre 54,99 dollars la veille, enregistrant une hausse de 73 cents, selon les données de l’Organisation publiées hier sur son site Web.
De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a indiqué que son pays souhaite « poursuivre les consultations, pour déterminer les mesures optimales acceptables pour tous les exportateurs afin de réguler le marché sans qu’il y ait de changements soudains préjudiciables aux producteurs et aux consommateurs », a déclaré vendredi le chef de la diplomatie russe Sergueï. Selon certains médias abordant ce qui s’est passé dans la capitale autrichienne, l’Arabie saoudite voulait obtenir une réduction supplémentaire de 800.000 à un million de barils par jour (mbj) et avait proposé une solution de compromis de 600.000 barils. Si cette dernière option est retenue, la réduction de l’Opep+ passerait de 1,7 million mbj à 2,3 mbj.
« Moscou a l’habitude de signaler son opposition à tout changement de stratégie de production de l’OPEP+», a signalé Stephen Brennock, analyste pour PVM. Mais, selon lui, « cette réticence initiale s’est toujours atténuée dans le passé et (la Russie) finit par s’aligner sur ses alliés » et « on s’attend à ce qu’il en soit de même à cette occasion ». Pour autant, la baisse de production envisagée « ne sera probablement guère suffisante pour faire remonter les prix car la diminution de la demande chinoise est considérablement plus importante », a fait remarquer Eugen Weinberg, analyste pour Commerzbank.
Moins de 2 mois après avoir décidé de coupes supplémentaires de 500 000 mbj, l’Opep+ se retrouve à réfléchir à une nouvelle réduction, alors qu’une panique est en train de s’emparer des pays producteurs, notamment ceux membres de l’Opep et de leurs alliés à qui l’énergétivore géant chinois achète plus des deux tiers de sa consommation de brut, en premier lieu l’Arabie saoudite, premier producteur de l’Opep.
En effet, si le Royaume a initialement souhaité jusqu’à 1 mbj de l’offre de l’Opep+, c’est parce qu’il est le premier fournisseur en brut de la Chine dont les importations seraient tombées de d’environ 11 mbj à 8 mbj entre le début et la fin du mois de janvier et pourraient être déjà descendues à 7 mbj, selon certains analystes. La Chine représente, en effet, le quart des exportations de brut du Royaume saoudien et la dépendance « est encore plus importante pour d’autres pays membres comme le sultanat d’Oman », a expliqué à l’AFP Michal Meidan, directrice du programme Chine pour l’institut d’études sur l’Energie de l’université d’Oxford.
De plus, «la Chine représente plus d’un tiers de la croissance de la demande mondiale en pétrole, ce qui en fait un des acteurs du marché les plus importants pour l’Opep », a confirmé à l’AFP Yujiao Lei, analyste chez Wood Mackenzie.
Autre mauvaise nouvelle, la Chine s’est engagée mi-janvier auprès des Etats-Unis avec l’accord commercial dit de « phase 1 » dans l’achat pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires au cours des deux prochaines années. Or, un quart de ce montant porte sur des produits énergétiques, dont du pétrole brut, ce qui pourrait pousser Pékin à limiter d’abord ses importations de fournisseurs autres que les Etats-Unis afin de remplir son engagement.n