Le président de l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab) a confirmé, hier, qu’une note destinée à l’attention des opérateurs économiques prévoit la réduction, à partir du 1er janvier 2022, de la durée de validité des Dérogations sanitaires d’importations (DSI), dont celle de la poudre de lait, à trois mois au lieu de six auparavant.

Par Sihem Bounabi
Alors que les opérateurs des produits laitiers étaient soulagés par la note de l’Association des banques et établissement financiers (Abef) sur instruction du ministère du Commerce, diffusée au niveau des banques, libérant les laits infantiles, une nouvelle note de ministère de l’Agriculture vient de porter un nouveau coup à la filière et plus spécifiquement concernant l’importation de la poudre de lait accentuant les tensions sur ce produit et le risque de pénurie des produits laitiers et dérivés dans les prochaines semaines.
En effet, le président de l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab) a confirmé, hier, qu’une note destinée à l’attention des opérateurs économiques prévoit la réduction, à partir du 1er janvier 2022, de la durée de validité des Dérogations sanitaires d’importations (DSI), dont celle de la poudre de lait, à trois mois au lieu de six auparavant.
Ali Hamani expliquera que cette décision, prise de « manière unilatérale », entravera indéniablement l’activité des producteurs en engendrant notamment des « arrêts fréquents » du processus de fabrication, créant ainsi des « risques de rupture de stocks ».
Suite à cette note, l’Apab a réagi rapidement en envoyant, hier, une correspondance officielle aux ministres de l’Agriculture et des Finances pour les alerter sur les lourdes conséquences d’une telle décision, soulignant l’inquiétude des opérateurs sur l’avenir de leurs activités.
Le président de l’Apab explique que dans cette correspondance, il est souligné que «dans la pratique et s’agissant de l’évaluation objective des délais de livraison des poudres de lait importées des pays lointains, il faut compter plus de trois mois de délai entre le départ usine et les différents transbordements intervenant parfois sur plusieurs ports avant l’arrivée au port de destination Algérie ».
Il rappelle également que par le passé, il y a eu souvent des demandes de prorogation supplémentaire de la durée de validité des DSI par rapport à celles accordées pour 6 mois.
De ce fait, il devient évident que cette mesure de réduction de la DSI à une durée de trois mois pour la poudre de lait est «impraticable sur le terrain » et risque d’amener indirectement « à privilégier la poudre de lait d’origine européenne. Ce qui va à l’encontre des orientations des pouvoirs publics, visant à diversifier les sources d’approvisionnement ».
En effet, si les opérateurs économiques devaient respecter cette mesure, il serait impossible pour eux d’importer des poudres de lait de « pays lointains », comme l’Argentine, l’Uruguay, le Canada, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Océanie et même de Turquie. Cette mesure entrave également la poursuite des relations commerciales déjà établies par les producteurs nationaux avec certains de ces pays.

Privilégier la poudre de lait d’origine européenne ?
De facto, la seule issue qui reste est celle d’être obligé de se tourner vers le marché européen, « où les cours des poudres de lait sont les plus élevés du marché mondial et où les volumes ne sont pas importants, particulièrement pour la poudre de lait entier à 26 % matière grasse, ce qui va entraîner un renchérissement des prix à l’importation », est-t-il précisé.
Quant à l’impact direct sur l’économie nationale, il est souligné que certaines laiteries, membres de l’Apab, contribuent énormément à l’intégration dans leurs produits finis de lait cru collecté auprès des éleveurs nationaux. Il est également précisé que certains investissements des élevages bovins laitiers ont été financés par ces mêmes laiteries, mais dont « le volume collecté reste très insuffisant par rapport à leurs besoins ».
Face à toutes ses contraintes dans le secteur du lait et produits laitiers qui, pourtant, ne sont pas subventionnés, les opérateurs de la filière, à travers l’Apab, lancent un appel au ministre de l’Agriculture afin « de prendre toutes les mesures nécessaires » pour permettre le fonctionnement normal des unités de production et « d’éviter toute perturbation de l’approvisionnement du marché en produits finis ».
Pour rappel, il y a plus de deux semaines, suite à l’interdiction de l’importation de la poudre de lait par une instruction verbale de la Direction des Services vétérinaires ainsi que la lenteur importante dans le traitement des demandes de dérogation des Dossiers sanitaires à l’importation (DSI), par rapport aux délais habituels, l’Apab, la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) et la Confédération des industriels et producteurs algériens(CIPA) avaient alerté le Premier ministre et le ministre du Commerce sur les conséquences et les risques de tensions sur la disponibilité du lait et des produits laitiers et surtout sur les risques de ruptures de stock de lait infantile et de lait pour nourrissons. Suite à cette alerte, le ministère du Commerce avait donné des instructions pour la levée des blocages sur le lait infantile et le lait pour nourrissons, éloignant ainsi le spectre de la pénurie de lait pour bébé. Mais, au même moment, alors que le gel sur les importations de la poudre de lait est toujours maintenue, le ministère de l’Agriculture envoie une note avec cette nouvelle contrainte de la réduction de la durée de la DSI à trois mois. Ce qui risque de fragiliser encore plus la filière, dont déjà les petits producteurs ont payé les frais en mettant au chômage technique leurs employés et une flambée des prix de la poudre de lait est déjà constatée au marché de gros.
En plus de l’impact économique sur les producteurs laitiers nationaux, qui risquent de baisser rideau et des pertes d’emplois, en bout de chaîne, ce sont les citoyens qui seront confrontés à une nouvelle pénurie et une flambée de prix du lait en poudre et des produits laitiers dérivés, comme les yaourts et les fromages. Cela aurait pour conséquence une aggravation du pouvoir d’achat et rendrait inaccessibles aux bourses moyennes les produits laitiers de base.