La demande d’entrée de l’Algérie aux BRICS répond à une double motivation : appartenir à un bloc géopolitique en quête d’influence et de puissance et rechercher des fonds de financement pour les grands investissements. Paroles d’experts.

PAR INES DALI
En effet, la demande de l’Algérie d’adhérer au groupe des BRICS, qui comprend la Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, aura un impact «positif» sur l’économie du pays en lui permettant de tirer profit de «financements d’investissements lourds» notamment. Mais pas seulement puisque c’est aussi un bloc politique, ce qui est important dans le contexte actuel, affirment des économistes algériens.
Le plus important à prévoir pour l’Algérie, selon l’économiste Abdelmalek Serrai, «c’est le bénéfice des finances». «Si l’Algérie adhère et sera bientôt acceptée, elle devra bénéficier de flux financiers, parce que lorsqu’on lit les textes des BRICS, il est dit que le groupe les facilite. Cela se traduira pour l’Algérie par des flux financiers à travers les projets d’investissement qui viendraient de ce bloc. L’adhésion de l’Algérie au BRICS aura donc un impact positif très important pour le financement des investissements, surtout les investissements lourds», a déclaré l’économiste.
Il faut également savoir que les pays du BRICS ont «leur propre banque de développement ainsi qu’une institution régionale et internationale qui s’occupe des questions de stabilité monétaire», affirme de son côté l’économiste Mohamed Achir. «Ces institutions supranationales constituent une opportunité pour un pays afin d’en tirer profit», avait-il affirmé à «Reporters», lorsque l’Algérie a dévoilé son intention de rejoindre les BRICS, estimant qu’un pays ne peut pas se développer seul mais doit s’insérer dans des ensembles économiques, qu’ils soient régionaux ou internationaux, pour pouvoir tirer profit des externalités positives qu’ils dégagent. Il a cité, à titre d’exemple, l’accès aux financements, aux marchés, au transfert de technologie, à l’échange d’expérience, ainsi que des opérations de développement économique et de mouvement des investissements directs étrangers, relevant que les BRICS est un ensemble qui ne cesse de s’agrandir et de prendre une part très importante à l’échelle mondiale en termes de PIB et d’échanges économiques.
Pour bien appréhender quel sera l’impact de l’adhésion de l’Algérie au BRICS, il faut comprendre que ce groupe est «une puissance importante actuellement», a indiqué M. Serrai. «C’est d’abord une puissance sociale, notamment avec les populations de Chine et de l’Inde qui représentent des milliards de personnes. Ensuite, et c’est le plus important, puisque cela concerne le volet économique, il faut aussi savoir que c’est une grande puissance financière grâce à la présence de la Chine, car le plus gros dépôt des dettes américaines en dollars sont des dettes chinoises. C’est le pays le plus puissant actuellement en termes de réserves de dollars. Ainsi, la composante de ce bloc représente une entité économique et, surtout, financière très importante».

Coordination politique aussi
L’Algérie peut donc tirer de nombreux avantages à rejoindre un bloc de pays qui «coordonnent leur politique économique et même leur politique étrangère sur un certain nombre d’éléments, car même sur le plan géopolitique, c’est un bloc qui est très important aussi», de l’avis de M. Achir. Un avis que partage M. Serrai, notant qu’il y a «également l’importance militaire et le poids que ces pays représentent».
«Le fait d’adhérer aux BRICS va donner à l’Algérie une position plus confortable par rapport à d’autres blocs, comme les pays de l’Union européenne qui vont reconsidérer leur position vis-à-vis de notre pays. Pour les pays africains également : si l’Algérie entre dans le club des BRICS, ils vont savoir qu’il faudra compter avec la puissance du pays car automatiquement sa force va augmenter grâce à cette adhésion», a relevé M. Serrai. L’intérêt d’une telle adhésion est actuellement «très important, surtout dans le contexte actuel de guerres et de pressions à travers le monde», a-t-il souligné, notant que c’est une sorte de «mise à l’abri de certaines pressions, par exemple européennes et américaines, surtout que les BRICS est un groupe fort par sa composante sociale et sa composante militaire mais, surtout, je tiens à le redire, par ses importants moyens financiers desquels l’Algérie pourrait tirer bénéfice».

Faiblesses
Abdelmalek Serrai a, cependant, relevé deux «inconvénients» les qualifiants de faiblesses pour l’Algérie. Il a évoqué «une organisation financière faible qui n’est pas suffisamment alimentée par rapport à 50 ans d’indépendance», ainsi que «les moyens financiers, puisque nous disposons d’à peine à 50 ou 60 milliards de réserves de changes, ce n’est suffisant comparativement aux puissances que représentent la Chine, l’Inde et la Russie». Après l’annonce d’Alger de sa demande officielle de rejoindre les BRICS, Moscou a salué cette «intention de l’Algérie», a déclaré, hier, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, cité par l’agence russe Sputnik. «Nous entretenons un dialogue confidentiel avec l’Algérie, mais la question de l’adhésion de nouveaux membres est examinée dans le cadre d’un travail collectif», a précisé M. Bogdanov, envoyé spécial du Président Poutine pour le Proche-Orient et les pays d’Afrique.

12 pays veulent rejoindre les BRICS
Pour sa part, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé qu’au moins 12 pays avaient exprimé leur intérêt à rejoindre le groupe BRICS, indiquant que l’organisation a l’intention d’étudier prochainement les critères et les principes de son éventuelle élargissement. «Avant de parler exactement de comment et quand l’expansion des BRICS commencera, nous avons convenu de nous mettre d’accord sur des critères et des principes pour examiner ces demandes», a-t-il dit, exprimant son souhait que cela ne prenne pas beaucoup de temps.
Les BRICS sont considérés comme un groupement de pays avec la croissance économique la plus rapide au monde. Plusieurs autres pays, dont l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Egypte et le Nigeria, ont exprimé leur souhait de rejoindre les BRICS. L’Iran et l’Argentine sont candidats officiels à l’adhésion. La superficie cumulée des membres du groupe couvre 30% de la terre ferme et leur population représente 42% de la population mondiale. <