Les différentes initiatives des partis et personnalités permettront, petit à petit, d’unifier les propositions de sortie de crise jusqu’à en sortir avec une qui fera consensus. Si théoriquement plusieurs se disent d’accord avec cette démarche qui pourra réellement déboucher sur une vision commune de mener le pays à bon port, il semble que sa mise en application sur le terrain est un peu plus difficile, car des partis tiennent, par exemple, à voir les autres adhérer à leur initiative et non l’inverse.

Le Front des forces socialistes (FFS) ne semble pas avoir de souci dans ce sens, puisque son initiative, rendue publique avant-hier, a déjà pu retenir l’attention de plusieurs soutiens. Le premier secrétaire du FFS, Hakim Belahcel, a affirmé, dans une déclaration à « Reporters », que la plupart des partis politiques qui sont proches du FFS adhèrent à sa démarche. A titre d’exemple, poursuit M. Balahcel, «on peut citer comme formation politique le Parti des travailleurs (PT) qui partage notre vision, et comme personnalité nationale Me Mustapha Bouchachi». Le premier secrétaire du FFS notera, cependant, que M. Bouchachi n’est pas d’accord avec la Constituante à laquelle le FFS a toujours appelé car il estime qu’elle prendra beaucoup de temps. «Nous ne sommes pas fermés au dialogue et sommes, donc, en train de voir quelle est la meilleure manière de faire pour qu’elle ne prenne pas beaucoup de temps et se déroule dans un délai raisonnable, car la situation du pays ne permet pas que des institutions restent dans un gel total pendant une longue période», a déclaré M. Belahcel. Le plus vieux parti de l’opposition a déjà entrepris des contacts pour expliquer son initiative, selon son premier secrétaire. «C’est l’équipe de l’instance présidentielle du parti qui s’est occupée de cela. Mais le plus important pour nous, c’est d’essayer de convaincre les personnalités politiques, du monde associatif, des droits de l’Homme, ainsi que les représentants de la société civile d’aller vers cette conférence nationale souveraine, qui devra être dotée d’une charte politique très solide. Car c’est au sein de cette «conférence nationale de concertation et de dialogue» que chaque parti ou personnalité pourra faire des propositions. Au FFS, nous disons que s’il y a d’autres propositions qui nous sembleront plus importantes que la Constituante, on les étudiera car celle-ci n’est pas du Coran. Le plus important pour nous, c’est de sauver le pays», a souligné M. Belahcel. Il notera qu’au sein du parti, «nous saluons la proposition du trio Ali Yahia Abdenour-Rachid Benyelles-Taleb Ibrahimi, qui n’est d’ailleurs pas si loin de la nôtre. Mais là où nous ne sommes pas d’accord, c’est qu’ils mettent l’institution militaire comme partenaire du dialogue, alors que nous, nous disons que l’ANP doit être garante du processus de transition et non partie prenante du dialogue». Au niveau du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), il n’est pas question d’adhérer à une initiative autre que celle du parti même si des similitudes existent dans les points de vue. La réponse de Yassine Aïssiouane, porte-parole du parti, est sans concession : «Nous tenons à préciser que le RCD a été le premier parti à avoir fait des propositions. Nous avons nos propositions, pourquoi devrions-nous suivre les autres ? Nous voulons une transition démocratique en dehors et contre le système actuel. Il ne s’agit pas de négocier avec eux, mais il s’agit qu’ils partent tous.»
C’est à peu près la même attitude du côté du Mouvement de la société pour la paix (MSP), mais avec la nuance que lorsqu’il y aura ouverture de dialogue, le parti sera prêt à discuter et, pourquoi pas, à revoir certains points. Nacer Hamdadouche, cadre dirigeant du parti, a d’abord fait savoir que le MSP a partagé sa proposition avec plusieurs autres partis, la société civile et des personnalités, de même qu’il continue de l’expliquer à l’opinion publique. Il a ajouté que celle-ci a eu un bon écho car elle contient les revendications du peuple. «Nous restons toutefois ouverts à toutes les initiatives et propositions. Nous n’avons pas la prétention de dire qu’il n’y a que notre vision qui vaille d’être retenue. Lorsque les portes du dialogue seront ouvertes, nous irons avec nos propositions et c’est à ce moment-là, quand toutes les idées seront exposées et débattues, qu’on pourra certainement sortir avec une vision unifiée de la sortie de crise», a expliqué le cadre du MSP. Djilali Soufiane de Jil Jadid, lui, est ouvert à toute initiative qui réponde aux mêmes propositions de son parti. D’ailleurs, il n’a pas manqué de saluer de suite l’initiative d’Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyelles et Taleb Ibrahimi. Est-il possible de voir donc Soufiane Djilali signer une lettre de proposition de sortie de crise commune après son adhésion totale à la lettre du trio adressée à l’institution militaire ? «Bien sûr, à partir du moment où les termes de la déclaration commune seraient discutés et adoptés. On pourrait signer un document unifiant une demande d’ouverture d’un dialogue et de report des élections du 4 juillet», a-t-il soutenu.n