En rendant publiques, mardi 19 mai, les mesures prises pour éviter que les jours de l’Aïd ne soient synonymes de relâchement face à la menace du nouveau coronavirus Covid-19, en décidant, également, hier mercredi 20 mai, de rendre «strictement obligatoire» le port du masque dans l’espace public à partir du premier jour des fêtes, le gouvernement rappelle aux Algériens «la nécessité d’observer les mesures de prévention et les règles d’hygiène et de distanciation sociale ainsi que l’obligation de porter un masque de protection, en toutes circonstances et en particulier dans les espaces publics fermés ou ouverts, tels que les marchés, les souks et les cimetières».
Dans ces instructions et décisions, il est rappelé par l’Exécutif que «le défaut de port du masque sera sanctionné». Un avertissement certes compréhensible, voire utile, dans le contexte de crise sanitaire actuel pour sensibiliser la population sur l’importance pour sa santé de se réfugier derrière les réflexes de protection de base. Mais qui appelle néanmoins quelques remarques sur son contenu d’abord, et sur cette allégation qui se généralise de présenter les Algériens comme des insouciants – certains les accusent d’irresponsabilité – face au danger du nouveau coronavirus. Premièrement, il n’est pas sûr que le caractère dissuasif de cet avertissement soit compris et reçu comme tel, à savoir que tout contrevenant aux règles de restriction sanitaire, décidées durant les fêtes, risquerait d’avoir des problèmes avec la force publique. Les multiples violations du «couvre-feu sanitaire» signalées dans des cités de plusieurs grandes villes, notamment par de jeunes gens habitant des logements surpeuplés, ont montré par exemple que les meilleures intentions se heurtent parfois aux réalités socio-économiques du pays. D’autres exemples de la sorte existent par dizaines et il suffit de se rendre dans les marchés, lieux où l’informel se manifeste aussi bien dans l’achat et la vente des produits que dans l’impassibilité collective face au souci sanitaire et de protéger contre un danger invisible et contagieux.
Deuxièment, il y aura toujours, face à ces comportements, cette explication culturaliste qui veut que les Algériens ne soient pas prompts à la discipline et au respect, donc, des mesures de protection et de prévention dictées par la crise sanitaire. Cette même explication culturaliste fait dire à certains que ce sont les Algériens des couches populaires qui sont les plus rétifs à ces mesures et ne sont pas conscients des risques à se ruer en masse vers les étals sans se préoccuper de la distanciation physique et autres précautions d’usage. Vraiment ? Si le débat sur la sociologie du pays est permis, voire nécessaire, pour comprendre au moins comment le corps social à travers ses différentes composantes réagit au danger qui se manifeste, actuellement, sous la forme d’une menace virologique, il est, en revanche, plus intéressant d’enquêter sur l’origine et les circonstances des contagions comme on le fait dans beaucoup de pays, pas nécessairement développés. Il serait surtout plus prudent d’éviter les réponses faciles et les stéréotypes discriminants.
Manque de produits…
Pour la question du port du masque, la question est d’ailleurs vite réglée pour peu qu’on se montre attentif aux déclarations du gouvernement et des représentants de l’autorité sanitaire. Ces derniers avouent que ce produit de protection n’est pas en quantité suffisante. «Il y a véritablement un manque de masques depuis le début de la crise de la Covid-19, mais néanmoins ils seront bientôt disponibles en quantité suffisante. Le port de masque deviendra obligatoire une fois disponible en quantité suffisante à travers tout le territoire national», a déclaré le ministre de la Santé lors de son passage récent au domicile de la famille du médecin Wafa Boudissa, décédée de la Covid-19 à l’hôpital d’Aïn Kebira, dans la région de Sétif.
Le vrai problème, donc, est celui de la disponibilité en quantité suffisante du masque de protection et de la bavette. Ce rappel établi, on suit mieux M. Abderrahmane Benbouzid quand il ajoute que le «port du masque deviendra obligatoire une fois disponible en quantité suffisante». A quel prix ? Certes, l’annonce a été faite que le prix la bavette sera plafonnée à 40 DA, mais l’interrogation n’est pas pour agacer quand on sait quelle spéculation ce produit a nourrie dans des endroits, les pharmacies pour ne pas les citer, qui n’ont pas vocation de marchandage ou de vente à l’enchère.
On suit mieux également le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, quand il annonce 7 millions de masques à mettre sur le marché chaque semaine et déclare que «le gouvernement, outre la mobilisation de tout le potentiel national de production de textile, autorise l’ouverture de commerces de gros et de détail de tissus, de mercerie et de bonneterie et d’ateliers de confection afin d’encourager la production des masques grand public».
Pour ce faire, il faudra de sérieux efforts, les besoins de l’Algérie étant, selon les estimations du ministre de la Santé, de «près de 10 millions de bavettes/jour». Un suivi, également, de la contribution des artisans à les produire. Le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et du Travail familial parle de «l’ouverture d’ateliers de confection pour la production de près de 500 000 masques/jour, à raison de 10 millions d’unités/mois pour une première étape à travers l’ensemble des wilayas du pays». C’est une bonne chose à condition que ses responsables ne parlent pas de «solidarité» et d’«humanitaire». Et qu’ils réfléchissent en termes de santé et d’économie. Car, il n’est pas dit que la Covid-19 disparaisse à la belle saison qui est à nos portes.