L’assassinat de l’artiste Djamel Bensmaïl à Larbaa Nath Irathen (Tizi Ouzou) continue de susciter beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, dominées par l’exigence de justice et de vérité quant aux circonstances et mobiles de ce meurtre.

PAR NAZIM BRAHIMI
Avant même les détails, livrés hier par la Direction générale de la Sûreté nationale (lire l’article de Feriel Nourine) quant aux circonstances de l’acte odieux qui a mis en émoi et en état de choc tout le pays, des appels à ce que justice soit faite. C’est dans cet esprit qu’un rassemblement silencieux a été organisé, samedi, dans la ville natale du défunt, Miliana, où les présents, dans la sérénité, ont réclamé «justice et vérité» sur l’assassinat de l’artiste.
D’autres voix, nombreuses, se sont exprimées sur cette triste affaire appelant à la fois à ce que justice soit faite, mais aussi à ce que soit banni le discours à connotation raciale. Dans un propos intitulé «le temps de la fraternité, de l’union et de la responsabilité», l’ancien diplomate, Abdelaziz Rahabi, a estimé que «le lynchage de Djamel Bensmaïl, unanimement condamné, est un acte ignoble et relève d’un autre âge». Pour l’ancien ministre, il ne fait point de doute que «la justice doit être rendue en toute sérénité et rigueur pour que force reste à la loi, en toutes circonstances et en tous lieux». Dans sa lecture des faits, M. Rahabi a souligné que «la violence est le produit de la généralisation du désordre, de l’inquiétante banalisation de la mort en Algérie et du recul avéré de l ‘Etat de droit, dont l’établissement est retardé par l’autoritarisme du pouvoir et l’archaïsme de ses institutions». Pour lui, ce crime «odieux ne saurait entacher les valeurs millénaires d’hospitalité et de fraternité de toute une région qui traverse une situation dramatique».
De son côté, Maître Mokrane Aït Larbi estime que «la justice doit accomplir son travail en sanctionnant en toute sévérité tous ceux qui ont contribué, de façon directe ou indirecte, au meurtre de Djamel Bensmaïl». Pour sa part, le président du Syndicat national des magistrats (SNM), Issad Mabrouk, a soutenu que «l’assassinat de l’artiste Djamel Bensmaïl ne peut être justifié, quelles que soient les motivations». La LADDH a dénoncé, quant à elle, et avec «la plus grande force, ce crime inqualifiable», faisant part de son exigence à ce que «l’enquête ouverte par le Parquet fasse toute la lumière sur les circonstances troublantes de cet événement tragique, afin de juger, conformément à la loi et dans le calme et la sérénité, toutes les personnes impliquées de manière directe ou indirecte dans cet horrible crime». Elle salue, par ailleurs, la déclaration «digne» du père de Djamel Bensmaïl qui, malgré les circonstances effroyables et douloureuses de la disparition de son fils, a appelé au calme, à l’unité, et à éviter les exploitations malsaines, tout en exigeant la vérité et la justice, dans un esprit de paix et du sens de la responsabilité exemplaire.
La LADDH, présidée par Maître Benissad, rappelle que «la responsabilité pénale est individuelle et celle-ci ne peut être établie que par une procédure impartiale qui révèle la vérité, toute la vérité, sur ce douloureux évènement», exhortant, également, l’ensemble du corps national à «éviter les amalgames et les simplifications, car ce crime abominable est loin d’être un événement ordinaire».
Evoquant cette triste affaire lors de sa visite dans deux établissements de santé dans la capitale, le Président Tebboune dira qu’en sa qualité d’ancien wali de Tizi Ouzou, il connaît très bien les citoyens de la région et que les habitants de Larbaâ Nath Irathen n’ont aucun lien avec cette affaire.
Auparavant, jeudi, dans une allocution télévisée à l’adresse des Algériens, le chef de l’Etat a dit que c’est «à la justice de dire la vérité» sur ce qui s’est passé à Larbaa Nath Irathen. «Ce ne sont pas tous les enfants de Tizi-Ouzou ou de Larbaâ Nath Irathen qui sont responsables. Il ne faut pas tomber dans le piège des deux organisations terroristes qui veulent saisir cette occasion pour attenter à l’unité nationale», a-t-il déclaré.
Pour leur part, des universitaires, des journalistes et des avocats ont signé une déclaration-pétition dans laquelle il a été souligné notamment que «rien ne saurait justifier, excuser le crime abject perpétré à Larbaâ Nath Irathen», estimant que «la vengeance n’est pas la justice». Pour les signataires, cet acte «ne doit en aucun cas servir de prétexte pour attiser les divisions, la haine et la vengeance», ajoutant que «s’il est urgent de combattre le feu et ses auteurs, il est tout aussi urgent de barrer la route aux pyromanes de la sédition et de la division».