On a refait les trottoirs. Puis de nouveau, on refait les mêmes trottoirs. A chaque giboulée, il y a inondation et à chaque inondation on promet d’y remédier. On a refait les balustrades, puis on a refait d’autres balustrades. Et maintenant, on refait, pour la énième fois les… trottoirs ! Les habitués des ponts de Constantine auront reconnu le pont d’El Kantara, un pont millénaire qui a été romain, puis turc, français après 1837, et sous « régence » algérienne depuis un fameux 5-Juillet-1962.
Donc des travaux de réfection des trottoirs du plus vieux pont de Constantine ont été lancés il y a des mois. Tout juste deux centaines de mètres de part et d’autre du tablier du pont… Et le commun des Constantinois a commencé à supputer comme il le fait souvent quand les travaux prennent de l’envergure temporelle. Le tunnel de Djebel Ouahch, la trémie de la cité Emir Abdelkader, le tramway, le pont Salah Bey, pour ne nommer que ces cas récents, ont eu leur part de légendes et de supputations.
« Le pont d’El Kantara présente des fissures qui vont fatalement aboutir à sa démolition », lit-on sur les pages des réseaux sociaux. Il y a même eu des photos qui appuyaient les affirmations des internautes qui montraient, en effet, des fissurations sur la structure du pont.
Nous avons voulu en savoir un peu plus en faisant une virée à la direction des travaux publics, où on nous affirmera « qu’effectivement il y a des travaux de réfection des trottoirs et que, dans la foulée, nous avons voulu remédier aux problèmes des inondations et autres bobos du pont d’El Kantara. C’est pourquoi les activités ont pris plus de temps que pour une simple opération de réparation des deux trottoirs. Nous vous informons que l’on procède à un entretien commun, qui fait partie de nos missions anodines, consistant à remplacer des panneaux ou autres signalisations. Le second entretien est cyclique et rentre dans le cadre des projets consignés pour l’année. Le pont d’El Kantara n’ayant subi aucune action d’entretien depuis plusieurs années, nous avons donc profité de la réfection des trottoirs qui suivait celle de la rue Ben M’hidi pour joindre l’utile à l’important ».
Pour les fissures constatées par les internautes, on nous précisera que « ce sont de simples craquelures très superficielles exposées sur le tablier du pont, mais aucunement sur la pierre ». Pour y remédier, on nous parlera d’«intervention chirurgicale» ou une «toilette du pont», une opération qui comporte une injection de matière de jointure, comme le ciment par exemple. Aucun mot, par contre, sur les parades pour éviter les nombreuses inondations du pont « à cause d’une étanchéité approximative et d’une absence d’évacuation des eaux usées et de pluie », comme nous le dira un architecte des lieux qui préfère garder l’anonymat.
Pour 100 millions de Dinars, le projet a été confié à l’entreprise Errow, spécialisée dans le domaine des ouvrages d’art, qui sera chargé d’une opération de réhabilitation et de l’amélioration de l’image du pont d’El Kantara.
Rendez-vous est pris pour la fin des travaux ans une vingtaine de mois.H. B.