C’est une véritable catastrophe qui guette la nappe phréatique de la Mitidja en raison de la conjugaison de plusieurs facteurs, selon une étude menée par l’Agence nationale de gestion intégrée des ressources en eau (AGIRE) qui tire la sonnette d’alarme.

PAR INES DALI
La nappe Mitidja qui alimente les wilayas du Centre, à savoir Alger, Blida, Tipasa et Boumerdès est «fortement menacée par la pollution et l’augmentation des prélèvements pour le secteur agricole, sous l’effet du développement démographique et économique important dans cette région», est-il noté dans cette étude.
Ainsi, au problème de stress hydrique et un faible taux de remplissage des barrages, dont la conséquence ne pourrait qu’être un rationnement de la distribution de l’eau, vient se greffer, dans la région de la Mitidja, celui de la pollution et autres complications. «L’exploitation des ressources en eau dans la plaine de la Mitidja, qui s’étend sur une superficie de 1.450 km2 au sud d’Alger, a augmenté significativement ces dernières décennies en raison notamment des prélèvements agricoles et de l’alimentation en eau potable (AEP)», est-il souligné dans l’étude d’AGIRE. Celle-ci poursuit en notant que l’augmentation de l’exploitation s’est «accompagnée de rabattements considérables de la nappe superficielle, notamment dans le secteur de la Baie d’Alger (nord-est de la plaine de la Mitidja) et semble avoir favorisé l’intrusion marine dans les eaux souterraines dans ce secteur».
Les analyses physico-chimiques des eaux souterraines de la Mitidja ont démontré, selon la même étude publiée par l’APS, qu’il y a des «concentrations des nitrates avec des teneurs largement supérieures aux normes (autour de 50 mg/litre)». Il s’agit là de «pollution» que l’Agence de gestion intégrée des ressources en eau impute «essentiellement à l’agriculture, aux rejets urbains drainés par le réseau d’assainissement public et déversés dans des oueds parcourant la plaine».
D’autres raisons sont évoquées pour la région Est de la Mitidja, expliquant que celle-ci connait une «très forte activité industrielle dont les effluents sont déversés directement dans les oueds sans traitement préalable», selon la même source. La région Est de la Mitidja est donc «la plus affectée» par la pollution et les concentrations en nitrate atteignent en moyenne 120 mg/I, d’après les analyses effectuées. Dans ce registre, il suffit de se rappeler que plusieurs zones industrielles y sont implantées, dont la plus importante est la zone industrielle de Rouiba.
Le diagnostic établi par AGIRE démontre que la région de la Mitidja Est se trouve être «soumise à des pressions tant quantitatives que qualitatives qui engendrent des impacts avérés» sur la nappe. «D’un point de vue quantitatif, les principaux usages de la nappe sont l’alimentation en eau potable (AEP), l’irrigation et l’industrie. L’ensemble des prélèvements engendre un rabattement de la nappe ayant pour conséquence des phénomènes d’intrusion marine qui constitue la plus grande menace qualitative des eaux exploitées tant pour l’usage AEP que pour l’irrigation», soutient la même source.

Démarches anticipatives pour éviter le pire
La démographie galopante n’est pas sans poser de soucis en matière de gestion de l’eau dans la région de la Mitidja et les prévisions devraient être faites sur le moyen et plus ou moins long termes. En effet, la population dans cette région devrait passer (selon les derniers chiffres disponibles, ndlr) de 628.516 habitants en 2018 à 712.424 habitants en 2030. Les besoins d’alimentation en eau potable suivront la même courbe et devront passer de 34 millions de m3/an en 2018 à 40 millions de m3/an en 2030, ce qui augmentera les prélèvements de 23 à 26 millions de m3/an. Devant cet état de fait et l’impératif d’anticiper, «un Contrat de nappe» dans la zone de la Mitidja Est s’étalant jusqu’à 2023 a été conclu entre différentes agences et direction activant dans le domaine des ressources en eau dans le but de «gérer d’une manière durable et solidaire» la ressource en eau souterraine dans cette région, selon la même source.
Le protocole d’accord relatif à ce contrat a été signé avant-hier lundi à l’occasion de la Journée mondiale de l’Eau, par 22 institutions impliquées dans la gestion de la nappe de la Mitidja (AGIRE, ADE, SEAAL, ONA, ONID, directions des secteurs des Ressources en eau, de l’Industrie, de l’Environnement, d’Alger et de Boumerdès, Chambres d’agricultures des deux wilayas, etc.)
Les signataires de l’accord adhèrent ainsi à une «démarche volontaire qui vise à engager un dialogue multi-acteurs permettant de partager un diagnostic, de définir les enjeux, les défis et les solutions envisageables». Qualifiant cette démarche engagée de «totalement novatrice» en Algérie, AGIRE a souligné que ce «Contrat nappe» permettra d’obtenir des engagements des partenaires pour une meilleure gestion des eaux souterraines dans cette région. Ce contrat a également pour objectif de «mettre sur pied un plan d’action pour apporter des réponses adéquates et opérationnelles aux problématiques pertinentes» sur ce sujet.

Un plan sur 3 ans
L’Agence nationale AGIRE a révélé qu’un plan est prévu sur le moyen terme. C’est «un plan d’action opérationnel qui sera planifié sur une période de trois années, visant à hiérarchiser les problématiques identifiées et à y apporter les solutions adéquates sous la contrainte des moyens (tant humains que matériels et financiers) pouvant être mobilisés», a-t-elle indiqué.
«La préservation de la nappe constitue un des enjeux majeurs auxquels le ‘’Contrat de nappe’’ tentera de répondre, face aux risques avérés représentés par l’augmentation des prélèvements dans la nappe, la dégradation de la qualité des eaux et l’intrusion marine», conclut AGIRE. Ce sont là des mesures prévues d’être prises pour protéger et préserver la nappe phréatique qui alimente traditionnellement les puits et les sources en eau potable, cette nappe étant très exposée à la pollution en provenance de la surface et nécessitant, donc, des mesures également sur le court terme au vu de son importance.