L’édition de cette année – actualité oblige! – est dédiée aux solutions et aux équipements utilisés dans l’exploitation de l’eau de mer et le recyclage de la ressource hydrique. Le choc climatique et la rareté des pluies sont passés par là.

Par Bouzid Chalabi
La 17e édition du Salon international des équipements, des technologies et des services de l’eau, SIEE Pollutec, ouvre ses portes aujourd’hui et jusqu’au 23 juin au Centre international des conférences (CIC) Alger. Un événement d’une très grande importance eu égard à cette donne indéniable, l’Algérie consomme actuellement plus que ces ressources en eau conventionnelle, d’où la nécessité d’économiser le précieux liquide et de trouver de nouvelles ressources hydriques.
Un constat inscrit au programme des conférences qui se tiendront en marge de ce salon, avec pour thème majeur, le recours au dessalement de l’eau de mer et l’épuration des eaux usées pour leur réutilisation dans le secteur de l’agriculture. Deux choses qui demeurent incontournables pour un pays comme le nôtre qui est déjà pauvre en eau et exposé à un risque important de désertification eu égard à une forte probabilité de diminution des précipitations et une augmentation des températures.
A propos du recours à l’usage des eaux dessalées, il est incontestable que c’est là une excellente initiative de la part des pouvoirs publics et grandement soutenu par le chef de l’Etat, car visant à atténuer les effets du stress hydrique causé par la sécheresse qui touche plusieurs wilayas à forte populations et donc une demande accrue en eau potable. Faut-il savoir dans ce contexte que le parc d’usines de dessalement d’eau de mer va se renforcer. En effet, leur nombre va passer à 17 unités contre 12 opérationnelles actuellement car cinq wilayas, à savoir El Tarf, Béjaïa, Boumerdès, Tipasa et Oran, accueilleront de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer qui fourniront plus de 300 000 m3 d’où une capacité totale de 1,5 million de m3 pour l’ensemble des stations. Ce qui va porter la capacité de mobilisation de l’eau de mer dessalée à 30% contre seulement 17% actuellement dans le pays.
Cependant, de nombreux spécialistes en matière de ressources hydriques estiment que cette initiative de renforcer le parc national d’usines de dessalement peut s’avérer insuffisante dans la lutte contre les effets du changement climatique sur les ressources en eau, «tant sur le front de l’adaptation que sur celui de l’atténuation», confient-ils à l’unanimité. Soutenant dans ce sillage que « la sécheresse à laquelle nous faisons face nous interpelle à réévaluer fondamentalement la façon dont nos ressources hydriques sont gérées.

Les besoins en irrigation en nette augmentation
Concernant le recours à l’épuration des eaux usées pour leur réutilisation dans le secteur de l’agriculture, il est lui aussi devenu indispensable tant c’est le seul moyen pour assurer en partie les besoins en irrigation d’un secteur aussi stratégique. C’est d’autant plus nécessaire quand on sait que notre agriculture consomme environ 70% de nos ressources conventionnelles. «Ce qui ne sera plus possible à l’avenir», avancent les experts en la matière. C’est pourquoi ces derniers préconisent que notre agriculture fasse l’objet d’un vaste effort de modernisation, notamment dans l’usage des technologies de l’information pour rationaliser l’irrigation aussi bien par le système du goutte-à-goutte que l’irrigation par aspersion pilotée par des logiciels qui tiennent compte de la direction et de la force du vent pour programmer les aspersions.
Toujours dans ce même registre de l’accès à l’eau pour l’irrigation des terres agricoles, le gouvernement vient de décider de mettre l’accent sur le développement des ressources souterraines en allégeant la démarche administrative pour l’obtention d’une autorisation de forer aux agriculteurs. En définitive, il s’agira de trouver les formes d’adaptation les plus appropriées pour se prémunir contre les effets du changement climatique sur les ressources en eau. Entre autres, particulièrement, la mise en pratique généralisée de conservation de l’eau pour éviter les pertes de réseau, l’injection d’eaux usées traitées pour la recharge des aquifères, le transfert des eaux et le dessalement, la gestion de la demande et de la consommation d’eau au moyen de compteurs intelligents et/ou d’une restructuration des tarifs peuvent être considérés comme des solutions durables pour sécuriser la disponibilité des ressources en eau. C’est là tout l’enjeu si l’on veut éviter les régimes de distribution d’eau potable drastique et aussi assister à des baisses de rendement dans notre secteur agricole. Deux facteurs qui vont certainement avoir la part du lion lors des débats qui vont suivre les conférences sus citées. <