Le chef de l’Etat fait de l’année 2022, qui sera déjà pour lui une période de mi-mandat, une étape décisive pour le succès des réformes qu’il a promis de mener au lendemain de son élection à la présidentielle de décembre 2019. Tout dépend de l’adhésion de l’opinion à sa démarche, a-t-il cependant tenté d’expliquer lors de son intervention télévisée dans la soirée du vendredi 26 novembre. Premier nouveau test avant la fin proche de 2021 : le taux de participation aux élections locales du samedi 27 novembre 2021.

Par Halim Midouni
Le scrutin du 27 novembre 2021 pour le renouvellement des Assemblées communales et de wilayas est une opportunité pour les Algériens d’amorcer le changement qu’ils souhaitent, a dit le chef de l’Etat. Vendredi, 26 novembre, lors de son entrevue périodique avec les médias nationaux, il a déclaré en effet que «si le peuple veut le changement, il est grand temps qu’il l’opère lui-même à l’occasion de cette élection».
M. Tebboune a également dit «souhaiter une forte participation à ce rendez-vous», estimant que si «les législatives pourraient ne pas intéresser» beaucoup de gens et «connaitre un faible taux de participation comme partout dans le monde, les locales sont organisées pour élire ceux qui auront la charge de la gestion des affaires courantes» et des besoins immédiats des électeurs et administrés.
En clair, son message est : votez si vous voulez qu’on s’occupe correctement des affaires des communes où vous habitez ! Votez si vous voulez que se concrétisent les promesses de réforme contenues dans mon programme en ce qui concerne les collectivités locales et les problèmes à résoudre en matière d’équipement et de services.
Le chef de l’Etat a ainsi annoncé qu’«après les élections des Assemblées populaires communales et de wilayas, nous lancerons des réformes à caractère économique et social, en sus de la reconstruction des bases sociales et économiques de l’Etat». Ce chantier «a été reporté pour après le scrutin afin de parachever le processus d’édification institutionnelle et mettre en place des institutions intègres et crédibles», a-t-il expliqué.
Son propos au sujet du rendez-vous électoral d’hier confirme ce que les observateurs avancent à son sujet depuis le début de la campagne, une échéance qui a valeur de test d’opinion et de ce que pensent les Algériens de son exercice présidentiel depuis son élection en décembre 2019, et d’épreuve par rapport à ce qui l’attend sur le terrain de la gouvernance en 2022, une année où il sera pratiquement à mi-mandat.
Partant du constat que le temps a passé, on comprend mieux l’annonce faite par le chef de l’Etat de créer sous l’égide d’El Mouradia une «inspection générale» chargée du «contrôle de l’activité des responsables», à l’image de celle qu’il voulait, sans succès, mettre en place à l’époque de son bref mandat de Premier ministre en 2017. On saisit mieux surtout sa déclaration d’intention de procéder à «un changement radical du code communal» et d’œuvrer à ce que les élus disposent de «plus larges prérogatives», avec la promesse de «donner les moyens aux élus» et de mobiliser la ressource financière de l’Etat et du gouvernement au profit des communes les moins pourvues. Derrière cette promesse, on a entendu de sa part l’engagement de «réviser les codes des impôts» de façon à ce que les communes puissent bénéficier des retombées qu’assure entre autres une fiscalité levée et perçue équitablement et dans la logique du développement des territoires du pays.

Prudence devant le filet social
On perçoit mieux également le sens général de son intervention qui est de relancer le débat sur certains des grands dossiers qui ont fait l’actualité nationale en 2021, et sa relative prudence à aborder le sujet qui passionne et inquiète en même temps les Algériens : la révision de la politique des subventions que le Parlement a fait passer à travers son vote en faveur de la loi de finances 2022. Sur ce sujet, M. Tebboune a bien dit qu’il n’est plus raisonnable de voir profiter des aides de l’Etat à l’accès aux produits de large de consommation les ménages «qui ont plusieurs voitures dans leur garage». Il a bien souligné que le filet social devrait être tendu aux seules catégories à faible pouvoir d’achat ou menacées de précarité. Mais il a en même temps parlé de la nécessité d’un débat social et syndical, un signe qu’en dépit de la loi, les discussions au sein de son gouvernement vont se poursuivre : non pas seulement sur les moyens d’identifier les couches défavorisées, mais sur la démarche de remise en cause des «subventions pour tous» comme l’appellent certains. «La levée des subventions sociales concernera seulement un tiers des citoyens parmi ceux ayant des revenus très élevés», a rassuré M. Tebboune.
La réforme de l’aide sociale «nécessite un certain niveau de numérisation et des statistiques précises», a-t-il ajouté. En réalité, s’il est acquis pour les sans-emploi de bénéficier d’une allocation-chômage «proche du Smig», le changement de politique sociale ne semble pas encore au point et fait découvrir un énorme challenge. Il semble même susciter chez l’Exécutif la crainte d’une réaction sociale hostile. Les produits alimentaires, en effet, pèsent lourd (+40%) sur les dépenses totales des ménages algériens et la question de l’identification des foyers ayant besoin du filet social bute sur l’informel à la fois dominant et échappant à tout contrôle des pouvoirs publics. S’il est encore trop tôt de débattre de ce sujet, a glissé le chef de l’Etat, il est à peu près sûr que l’action future de son gouvernement sur la question sociale dépendra fortement des lectures qu’auront à lui fournir les résultats du scrutin du samedi 27 novembre 2021.
Ce ne sera peut-être pas le cas pour les dossiers de coopération internationale comme la demande de révision de l’accord d’association qui lie notre pays à l’Union européenne (UE) et pour laquelle Alger dispose d’atouts économiques et surtout géopolitiques non négligeables ou la relance sur de nouvelles bases des relations avec la France (lire articles). Pour ce qui concerne les développements au Maghreb et l’arrivée d’Israël sur la scène sous-régionale après un accord militaire signé avec le Maroc, mercredi 24 novembre à Rabat, le chef de l’Etat a eu ses mots : «honte» et «menace».

banques, cela exige la mise en place de mécanismes et de procédures en préalable. Mais, surtout, une volonté politique. C’est très simple, en fait. Quand un projet public est financé par une banque à travers un crédit, le remboursement de ce dernier doit avoir comme source le retour d’investissements, voire le bénéfice une fois ce projet en exploitation. Le projet en question doit impérativement créer de la richesse et générer des bénéfices. Toutefois, pour ce qui est du Fonds de régulation des recettes comme alternative, ce n’est pas, à mon sens, une option souhaitable. Cela sera peut-être nécessaire vu la conjoncture actuelle, mais je pense que puiser dans ce fonds n’est pas vraiment une solution sauf pour financer des projets stratégiques à haute valeur ajoutée. Le financement, par exemple, de la transition énergétique et de la recherche et développement. Ceci dit, un pays comme le nôtre, avec toutes les capacités dont il dispose, a les moyens d’éviter les déficits budgétaires. Il suffit d’investir dans la ressource humaine, d’explorer correctement et de façon efficiente ce que nous disposons comme richesses naturelles et exploiter notre position stratégique dans la région. Tout cela évidemment exige une véritable volonté politique.
Dans la LF 2022, il est prévu également la levée progressive des subventions des produits de large consommation en faveur de la création d’un système national d’indemnités financières pour les familles nécessiteuses. Le but est de réorienter le soutien de l’Etat vers ceux qui en ont vraiment besoin et stopper ainsi la saignée que subit le Trésor public…
Il est clair qu’il faudra lever les subventions de façon progressive. D’après les estimations du moment, les subventions sont de l’ordre de 17 milliards de dollars. C’est énorme comme chiffre ! Une levée immédiate des subventions occasionnera une baisse brutale du pouvoir d’achat, sachant que 2/3 de la population sont considérés comme classes pauvres ou moyennes. Mais, à mon avis, avant de parler de lever des subventions, le plus important est de recenser ceux qui ont réellement besoin de ce soutien. Pour que ce recensement soit facilité, la numérisation des institutions, parties prenantes dans cette opération, telles que le ministère des Finances et celui de l’Habitat, est essentielle, de même qu’une coordination entre ces structures. Cela doit être renforcé par des mécanismes et procédures ainsi que par des textes juridiques. Je donne un exemple : si une personne qui exerce une activité libérale très rentable ne fait pas de déclarations de revenus convenablement, elle sera considérée comme étant une personne nécessiteuse et pourra donc facilement bénéficier de cette aide alors qu’elle ne le mérite pas. La numérisation et la coordination entre les institutions vont permettre à l’Etat de détecter facilement les cas de fraude et c’est grâce aux textes juridiques qu’il pourra récupérer ce qui a été substitué comme aide et exiger même des dommages.